"Ce qui reste de candeur" de Thierry Brun


Ce qui reste de candeur
Auteur : Thierry Brun
Éditions : Jigal (15 Février 2020)
ISBN : 978-2-37722-094-6
195 pages

Quatrième de couverture

Thomas Boral était l’homme de main de Franck Miller, un individu véreux en cavale suite à de nombreuses malversations. Il est aussi le témoin capital à son procès qui doit avoir lieu prochainement. Ayant fait main basse sur l’argent amassé par Miller, Boral est devenu un repenti pour sauver sa peau et échapper à une vengeance inéluctable. En attendant le procès, il est protégé par les autorités, mis à l’abri, reclus, au pied de la montagne Noire. Mais pour combien de temps ?

Mon avis

Avant de commencer cette chronique, une mention « excellence » pour la couverture et le titre. L’homme en mouvement, pratiquement renversé par ? Le vent ? Les émotions ? La violence ? Les bras ouverts, il lutte encore avec toute sa candeur, toute son innocence car il y croit. Les mauvais choix, les coups du sort, les aléas, rien ne peut l’abattre, du moins, c’est ce qu’il espère au plus profond de lui-même.

Qui pourrait-il être ? Thomas Boral, un homme installé au pied de la Montagne Noire pour se tenir écarté de la foule et être apte à se défendre au cas où. En effet, il a été l’homme de main d’un malfrat en cavale. Maintenant repenti il doit témoigner prochainement au procès et rester au vert jusque-là. Il a récupéré de l’argent qu’il a soigneusement mis à l’abri en attendant des jours meilleurs pour l’utiliser. Reclus, il doit se tenir tranquille mais c’est difficile pour lui.
Il y a d’abord ce sentiment d’être surveillé, suivi, traqué même de temps à autre alors pour dormir paisiblement, ce n’est pas évident. Et puis, il y a les femmes, celle d’avant, celle de maintenant, qui s’incrustent, hantent le quotidien, mais dont, pour la seconde, le corps ferait damner un saint. Alors quand on s’ennuie dans sa bicoque…. On s’occupe.
Bien sûr le propriétaire de la demeure a demandé quelques menus travaux mais ça ne suffit pas à employer un homme toujours habitué à agir.  Il bricole, il court, il fait du vélo, il guette, il pense…. trop … …. Il n’aime pas que les policiers, (qui sont là pour le protéger) soient trop présents, ça l’étouffe alors il prend la tangente même s’il n’a pas vraiment le droit de faire ça … Il voudrait gérer sa vie mais tout lui échappe, des événements frappent à sa porte, s’imposent. Il n’est pas vraiment serein, il se pose des questions sur sa trahison et un possible retour de bâton. Jamais posé, jamais apaisé, il est continuellement sur le qui-vive, presque paranoïaque.

L’emploi du pronom « je » permet au lecteur de s’imprégner de cette intrigue dès les premières pages, de sentir cette atmosphère lourde dans laquelle s’ébat Thomas. Il ne maîtrise pas tout et les faits ne l’aident pas à rester zen. Il a peur, il s’angoisse surtout lorsqu’il se rend compte que ça dérape et pas dans le bon sens, ni avec le bon tempo. En outre, il doit contenir une certaine forme de colère, de violence, qui l’envahit quand, pour lui, ça ne tourne pas rond.

L’écriture de Thierry Brun est musclée, nerveuse. Parfois de longues phrases décrivent la situation, comme si d’un coup, les choses s’installaient puis l’action repart de plus belle, imprévisible. C’est rythmé, la nature est accidentée, dangereuse, les hommes complotent, personne n’est à l’abri d’un coup en douce et surtout pas Thomas Boral qui doit rester vigilant.

J’ai aimé les personnages en demi-teinte de ce roman. Le mal-être de ce « sbire » qui a presque des regrets, qui ne sait pas quel sens donner à sa vie, ni quelle route elle va prendre. L’auteur a parfaitement maîtrisé la narration, on sent le malaise, les impondérables qui envahissent le quotidien. Tout va crescendo jusqu’à une fin qui vous laisse pantois.







"Qui touche à mon corps je le tue" de Valentine Goby

 

Qui touche à mon corps je le tue.
Auteur : Valentine Goby
Éditions : Gallimard (25 Août 2008)
ISBN : 978-2070120574
136 pages

Quatrième de couverture

«Marie G., faiseuse d'anges, dans sa cellule, condamnée à mort, l'une des dernières femmes guillotinées. Lucie L., femme avortée, dans l'obscurité de sa chambre. Henri D., exécuteur des hautes œuvres, dans l'attente du jour qui se lève. De l'aube à l'aube, trois corps en lutte pour la lumière, à la frontière de la vie et de la mort.»

Mon avis

Une couverture floue, dans les tons de rouge (est-ce volontaire pour rappeler le sang qui se trouve en filigrane des différents personnages ?), peu de pages : 136, tout se déroule en peu de temps : on commence à « l’aube » du premier jour et on finit à « l’aube » du second jour.

Pendant ces vingt-quatre heures, on va suivre les trois personnages, chacun désigné par un prénom et l’initiale de son nom. Des passages écrits en italiques avec leurs pensées respectives. Roman à quatre voix : la narratrice et les trois personnages.

Les personnages sont reliés par la mort. C’est dérangeant dans le principe, ça bouscule, ça révolte, ça fait réfléchir mais je ne pense pas que ça puisse laisser indifférent.

On sait, avant de commencer le roman, ce qu’ils sont et quel va être leur rôle.

Marie, Lucie et Henri ne sont « rien » mais ils nous interpellent.

La première dit que son prénom est « l’autre nom de l’oubli, l’autre nom de l’indifférence »…Elle se met à exister lorsqu’elle est jugée : « Depuis son jugement devant le tribunal d’Etat, son prénom existe, son nom existe ». Elle n’a pas une relation facile avec sa mère qui est blanchisseuse. Elle voudrait être un drap sale pour « passer entre les mains de sa mère ».

Lucie L n’est qu’une femme qui, comme d’autres, choisit l’avortement. On la voit souffrir dans son corps, dans sa tête. Refuse-t-elle cet enfant parce que les relations avec sa propre mère ne sont pas « abouties » ? Elle dit « « Mon vêtement, c’est la peau de ma mère, ma mère me tisse et j’adore ça ». Sa mère est tisseuse, beaucoup de couleurs….Elle dit aussi quand elle quitte la maison où elle vit avec ses parents : « Je n’emporte rien. Seulement mon corps. Qui touche à mon corps je le tue ». Elle n’a que ça « qui lui appartienne », son corps, et elle le fait souffrir, se regarde se tordre de douleur. La relation de Lucie lorsqu’elle est loin de sa mère est empreinte de désespoir, elle lutte, part, revient. Peut-être sont-elles « handicapées » de l’amour, incapables de dire leurs sentiments ? D’ailleurs lorsque Lucie est avec un homme, elle n’aime pas parce qu’elle ne s’aime pas….et ne s’aimant pas, elle ne peut pas envisager de donner la vie….

Henri est le bourreau. Du fait de son rôle, il a peu de contacts avec le reste de la population. Son métier le ronge et en même temps il ne sait rien faire d’autre. Lorsqu’il tue « il n’est pas un homme ». Il obéit sans juger, sans plaider, sans sentiments….

En dehors du fait que les trois personnages ont eu une relation peu simple avec leur mère (qui a conditionné ce qu’ils sont devenus ?), il y a le sang rouge qui les relie et par opposition, les couleurs (tissage de la mère de Lucie, linge lavé par celle de Marie, bobines de l’usine de bonneterie où le père d’Henri est responsable) et le bleu : bleu du pyjama d’Henri (qui est alors un « homme ordinaire »), bleu comme le paquet où se trouve la chemise de Lucie, bleu des draps froissés, bleu sur les pages du journal qui parle de Marie.

L’écriture est saccadée, violente, parfois crue comme si Valentine Goby cherchait à fouiller les âmes de ses protagonistes, comme si les mots, les pensées se bousculaient et qu’il fallait écrire dans l’urgence. Les phrases sont parfois longues, avec peu de ponctuation ce qui pourrait donner une idée de « lourdeur » au récit mais le sujet est grave et c’est peut-être un moyen, pour l’auteur de ne pas sombrer dans le pathos, de rester en dehors, comme avec un regard « clinique ». On a l’impression d’un « condensé » où l’on retrouve de véritables questions par rapport au droit sur son propre corps, au droit de donner ou ôter la vie…mais on ne ressent pas ce que pense Valentine Goby, elle s’efface derrière son écrit.

Il m’est difficile de dire mon ressenti par rapport à ce livre. Je ne peux pas dire que j’ai passé « un bon moment » dans le sens où ce n’est pas une lecture « détente ». Malgré tout, je peux écrire que c’est un bon livre car la façon de présenter les trois personnages, de « fouiller » leur âme ne m’a pas laissée indifférente. Je pense que Valentine Goby a réalisé « un exercice » difficile : écrire d’une façon troublante, sans jamais lasser, en nous donnant envie d’aller avec elle, plus loin, plus profond, pour comprendre chacun des trois sus nommés et se retirer ensuite sur la pointe des pieds….

 


"Siège 7 A" de Sebastian Fitzek (Flugangst 7 A)


Siège 7 A (Flugangst 7 A)
Auteur : Sebastian Fitzek
Traduit de l’allemand par Cécile Maurice
Éditions : Archipel (5 Mars 2020)
ISBN : 978-2809828160
384 pages

Quatrième de couverture
Pour sauver sa fille, un psychiatre doit provoquer le crash de l'avion à bord duquel il a pris place.

Mon avis

Jusqu’où va-t-on pour ceux qu’on aime ?

Pas de temps à perdre. C’est dès le début du roman que Sebastian Fitzek nous fait entrer dans le vif du sujet.  Nele, une jeune femme qui vit à Berlin est sur le point d’accoucher. A l’autre bout du monde, son père, un psychiatre de renom s’est décidé, malgré ses peurs, à prendre l’avion pour la rejoindre. Se retrouver là-haut est une souffrance importante pour lui, il a mis en place un fonctionnement bien particulier pour se rassurer et endurer les nombreuses heures de vol. Il sait que son angoisse l’envahit, qu’elle est difficile à gérer et il fait tout pour s’en sortir au mieux.

Peu après le décollage, il reçoit un appel. Un chantage odieux lui est présenté : la vie de sa fille et de son bébé contre le crash de l’appareil. Deux vies contre deux cent seize mais les deux vies en jeu sont la chair de sa chair… Vous feriez quoi, vous ? En tout cas, Matt voudrait solutionner tout ça sans morts ni d’un côté ni de l’autre mais il ne voit pas comment faire. D’autant plus que ce qu’on exige de lui est pervers : manipuler mentalement une de ses anciennes patientes qui est à bord. Elle perdra « la raison » et entraînera tout le monde dans sa folie destructrice. Matta avait envisagé tous les incidents possibles avec ce mode de transport et avait essayé d’anticiper mais bien sûr, il n’avait pas pensé à ça. L’horreur absolue et la mort au bout, sur terre ou dans les airs… Comment déjouer les plans de celui qui le fait chanter ?

C’est parti pour une course contre la montre. Agir, négocier, quel que soit le lieu, c’est à ça que sont confrontés les personnages. Nele se bat pour sauver sa vie et celle de son bébé, Matt également, tout en souhaitant préserver également les passagers.

Une fois, encore l’auteur mène son intrigue de main de maître. On peut se demander où il va chercher des idées pareilles (heureusement pas dans les faits divers). C’est impressionnant l’imagination qu’il a et l’espèce de « logique » qu’il met en place Parce que bien entendu, à la fin, tout s’emboîte, tout s’explique, alors que parfois, on se dit « et celui-là, qu’est-ce qu’il vient faire dans l’intrigue ? ». Evidemment aucun temps mort dans ce récit, le style est vif, plein de rebondissements, l’écriture fluide (merci à la traductrice) et accrocheuse. L’auteur a tissé son texte autour des arcanes du cerveau humain, de ses failles. Il ne manque pas d’aborder quelques thèmes intéressants, même si cela reste plutôt « survolé » : le véganisme, la mort, l’amour filial, l’amitié, la folie humaine au nom de certains combats etc. Les protagonistes, bien que certains soient un peu caricaturaux, sont intéressants. J’ai particulièrement apprécié Feli, ancienne collègue du psychiatre qui n’écoute que son cœur pour venir en aide à Nele. C’est une femme courageuse, qui ne lâche rien et qui se donne les moyens de réfléchir. J’ai en outre trouvé que Matt avait une bonne idée quand il décide de prendre le problème « à l’envers » en essayant de comprendre à qui profitera l’écrasement.  Développer un peu plus ce qu’il note et son mode de réflexion aurait pu offrir un intérêt supplémentaire.

La lecture a été agréable même si j’ai trouvé quelques invraisemblances (qui ne m’ont pas dérangée plus que ça, mais je préfère me rassurer en me disant que c’est impossible ;- ) En tout cas, c’est un vrai page-turner et ça fait du bien de rester scotchée dans son canapé pour lire !



"Top-modèle dans les airs" de Marie-Pierre Cattino


Top-modèle dans les airs
Auteur : Marie-Pierre Cattino
Éditions : Koinè (1 Décembre 2019)
ISBN : 9791094828205
55 pages

Quatrième de couverture

La perte de l’enfance et celle des êtres proches sont le socle de notre château intérieur, ici transformé en chapiteau où le spectacle ne prendra jamais fin. Et les clowns bien vivaces sauveront le monde de nos frayeurs.

Mon avis

Personne ne doit contenter l’autre avec des promesses. Ce serait terrible de mentir.

Elle s’appelle Manon. Sa marraine l’a souvent emmenée au cirque. Elle aime ça Manon, sauf les clowns, ils ne la font pas rire. Aujourd’hui, elle est seule, dans un couloir d’hôpital et elle se souvient.

Certains diraient que sa marraine est « partie » mais il ne faut pas mentir aux enfants. Sa fée magicienne, son amour de marraine a perdu la vie. Elle est là-haut, là-bas, on ne sait pas mais on l’entend, elle répond parfois. Elle explique à sa filleule qu’il est nécessaire «de rester là », qu’il faut se quitter, ne plus se toucher, que c’est « comme ça », qu’on ne choisit pas. Mais que Manon peut lui garder une place dans son cœur et son esprit. Que c’est dur de grandir, d’accepter l’inéluctable ….

Manon essaie d’argumenter, de discuter, de gagner un peu de temp. Pourtant elle sait, elle se souvient de la souffrance, de l’hospitalisation... Sur la scène, deux clowns commentent, apportent une touche extérieure à la conversation entre Manon et sa marraine. Ils remettent en place la réalité telle qu’elle est, sans rêverie.

On pourrait penser que choisir un cirque pour parler de la mort c’est une drôle d’idée.  Et que présenter une telle pièce à des enfants (spectacle à partir de huit ans) c’est déplacé.  Evoquer la mort, c’est célébrer la vie. L’une et l’autre existent et font partie du quotidien. Et le lieu permet sans doute de dédramatiser le propos.

C’est délicatement, à mots choisis, sans trop en faire que l’auteur tisse les échanges. Elle a le ton juste, et les plus jeunes recevront le message comme un cadeau offert lors d’un spectacle. Je ne sais pas pourquoi l’auteur a choisi ce thème difficile, fort mais elle une chose est sûre, elle s’en est très bien sortie et a su l’aborder avec doigté et intelligence (dont celle du cœur)

"Chez nous" de Louise Candlish (Our House)


Chez nous (Our House)
Auteur : Louise Candlish
Traduit de l’anglais par Caroline Nicolas
Éditions : Sonatine (5 Mars 2020)
ISBN : 978-2355847868
485 pages

Quatrième de couverture

Fiona et Bram Lawson pensaient s'être séparés " intelligemment ". Ils avaient, en tout cas, trouvé un accord : ils habiteraient à tour de rôle avec leurs enfants dans leur maison. Un jour d'hiver, en rentrant chez elle, Fiona tombe sur des déménageurs. Tous ses meubles ont disparu, il y a des gens dans sa maison – un couple qu'elle n'a jamais vu lui annonce qu'il en est le nouveau propriétaire. Cauchemar éveillé ? Cela ne fait que commencer !

Mon avis

Machiavélique

« Chez nous », c’est « la » maison, celle de Fiona et Bram, le lieu où ils vivent avec leurs deux enfants. Un endroit où on construit une vie de famille, avec des racines profondes, faites pour durer. Cette demeure sera au centre de ce roman, presque en tant que personnage principal et c’est déjà une façon de faire très originale. Malheureusement Bram a « dérapé » et la séparation est inévitable, Fiona ne souhaite pas continuer la route avec lui. En bons parents, ils décident de préserver leurs fils, Harry et Leo qui sont encore jeunes. Pour cela, ils garderont leur belle résidence dans Trinity Avenue, un quartier plutôt chic de Londres. Ainsi, pour les garçons seront maintenus dans leurs habitudes :leur chambre, l’école, les copains, et Papa / Maman vivront avec eux à tour de rôle. Le reste du temps, les parents résideront dans un petit logement qu’ils partageront. Solution idéale sur le papier mais dans la réalité….

Les premières pages du livre nous plongent dans le quotidien de Fiona qui revient chez eux (alors que ce n’est pas son tour de garde) parce qu’elle a besoin de son ordinateur. Le lecteur entre de plain-pied dans l’angoisse que ressent cette femme : les pièces ont été vidées de leurs meubles, père et enfants ont disparu et un couple est en train de s’installer, disant avoir acheté et être propriétaire. Fiona ne comprend rien, n’arrive pas à joindre son époux. Que s’est-il passé ?

Le lecteur est tout de suite accroché par cette entrée en matière. Il se trouve au cœur des événements et se pose autant de questions que la pauvre Fiona, totalement désarçonnée, déstabilisée, en pleine confusion. Bram est-il un salaud qui a vendu sans son accord, a-t-il été manipulé à son insu, s’est-il enfui, a-t-il été kidnappé, a-t-il monté avec d’autres une méchante combine contre sa conjointe ?  Difficile de savoir. Les acheteurs semblent sûrs de leurs droits et demandent à Fiona de regarder ses comptes pour constater qu’un versement a été fait mais rien….

A partir de ce moment-là, le récit avance pas à pas selon plusieurs aspects. Un site « La Victime », podcast consacré aux affaire criminelles auquel participe l’épouse avec « L’histoire de Fi » en plusieurs épisodes (en Mars 2017) assorti de commentaires des auditeurs pas forcément impartiaux, un document word écrit par Bram en marge des événements, et le présent en Janvier 2017 avec Fiona face à une maison qui n’est plus la sienne. Par bribes, nous croisons les regards des uns et des autres sur ce qui s’est passé et c’est édifiant !

Ce thriller domestique nous prend dans ses rets et ne nous lâche plus, on veut comprendre quel rôle a joué chaque protagoniste car rien n’est tout blanc ou tout noir n’est-ce pas ? L’écriture est fluide (merci à la traductrice), le style addictif, avec régulièrement des indices supplémentaires qui donnent envie de poursuivre la lecture. On découvre le caractère des deux époux, de leurs amis et on s’aperçoit qu’on ne connaît jamais vraiment quelqu’un à fond. Bien sûr, avoir un jardin secret n’est pas une faute en soi mais encore faut-il avoir le bon dosage dans ce qu’on tait et ce qu’on partage pour que la confiance ne disparaisse pas. Ce qui est représentatif dans ce recueil, c’est de voir comment des petites choses, prises séparément dans un autre contexte, n’auraient rien enclenché alors que là, elles ont un effet tsunami. Ce qui est marquant aussi c’est la force de l’engrenage : une réponse « mal choisie », un geste moins réfléchi etc et toute une suite de faits, de plus en plus imprévisibles, incontrôlables se met en place.

Est-ce que le couple Fiona/ Bram ne tenait que par « leur maison » et ses prétendues racines, avait-il déjà été fragilisé ? Peut-il se relever d’un tel traumatisme ? Louise Candlish offre là une véritable réflexion sur la vie à deux, et à la toute fin, le lecteur est totalement surpris !

"Maldonne au festival de Cannes" de Alice Quinn


Maldonne au festival de Cannes
Au pays de Rosie Maldonne 5
Auteur : Alice Quinn
Éditions : Bookelis (3 Mars 2020)
ISBN : 9791035932053
280 pages

Quatrième de couverture

C’est le Festival de Cannes. Rosie est de nouveau dans la dèche. Grâce aux Gilet Jaunes, tous les samedis, elle est assurée de pouvoir offrir des croissants à ses enfants. Elle rencontre un footballeur devenu acteur qui l’engage comme Body Guard pour une soirée de gala. Mais pourquoi ce type a-t-il besoin d’un garde du corps ? Que lui veut la productrice du film, qui ne la lâche plus d’une semelle ?

Mon avis

Voilà, c’est fini *

Voilà, c’est fini, il faut dire au revoir à Rosie Maldonne, Cricri pour certains…. Depuis 2013 qu’on se connaît, ça me fait bizarre de savoir que je ne la retrouverai pas dans un autre titre. Mais finalement, c’est bien. Elle a pris de l’assurance, elle a donné du sens à sa vie et elle a moins besoin qu’on lui dise qu’on l’aime. Et de toute façon, les vrais amis, c’est pour la vie. Même quand on n’a pas de nouvelles, on sait, on sent qu’ils sont là si on a besoin et ça suffit à être heureux, non ?

Elle est toujours en galère financière avec ses enfants à élever, et le festival de Cannes va s’installer dans la ville où elle habite. Mais loin des paillettes, son quotidien en ce moment, c’est d’essayer de trouver un peu d’argent et d’aider les gilets jaunes sur les ronds-points le samedi. Elle y va, comme on la connaît, avec toute son énergie, sa vitalité, son enthousiasme, son impulsivité. C’est d’ailleurs cette dernière qui suite à un « contact un peu chaud » fait qu’elle se retrouve embauchée comme garde du corps d’un ancien footeux reconverti dans le cinéma (non, quand même, il ne s’appelle pas Cantona, faut pas exagérer). Elle réalise très vite que les producteurs et autres personnages dont les sponsors, tournant autour de la vedette principale ont quelque chose à cacher et que, peut-être, il y a un lien avec elle. Bizarre tout ça….

Une fois encore, Alice Quinn a su ancrer son récit dans l’actualité : gilets jaunes, femmes harcelées, alimentation plus saine et vegan, réseaux sociaux et ses dangers, etc…beaucoup de thèmes sont abordés. On reste dans une comédie légère donc elle ne se pose pas en donneuse de leçon, elle en parle c’est déjà beaucoup et elle le fait avec intelligence (je pense notamment à l’incursion en supermarché qui est un message fort l’air de rien). Il y a toujours une pointe d’ironie, d’humour pour désamorcer le sérieux mais en filigrane le propos est grave et a le mérite d’être cité.

Comme d’habitude, Rosie chantonne (c’est sa mère décédée qui lui souffle des indices à travers une play list reprise en fin d’ouvrage). Elle est entourée de ses compagnons fidèles, tous ceux qui l’apprécient comme elle est sans concession. Elle fait face aux mensonges, aux magouilles, avec toute sa force de persuasion, toute son opiniâtreté. Et jamais, elle ne se laisse éteindre. Je crois que c’est ça que j’ai aimé dès le début chez elle : cette lumière qu’elle dégage. Elle a son franc parler, elle est parfois un peu brut de décoffrage, mais elle rayonne, parce que malgré les difficultés, malgré les déboires, elle ne renonce pas à aimer la vie, comme elle est, simplement parce que c’est la vie …. Pour autant, elle ne fait pas dans l’optimisme béat et stupide, non, elle reconnaît que ce n’est pas forcément simple mais elle avance et garde le sourire.

L’écriture d’Alice Quinn s’est adaptée à son personnage ou est-ce Rosie qui a déteint sur elle ? Quoiqu’il en soit, le style est fluide, vivant, les rebondissements suffisants pour que le lecteur passe un bon moment sans s’ennuyer une seconde (et referme la dernière page en étant de très bonne humeur avec un petit pincement au cœur à l’idée de quitter cette héroïne du quotidien).

*Jean-Louis Aubert (est-ce la mère de Cricri qui m’a soufflé cette chanson ?)

NB : On va pas s'dire au revoir comme sur le quai d'une gare
J'te dis seulement bonjour et fais gaffe à l'amour




"Sans pitié ni remords" de Nicolas Lebel



Sans pitié ni remords
Auteur : Nicolas Lebel
Éditions : Marabout (26 août 2015)
ISBN : 978-2501103794
348 pages

Quatrième de couverture

9 novembre, cimetière du Montparnasse. Le capitaine Mehrlicht assiste, en compagnie de son équipe, aux obsèques de son meilleur ami, Jacques Morel. Quelques heures plus tard, il se retrouve dans le bureau d'un notaire qui lui remet, comme « héritage », une enveloppe contenant un diamant brut. Il s'agit de l'un des yeux d'une statue africaine, le Gardien des Esprits, dérobée dix ans auparavant lors du déménagement du Musée des arts africains et océaniens, que Jacques avait supervisé, et recherchée depuis par la « Police de l'Art ». C’est le début de 48 heures de folie qui vont entraîner Mehrlicht et son équipe dans une course contre la montre, sur la piste de meurtriers dont la cruauté et la détermination trouvent leur origine dans leur passé de légionnaires. Une enquête sous haute tension, dans laquelle débordent la fureur et les échos des conflits qui bouleversent le monde en ce début de XXIe siècle.

Mon avis

Sous les mots, la vie ou la mort ?

Si vous lisez bien la quatrième de couverture, vous verrez que Jacques, c’est le mort. Celui qui s’est battu contre la maladie et qui l’a finalement laissé gagner. Mais pas sans une dernière pirouette : une chasse au trésor, un jeu de piste pour son meilleur ami.

Jacques, c’est celui qui n’est plus là et pourtant c’est le personnage le plus présent dans le livre. Déjà cette idée m’a bien plu. Un mort qui est le héros ! Et qui tire les ficelles, ni vu, ni connu, dans l’ombre, de loin… peut-être n’avait-il pas mesuré le risque de dommages collatéraux… On ne maîtrise jamais totalement les événements même si on prépare bien mais quoi qu’il en soit, il a dû bien s’amuser à organiser tout cela.

Le capitaine Mehrlicht et quelques autres compagnons sont au cimetière et assistent aux obsèques de Jacques Morel. Ils vont mettre un peu de temps à réaliser que leur ami « a mis en scène » ses funérailles, choisissant le curé etc… pour un dernier fou-rire avec ses potes. Ce passage est teinté d’humour et c’est un régal ! On imagine alors un polar où l’auteur maniera le verbe avec dérision. Que nenni, il n’y aura pas que ça ! Nicolas Lebel est un linguiste, de ce fait un amoureux des mots. Il glissera donc en exergue de chaque chapitre des citations ciblées, choisies, puis dans le texte, des références diverses tant dans les noms de ceux qui interviennent dans l’intrigue que dans les lieux ; ou plus subtils par l’intermédiaire d’anagrammes de ci de là, l’air de rien (et je ne les ai sans doute pas tous découverts). Il y aura ainsi pour le lecteur comblé, plusieurs niveaux d’approche des recherches du capitaine Mehrlicht.

D’ailleurs, parlons un peu de lui, il est laid, il boit trop ….alors pourquoi lorsqu’on lit, on s’attache à des gens pareils ? Est-ce que dans la « vraie vie » on les regarderait ces « cabossés de la vie et du cœur » ? Et pourtant, c’est bien lui qui nous donne l’envie de tourner les pages, de savoir comment il va s’y prendre pour comprendre tous ces secrets, pour avancer et se débarrasser de tous ceux qui lui posent des questions, qui ne le lâchent pas, « ternissant » en quelque sorte la mémoire de Jacques, lui faisant porter « le chapeau ». Sans doute que l’amitié indéfectible qu’il portait à son acolyte est pour beaucoup dans sa détermination.

Nous allons suivre ceux qui mènent l’enquête mais également ceux qui sont recherchés. Les tourments des uns et des autres sont évoqués avec finesse, les personnalités sont fouillées (j’ai particulièrement apprécié celles de Vlad et de Dossantos) , les situations sont décrites comme si l’œil de l’auteur était une caméra, cela donne du rythme et ne laisse place à aucun temps mort.

L’écriture est accrocheuse, pointue, l’atmosphère parfois tendue maintenant le lecteur en alerte maximale, le suspense très présent. Si besoin est, Nicoals Lebel nous rappelle que l’on ne vit pas dans un monde de bisounours et ses « méchants » à « l’âme noire » sont sans pitié ni remords….

J’ai beaucoup apprécié cette histoire, sa construction, le rapport avec les Arts Premiers. L’enchaînement des actions et les rapports entre les individus sont bien amenés et je pense que cet opus ferait un bon film.

C’est le premier roman que je lis de cet auteur et une chose est certaine : je vais suivre ses écrits et même s’il n’est vraiment pas beau, c’est avec grand plaisir que je retrouverai le capitaine Mehrlicht !!!!


NB: et je n'ai pas dit mon dernier mot pour l'algorithme!!