"Mensonge" de J.P Delaney (Believe Me)


Mensonge (Believe Me)
Auteur : J.P. Delaney
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
Éditions : Mazarine (18 Septembre 2019)
ISBN : 978-2863745137
440 pages

Quatrième de couverture

Étudiante en art dramatique à New York, Claire finance ses cours de théâtre en jouant un rôle peu conventionnel : elle flirte, pour le compte d’un cabinet d’avocats spécialisé dans les divorces, avec des hommes mariés suspectés d’infidélité. Sa couverture fonctionne parfaitement, jusqu’à ce que l’une de ses « proies » soit soupçonnée de meurtre… La police exige alors de Claire qu’elle utilise ses talents d’actrice pour pousser Patrick Fogler à confesser son crime. En somme, qu’elle leur serve d’appât. Pourtant, cet universitaire élégant est loin du manipulateur pervers qu’on lui a décrit. Sans compter qu’il demeure indifférent aux avances de Claire.

Mon avis

Claire est une jeune anglaise qui n’a pas eu une vie facile. Elle rêve de faire du théâtre et s’est installée à New-York pour suivre des cours d’art dramatique en attendant, elle l’espère, la fameuse carte verte. Elle n’a pas de contrats et la situation est difficile. Pour gagner quelques sous, elle travaille pour un cabinet d’avocats. Son rôle ? Coincer les maris infidèles en les enregistrant en train de lui faire des propositions. Ce n’est pas de la comédie à l’état pur mais ça y ressemble… Et ça paie, et comme elle a besoin d’argent…..

Un jour, l’un des maris volages est suspecté de meurtre. S’ensuit une mise en place d’un piège, en accord avec la police et Claire qui est censé donner sa plus belle prestation. Sauf que rien ne va se dérouler comme prévu. Qui tire les ficelles de cette gigantesque mystification ? Le mari ? La police ? Claire ? Quelqu’un d’autre ? L’auteur ?

Avec une écriture fluide et accrocheuse, une excellente traduction (merci Jean Esch), un rythme soutenu, des ramifications, et un jeu global de poker menteur bien mené, J.P. Delaney signe là un bon roman. Chaque conviction peut être remise en cause dans les pages suivantes. On n’a qu’une hâte : comprendre et cerner la personnalité de chacun. Chaque protagoniste étant trouble à souhait, c’est un régal de faire fonctionner notre cerveau pour élaborer des esquisses de réponses et voir où tout cela nous mène ! Prévoyez un peu de temps si vous commencez cette lecture !

"Lésions intimes" de Christophe Royer


Lésions intimes
Auteur : Christophe Royer
Éditions : Taurnada (12 Septembre 2019)
ISBN : 978-2372580588
414 pages

Quatrième de couverture

Nathalie Lesage, capitaine au caractère bien trempé, travaille au sein de la brigade de répression du proxénétisme. Une des branches de l'organisation « Gorgona », spécialisée dans un certain genre de soirées parisiennes, va l’amener à côtoyer un milieu où règnent la perversion et les pratiques extrêmes. Victime d’un banal accident, son enquête va prendre une tournure inattendue.

Mon avis

Percutant !

Le brigadier Michèle Chouli vient d’être retrouvée morte à son domicile. Elle était en arrêt maladie, pas très en forme, surmenage ou plutôt burn out. Que s’est-il passé ? Les premiers policiers qui arrivent sur place, dont certains sont des collègues, comprennent très vite qu’il s’agit d’une mauvaise chute. Sauf que dans le garage, ils font une découverte bouleversante : un homme assassiné et une liste de noms. Tous défavorablement connus des services de police pour employer la formule consacrée. Pourquoi cette femme a-t-elle fait justice elle-même ? Quel but poursuivait-elle contre tous ceux qu’elle avait « sélectionnés » ? Pensait-elle éradiquer de la ville tous ses pédophiles ?

Nathalie Lesage, capitaine, et collègue de Michèle, est actuellement en charge avec ses coéquipiers, d’une enquête sur un groupe appelé Gorgona. Débauches sexuelles, réseau de proxénétisme, abus de pouvoir d’hommes qui jouent avec des jeunes femmes comme avec des objets… Comment coincer ces pervers ? Pour eux, leur business, c’est de l’argent facile mais aux prix de quelles souffrances morales, voire physiques pour ceux et celles qui tombent dans l’engrenage…. Finalement, le listing de Michèle va peut-être servir à Nathalie et son équipe ?

Nathalie sous des dehors « maîtresse femme » est une grande angoissée, il lui faut ses petits rituels pour se rassurer (le café du matin, le petit coup du soir…). Elle cache son anxiété et fonce, ne lâchant rien, entêtée, opiniâtre, emmenant les autres à sa suite, prenant des risques pour découvrir le plus de choses possibles et coincer les malfrats. C’est un personnage à part entière et on sent très vite qu’elle n’a pas fini de nous surprendre. Les autres protagonistes sont bien définis eux aussi et la part d’ombre des criminels est sombre et malheureusement réaliste (L’auteur souligne d’ailleurs qu’il s’est documenté et n’a pas mis toutes les exactions possibles…brrr…)

Oui, ce n’est pas le premier roman qui traite de ces thèmes douloureux, qu’on voudrait enfouir sous le sable et rayer définitivement. Mais c’est la première fois que je découvre un récit abordant cette problématique comme l’a fait Christophe Royer. C’est judicieux parce que l’approche est différente. Elle est faite de l’intérieur sans que la victime ne s’exprime vraiment (je ne veux absolument pas vous donner un quelconque indice donc je reste vague volontairement) si ce n’est à travers des questionnements qui la secouent, la tourmentent parce qu’elle ne comprend pas pourquoi toutes ces interrogations l’envahissent. Que ce soit un déni, une forme d’oubli, un traumatisme, peu importe, ce qui est essentiel, c’est que l’auteur a su, à la perfection, nous englober dans cette souffrance latente, ce mal-être. On le ressent, on l’entend, il nous envahit, nous laissant pantois et impuissant. C’est sans aucun doute dû à la force de l’écriture, puissante, addictive, porteuse de sens en peu de mots. De plus, il y a du rythme, les événements se précipitent sans aucun temps mort.

J’ai été époustouflée par ce récit. Pour moi, cela s’apparente à une claque littéraire parce qu’avec un sujet vu, revu, exploité maintes fois, Christophe Royer donne la parole à ceux qui en ont besoin d’une façon très originale.

NB : Combien n’osent pas parler et subissent des atrocités en silence sans rien dire tout simplement parce qu’ils ne savent pas où est le mal….
Ne les oublions pas et le jour où il sera nécessaire d’être présents, soyons là ….


"Murène" de Valentine Goby


Murène
Auteur : Valentine Goby  
Éditions : Actes Sud (21 août 2019)    
ISBN 978 2 330 12536 3               
384 pages

Quatrième de couverture

Hiver 1956. Dans les Ardennes, François, un jeune homme de vingt-deux ans, s’enfonce dans la neige, marche vers les bois à la recherche d’un village. Croisant une voie ferrée qui semble désaffectée, il grimpe sur un wagon oublié… Quelques heures plus tard une enfant découvre François à demi mort – corps en étoile dans la poudreuse, en partie calciné. Quel sera le destin de ce blessé dont les médecins pensent qu’il ne survivra pas ?

Mon avis

On est en 1956, la médecine fait ce qu’elle peut face aux situations extrêmes et lorsque François arrive à l’hôpital, brûlé au plus profond, il est quasi évident qu’il ne s’en sortira pas…. C’est la faute à pas de chance, il n’a rien fait de mal, pas commis d’imprudence et il avait la vie devant lui …

Pour le sauver, le chirurgien va couper un bras, puis le second. Ils sont nécrosés et c’est ça ou être condamné à la mort…. Sa mère se débrouille, alors qu’il est isolé, en soins intensifs, dans le coma, pour lui « parler ». Et la force de l’amour agit, il se réveille.  Lorsque François réalise ce qui lui est arrivé, il sombre… A quoi bon lutter lorsqu’à vingt-deux ans, on devient, comme un vieillard, dépendant des autres pour tout ? Comment accepter le handicap, qui est arrivé d’une façon totalement imprévisible ? Personne n’est préparé à un tel drame.
« Il se demande si on se fait à ces visions de cauchemar. A la place réduite qu’on vous assigne, infirme parmi les infirmes-c ’est une place quand même- il se persuade quand il cherche des raisons de persévérer…. »

Valentine Goby avec son écriture au scalpel, saccadée, comme en apnée, les mots se bousculant sous sa plume, nous décrit le quotidien de François. Une vie et un environnement à réinventer. Le deuil de certains gestes (il ne pourra pas serrer son amoureuse dans ses bras…), le rejet, le regard des autres, le dégoût de soi, de sa faiblesse…. Les difficultés avec les prothèses (elles sont plus adaptées depuis)… Les hauts, les bas et puis le déclic qui entraîne François vers l’idée de vivre et d’avancer…

J’ai eu un coup de cœur pour ce roman. Il n’y a pas un mot ni un fait de trop. Le style incisif fait mouche. C’est subtilement dosé et ça vous prend aux tripes parce que ça sonne juste. J’ai aimé François qui réapprivoise ce corps différent, qui fait le choix de la vie. Valentine Goby nous montre également combien l’entourage médical, familial, a de l’importance et peut aider à sortir de l’invisibilité à laquelle, parfois, le handicap condamne ….

Merci, Jeeves de P.G. Wodehouse (Thank You, Jeeves)


Merci, Jeeves (Thank You, Jeeves)
Auteur : P.G. Wodehouse
Traduit de l’anglais par Benoît de Fonscolombe
Éditions : 10/18 (1 er Juin 1982)
ISBN : 978-2264004482
310 pages

Quatrième de couverture

Bertie Wooster, jeune aristocrate londonien, s'est pris de passion pour le banjo. Cette nouvelle lubie est loin de plaire à Jeeves, son fidèle majordome, et encore moins à ses voisins exaspérés. Contraint de déménager, Bertie se retire avec son instrument chéri dans un cottage de la campagne anglaise, chez son ami le baron Chuffnell. Les choses se compliquent quand le jeune homme y retrouve son ex fiancée, Pauline, dont Chuffnell est tombé fou amoureux.

Mon avis

Ce roman est paru la première fois en 1934, ce qui explique sans aucun doute, le petit côté suranné de cette lecture. De plus, l’humour so british est toujours un peu « pince sans rire », entre les lignes.
Il m’a vraiment été nécessaire de penser à ces deux éléments pour apprécier ce livre.

Bertie est un jeune aristocrate, dont la dernière lubie est d’apprendre à jouer du banjo…sauf qu’il exaspère tout le monde, des voisins à son fidèle majordome, Jeeves. Ce dernier lui demande de choisir entre lui et l’instrument de musique. Bertie finit par déménager avec l’objet du conflit dans ses bagages. L’histoire pourrait s’arrêter là mais il ne se serait rien passé… Bertie s’installe chez un ami et il va se retrouver dans une position délicate. Quiproquos, comiques de situation, mœurs d’une autre époque, tout est réuni pour nous faire rire mais pas aux éclats et c’est peut-être ce qui m’a manqué.

Les personnages sont bien de leur époque, coincés dans leurs préjugés, leurs habitudes, et pas vraiment près à évoluer dans leur regard sur les autres. S’ils se lâchent, c’est en cachette sans que cela soit visible, il faut sauver les apparences.

Ce recueil ne m’a pas déçue, c’était agréable mais sans plus, j’ai parfois trouvé le temps un peu long….

"Variable d'ajustement" de Philippe Declerck


Variable d’ajustement
Auteur : Philippe Declerck
Éditions : Fleur Sauvage (22 Avril 2016)
ISBN :  979-1094428221
243 pages

Quatrième de couverture

D'un statut de cadre dirigeant, Mathilde se retrouve au chômage sans que rien ne l'y prépare. Découvrant qu'elle n'était qu'une "variable d'ajustement", la quadragénaire, mère et épouse, entame alors une lente et douloureuse descente aux enfers.

Mon avis

Dommage collatéral ?

Variable d’ajustement…. « Ce sont les entreprises qui licencient le plus qui, souvent, embauchent également le plus. Cette mobilité contrainte est liée à une politique de l'entreprise qui ajuste en permanence ses effectifs, non seulement en quantité, mais aussi en qualification. » (source : « alternatives économiques »).

Mathilde a tout pour être heureuse … Un mari plutôt beau gosse, deux enfants agréables, une maison, un emploi de cadre qui la met en valeur et lui permet d’exprimer tout son potentiel…. C’est une femme à l’aise, qui s’est forgée à la force du poignet sous les regards admiratifs de ses parents, issus d’un milieu plutôt modeste. Elle a réussi et elle est leur fierté…. C’est une habituée des tailleurs chics et des talons, du maquillage soigné, des  dossiers à traiter toujours plus vite et mieux, des colloques et dîners impromptus, des emplois du temps minutés, des  hommes et des femmes à gérer avec fermeté et aisance….

Et puis, un jour, la sentence…. Le grand patron d’Atout Sport, où elle exerce depuis plus de dix ans, la reçoit ainsi que quelques autres collègues après une réunion où il a parlé à tout le personnel….Elle fait partie de ceux dont, en raison des résultats de l’entreprise, des chiffres et surtout de la « fameuse variable d’ajustement », il faut se séparer mais « avec vos diplômes, votre expérience et blablabla…je ne suis pas inquiet pour vous… »
C’est le coup de massue pour Mathilde, la rencontre avec un monde qu’elle ne connaît pas : celui du chômage et de tout ce qui va avec : les démarches infructueuses, les regards de compassion, l’inactivité, le stress, l’opinion des autres, lourde, si lourde, la lutte puis le désespoir, les hauts, les bas…..

On pourrait penser que cette femme ne pensait qu’à sa réussite sociale et que retomber sur terre lui aura permis d’appréhender la vie autrement…. Le problème c’est qu’elle ne se relève pas, bien au contraire, elle s’enfonce…Alors on peut se poser la question : « Et moi, s’il m’arrive la même chose, sui-je armée pour lutter ? Où sont mes priorités ? » Elle est fragile, veut se donner l’illusion d’être forte mais le système la brise, petit à petit : « trop qualifiée, trop vieille (à quarante-deux ans ?), trop ceci, pas assez cela…. » Y-a-t-il un moule dans lequel se couler pour plaire aux futurs employeurs ? Que dire des stages ou autres remises à niveau (l’auteur écorche bien notre société et ça sonne vrai….tellement juste qu’on voudrait fermer les yeux, ne pas lire, ne pas découvrir cette détresse, qui pourtant, parfois, est si proche….)

C’est un livre à l’écriture si fluide (bravo à l’auteur, un homme, qui se met dans la peau d’une femme)  que dès les premiers mots on accroche au récit, on veut tenir la main de Mathilde, l’accompagner, lui donner le courage de se battre, l’énergie pour avancer, comme si en agissant ainsi, on aidait tous ces oubliés qui vivent des situations semblables (voudrait-on se donner bonne conscience ?). Le contenu est émouvant, troublant, mais jamais pathos, ni voyeur. Philippe Declerck garde un ton juste, un rythme régulier qui suit la jeune cadre dans ses déboires, ses espoirs, son quotidien, nous rappelant que tous les chômeurs ne choisissent pas leur situation, que beaucoup sont victimes d’un mode de fonctionnement que nous cautionnons malgré nous. Alors que faire me direz-vous ? Déjà, à chacun, sur le lieu de son activité professionnelle, de ne jamais, jamais, oublier les mots : respect et humanité…. Il faut un début à tout, cela en sera, peut-être, un…..


"Bête noire" d'Anthony Neil Smith (Hogdoggin')


Bête noire (Hogdoggin')
Auteur : Anthony Neil Smith
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau
Éditions : Sonatine (12 Septembre 2019)
ISBN : 9782355847349
400 pages

Quatrième de couverture

L’agent du FBI Franklin Rome a juré la perte de Billy Lafitte, ex-shérif adjoint dans le Minnesota. À n’importe quel prix. Il est vrai que, pour un homme de loi, l’existence de Billy ressemble à une insulte perpétuelle. Celui-ci a en effet à peu près tous les vices imaginables. Aussi, après quelques tracas avec sa hiérarchie, Billy a-t-il quitté les forces de l’ordre pour entrer dans un groupe de bikers, comme on entre en religion. Là, sous les ordres de l’impitoyable Steel God, il peut enfin mener une existence à peu près tranquille. Mais s’il pense avoir tiré un trait sur son passé, celui-ci le rattrape lorsque l’agent Rome décide de s’en prendre à son ex-femme et à ses enfants.

Mon avis

Décapant !

Les feux d’artifice, vous connaissez ? Et bien dans ce roman d’Anthony Neil Smith, c’est un peu ça : le bruit, les explosions, les couleurs, les cris, l’odeur de poudre … mais pas pour les mêmes raisons.
A la toute fin du titre précédent, on avait laissé Billy Lafitte assez mal en point. On le retrouve copain comme cochon avec une bande de gros bras (il s’est d’ailleurs musclé à leurs côtés), des bikers. Ex-shérif adjoint, il pourrait, il devrait (ce serait mieux pour lui), se faire oublier…Un agent fédéral, Rome a décidé de le coincer et de l’évincer définitivement histoire de nettoyer le coin. Il faut donc faire sortir Lafitte du bois, ou plutôt des gros cubes. Mais comment l’appâter ? Son talon d’Achille, c’est ses gosses et son ex-femme … Et effectivement ça fonctionne. Billy quitte le gang et part pour se rendre compte par lui-même de ce qu’il se passe réellement…. Enfin, disons que c’est ce qu’il souhaite. Mais sur le terrain, les choses sont plus compliquées qu’une simple balade « motocyclée ». Cet homme a l’art d’attirer les emmerdes et une fois de plus, il n’y coupe pas…. Et là, c’est un festival qui commence, ça boit, ça dit des grossièretés, ça canarde, ça se lâche, ça triche, ça vit à cent à l’heure (même plus, je vous l’assure) etc. Le lecteur en prend plein les yeux, les oreilles, le nez, la peau … On voit les scènes, parfois violentes, comme si on y était, on renifle la poudre, la peinture, le sang (et son goût métallique nous envahit la bouche), les tympans souffrent en entendant les cris, les coups de feu, les pétarades, on ressent les blessures … on est pratiquement aussi lessivé que les personnages…Pas une seconde de répit….et comme ça se passe aux Etats-Unis, tout est un peu démesuré.

Il n’est pas vraiment mauvais Billy, il se trompe, il ne fait pas les bons choix, il réagit au quart de tour au lieu de réfléchir et il a la main et le pied lestes avec ou sans pistolet.  Il est attachant car on sent, même s’il faut gratter beaucoup, qu’il a un bon fond. Les personnages qui gravitent autour de lui sont tous hauts en couleur, pas toujours nets, hâbleurs, assez rudimentaires, hypocrites, manipulateurs et tous bigrement intéressants. Je ne sais pas comment l’auteur s’y prend mais, en peu de mots, il leur donne de la consistance. Les femmes ne sont pas faibles, ni effacées, elles n’ont rien à envier aux hommes et je pense qu’il vaut mieux ne pas les croiser quand elles sont énervées.

Anthony Neil Smith et son fidèle traducteur, Fabrice Pointeau, s’en donnent à cœur joie pour jouer avec les mots, les émotions, les ressentis afin d’impliquer le lecteur. La tension est palpable dans ce récit mais une ironie mordante, un humour décoiffant permettent de relâcher … un peu … car chaque fois, ça repart très vite, comme une fusée de feu d’artifice. Pas le temps de souffler ! Rythme et phrasé sont en phase : addictifs, vifs, efficaces.

Même si ce roman peut être lu indépendamment, il me semble préférable d’avoir découvert le premier pour mieux le comprendre. En effet, l’auteur approfondit la connaissance de certains protagonistes, notamment Rome et sa femme, Nate et sa compagne, et lire « dans l’ordre » permet de découvrir l’évolution des uns et des autres.

S’il me faut toujours quelques pages pour reprendre contact avec le style percutant d’Anthony Neil Smith, une fois plongée dans le récit, je suis à fond dans l’intrigue. C’est totalement dépaysant et le côté « brut de décoffrage » ne me dérange pas, sans doute parce que je sens entre les lignes, un peu de tendresse chez tous ces écorchés vifs.




"L’Intrication - Tome 1 : Le cantique des quantiques" de Laurence Belhomme


L’Intrication
Tome 1 : Le cantique des quantiques
Auteur : Laurence Belhomme
Éditions : Passion du livre (8 Août 2019)
ISBN : 979-1097531041
190 pages

Quatrième de couverture
« Il fut un temps où nous ne faisions qu’un … »
Le cantique des quantiques est le premier volet de L’Intrication : une quête spirituelle à travers les âges dans laquelle Eliette, Asterius, Mme Apple Pie, Electra et Schrödinger vous entraîneront.
Alors bonne route.

L’avis de Franck

La quatrième de couverture ne m’a pas appris grand-chose sur le contenu du livre.
Le titre, « L’intrication », fait résonance avec l’intrication quantique et le résumé parle de quête spirituelle à travers les âges.
Donc, on va voyager dans le temps ? Un roman sur le thème du voyage dans le temps avec des actions passées qui changent le futur ? De l’aventure ? De l’épique en époque ?
Voilà qui attisait ma curiosité. Mais, léger bémol, j’ai eu parfois l’impression d’avoir suivi une leçon d’histoire et je suis un peu resté sur ma faim.

Le livre se partage en quatre parties relativement distinctes :

1) La présentation des protagonistes et comment ils en arrivent à voyager dans le temps.
2) Leurs aventures dans la Préhistoire
3) Leurs aventures dans l’Égypte des Pharaons
4) Le retour à l’époque actuelle.

Lors des deux voyages dans le passé, j’ai lu un cours complet sur l’époque durant laquelle se déroulait l’action. Mode de vie, habitat, alimentation, habillement, tout y passe. Pas une seule fois, les voyageurs temporels n’ont eu de gros soucis avec les autochtones de l’époque. Tout va bien ! Pas de péripétie majeure jusqu’à ce qu’ils franchissent le portail temporel. Quel dommage ! Le récit était documenté, complet, mais il manquait de fantaisie et de fantasy…..

J’avais sans doute mal interprété les intentions de l’auteur… Ce n’est pas exactement comme cela que j’avais envisagé la lecture d’un roman sur le voyage temporel. Il me semble que le contexte a pris trop de place au détriment des actions.

Et pourtant, dès le début du recueil, j’avais bien accroché avec la présentation des personnages : les Montalendroit et les Montalenvers… Le chat de compagnie appelé Schrödinger et la grand-mère Mme Applepie... Les deux familles qui sont voisines avec pour l’une la mère disparue et pour l’autre le père... Un personnage en fauteuil roulant... Un garçon et une fille qui se fréquentent en tant que voisins... Le titre en jeu de mots « Le cantique des quantiques »... Quel potentiel !

Donc globalement, une impression mitigée. Les voyages dans le passé manquent, à mon sens, d’événements et d’actions pour « ferrer » le lecteur et maintenir son attention pour les différents individus évoqués. Il n’en reste pas moins que l’écriture est fluide et agréable. Dans le tome 2, il y aura probablement plus de mouvements, donc à suivre 😉