"Une amitié" de Silvia Avallone (Un'amicizia)

 

Une amitié (Un'amicizia)
Auteur : Silvia Avallone
Traduit de l’italien par Françoise Brun
Éditions : Liana Levi (13 Janvier 2022)
ISBN : 979-10-349-0490-7
530 pages

Quatrième de couverture

En l'an 2000 Élisa est une timide adolescente de quatorze ans, mal dans sa peau. Béatrice, sa camarade de classe, flamboyante et extravertie, est résolue à s'emparer de la vie. Une amitié improbable se noue entre elles, malgré leurs différences et celles de leurs familles.

Mon avis

« Sans elle, je n’étais rien. »

Élisa et Béatrice sont adolescentes en l’an 2000. Elles vont se lier d’amitié alors que tout les oppose. Vingt ans après, que sont-elles devenues ? Ce roman raconte le passage entre jeunesse et vie adulte, avec l’intégration rapide d’internet et des réseaux sociaux, une révolution qui bouleverse tout sur son passage.

2020, Élisa relit ses journaux intimes et les souvenirs, si longtemps étouffés, remontent. Elle écrit avec un besoin impérieux de se libérer, comme si en remplissant des pages et des pages de leur histoire, elle l’expulsait pour faire le point, se débarrasser de toutes les zones d’ombre. Mais est-ce aussi simple que cela ?

2000, à quatorze ans, Élisa aime les livres, vit dans une famille assez particulière, avec une mère fantasque et un père fasciné par l’informatique, les logiciels. Elle a un frère, qui file ce qu’on appelle un mauvais coton. L’argent ne coule pas à flot, Élisa est habillée souvent avec des vêtements mal adaptés, des chaussures trop grandes. En classe, on ne la remarque pas trop et on se moque d’elle parfois. Elle aimerait être écrivain mais elle sait qu’elle doit rester à sa place, ne pas trop se faire remarquer.

Béatrice est une fille apprêtée, qui vit dans une belle maison. Sa maman qui a toujours rêvé d’être miss, ou mannequin, a reporté ses envies sur sa progéniture. Elle prépare, déjà, une carrière pour Béatrice, espérant qu’elle réussira mieux qu’elle, qu’elle s’imposera et fera des envieux. Elle établit des contacts, prévoit les castings, surveille l’alimentation, la tenue pour que tout soit parfait.

En 2003, c’est la naissance des blogs. Elles ont dix-sept ans, le père d’Élisa les initie et elles en créent un pour parler de leur amitié. Mais « l’amitié n’est pas photogénique. » L’une est dans la discrétion, l’autre dans le paraître. Leurs liens peuvent-ils résister à tant de différences ?

C’est avec des allers-retours que l’auteur nous conte ces deux décennies. Les personnages sont fascinants. Élisa n’arrive pas vraiment à exister par elle-même. Elle est figurante dans la vie des autres. Elle a besoin de se voir en Béatrice, comme dans un miroir, pour se sentir vivante. Béatrice, elle se cache derrière le fond de teint, les bijoux, les tenues provocantes, tout ce qui brouille la vision, mettant un voile d’oubli sur ce qu’elle est réellement. S’exhiber pour mieux se cacher ?

Ce récit est captivant, on suit l’évolution des deux amies et de leur amitié de chapitre en chapitre. La place des hommes, du premier amour, le jeu de la provocation pour tester les sentiments…. Il y a de nombreuses réflexions intéressantes, notamment sur la photographie. Que met-on dans un cliché ? Soi-même ou une image ? Que choisit-on de donner à voir et pourquoi ? Qu’est-ce qui motive nos décisions ? Est-ce que les amitiés adolescentes peuvent perdurer ? Combien d’entre nous se sont données à fond, d’une façon entière, faisant rimer amour et toujours avec une amie à la vie à la mort ? Les parents, père ou mère peuvent-ils tenir une place identique dans la vie de leurs enfants ? Comment être celui ou celle qu’on souhaite être, faut-il faire de la place, qui faut-il quitter pour grandir et s’assumer ? Comment être soi sans décevoir sa famille ? Peut-on aimer une autre personne et ne pas savoir gérer l’intensité des sentiments, jusqu’à étouffer et détruire sans que ce soit une relation toxique unilatérale ?

J’ai apprécié que l’auteur cite des livres (l’amie prodigieuse …), des auteurs : Elsa Morante, Agota Kritsof … Silvia Avallone décrit à merveille l’ambivalence des sentiments, l’union de ces deux solitudes qui se cherchent, se perdent, mais ne peuvent vivre loin l’une de l’autre. Son écriture est précise (merci à la traductrice), on plonge dans chaque scène, dans chaque espace de vie (Biella, Bologne, etc …) C’est plein de contrastes, d’opposition, personne n’est blanc ou noir, chacun doit se construire et prendre, si besoin, le chemin de la rédemption.

C’est un recueil captivant. Il donne à réfléchir sur un monde qui, pollué par les réseaux sociaux, n’est parfois qu’apparence.


"L’envol des mots papillons" de Cécile Vassogne

 

L’envol des mots papillons
Auteur: Céline Vassogne
Éditions: lulu.com (2 Juillet 2011)
ISBN: 978 2 9535794 2 0
216 pages

Quatrième de couverture

Mots d’humeur ou mots nuages, mots doux ou mots rieurs : voici une invitation au voyage en terre d’improvisation. Emotions en tous genres se côtoient et viennent butiner les fleurs de la pense avec la délicatesse d’un papillon

L’auteur aiguise sa plume au regard qu’elle porte sur elle-même et le monde, explorant avec légèreté les eaux profondes et parfois troubles de la pensée. Mots comme ça, mots sensuels et mots presque poétiques se côtoient joyeusement sur ce tapis multicolore où ils sont tressés avec amour pour être mieux offerts au partage.

Mon avis

« Ainsi va la vie, douce ou pleine de surprises, au gré des rencontres dont l’instant nous fait cadeau. »  écrit l’auteur à la page 85.

J’ai envie de lui répondre avec cette phrase que j’affectionne particulièrement:

« Nous méritons toutes nos rencontres. Elles sont accordées à notre destinée et ont une signification qu’il appartient à chacun de découvrir » François Mauriac

C’est donc par un heureux hasard diront certains, un concours de circonstances diront d’autres que le livre de Céline Vassogne est arrivé entre mes mains.

Je préfère parler d’un cadeau de la vie.

Une de ces rencontres qui pourraient sembler improbables, qui se font et dont on se dit qu’il ne pouvait pas en être autrement…

Céline Vassogne est à fleur de peau, à fleur de mots… Sous ses doigts, ces derniers prennent vie, comme des êtres vivants, ils caressent vos sens, éveillent votre oreille et votre esprit… Ils ont leur propre existence et, parallèlement ils vous touchent au plus profond….

L’auteur manie le verbe avec dextérité, délicatesse, humour aussi, elle sonde l’humain au creux de son âme …. Elle nous entraîne sur des chemins poétiques (le jardinier des couleurs m’a beaucoup touchée), sur d’autres routes où parfois les questions nous apostrophent, nous remuent…

Mais toujours, en filigrane, les mots et leur douceur nous apportent le rêve, la tendresse et le partage….

Pour cet envol des mots papillons jusqu’à moi…merci !

"Marche en plein ciel" de Gwenaëlle Abolivier

Marche en plein ciel
Auteur : Gwenaëlle Abolivier
Éditions : Le mot et le reste (6 Janvier 2022)
ISBN : 9782361399023
125 pages

Quatrième de couverture

En arpentant le chemin emprunté par Robert L. Stevenson il y a plus d’un siècle, Gwenaëlle Abolivier harmonise deux passions : l’écriture et la marche. Chaque pas qui l’éloigne de l’immobilité du quotidien, l’ouvre davantage à la littérature ; elle fait corps avec le paysage cévenol qui accueille son évasion.

Mon avis

Lâchez tout, partez sur les routes !

« [….] je sais que prendre la route c’est échapper aux lignes droites et à la circularité des idées. »

Journaliste et productrice sur France Inter, Gwenaëlle Abolivier est partie sur le chemin de Robert Louis Stevenson, dans les Cévennes. Elle n’avait pas, comme lui, un âne, mais un carnet pour écrire afin de regrouper deux passions : la marche et l’écriture.

Dans ce livre, elle raconte cette période de sa vie qui s’apparente à une (re) découverte. Parce que c’en est une, lorsqu’on se retrouve seule avec pour unique but d’être en harmonie avec la nature et dans son corps, en toute conscience. Gwenaëlle a fait quelques rencontres dont Marvejols et son ânesse. Ils ont parfois cheminé tous les trois, l’homme était curieux du parcours de vie de Stevenson, Gwenaëlle lui expliquait.

Son récit de voyage n’est pas un journal de bord jour après jour. Ce sont des réflexions, des partages, des anecdotes. Cette expérience a été enrichissante. La marche apaise, on revient à l’essentiel, et on le sent dans son texte avec la place de la nature, des animaux, qui s’intensifie au fil des pages. Plus on marche, plus on s’allège, les pensées négatives s’estompent, les mots, les phrases qui viennent à l’esprit rythment les pas, les cadencent. C’est une méditation contemplative parfois à l’arrêt, parfois en mouvement. L’auteur sent qu’elle se recentre sur l’instant présent, sur ce qu’elle ressent au plus profond, pour le vivre à fond.

Elle a commencé la randonnée quand elle était enfant. Marcher est devenue une drogue, une addiction. Les courbatures sont vite oubliées, le corps réclame sa « dose » de kilomètres, on se sent heureux lorsqu’on a atteint le but qu’on s’est fixés. On se retrouve à sa juste place, là où on doit être, simplement bien sans chercher à analyser. C’est un équilibre tout naturel qui s’installe. On profite avec une acuité affinée de chaque moment, un vol de papillon, un chant d’oiseau, une fleur sauvage, un arbre…. Le plaisir de réussir et d’atteindre le lieu où on voulait aller est immense, le goût de l’effort et la satisfaction d’être arrivé sont des récompenses.

Gwenaëlle Abolivier profite de son recueil pour nous parler de Stevenson mais également de Johan Muir, un homme peut-être moins connu mais à découvrir. Il est né en Ecosse en 1838, il n’était pas très courageux et passait plus de temps dehors qu’à se préoccuper de ses études. En 1849, avec sa famille, il est parti aux Etats-Unis et sa vie a été transformée. Il a été un des premiers naturalistes modernes et n’a cessé de militer pour la protection de la nature. Gwenaëlle en parle si bien qu’elle m’a donné envie de découvrir ce qu’il a écrit.

Cette lecture est agréable, elle repose. On visualise les paysages, les scènes, on entend les bruits de la nature et une fois la dernière page tournée, on se sent reposé, revigoré, prêt à se saisir de son sac à dos et de ses bâtons pour parcourir les chemins et vivre à son tour une belle aventure. 

"Le dernier rendez-vous" de Catherine Briat

 

Le dernier rendez-vous
Auteur: Catherine Briat
Éditions: Plon (11 Mars 2010)
ISBN: 9782259211833
220 pages

Quatrième de couverture

Le dernier rendez-vous, celui qui change tout quand c’est déjà trop tard... Pierre a atteint cet âge où l’on sait que l’on aborde l’ultime tronçon de la route. Il est seul, en sursis, mais a encore des ressources et une volonté d’accomplissement. Sa rencontre avec Marie va le décider à vivre jusqu’au bout comme il ne l’avait jamais fait. Tous deux iront alors à la rencontre de leurs désirs les plus profonds et trouveront ce qu’ils n’avaient pas encore cherché. Un dernier rendez vous avec l’amour, avec le temps qui reste, quand on se met à rêver d’éternité. Réussir sa fin de vie, cette fin de vie qui offre le temps de partir à la conquête de l’essentiel, de transmettre avant de partir, de passer le relais à ceux qui suivent ….

Mon avis

Une quinzaine d’années les sépare, ils n’auraient pas dû se rencontrer mais la vie est ainsi faite qui offre parfois « un dernier rendez-vous » aux esseulés.

Son corps à lui le rappelle à l’ordre quelquefois. Il faut prendre soin de soi, avec l’âge, il arrive que notre organisme nous fasse des infidélités et nous pose souci.

Elle est plus jeune, belle, dynamique, pleine de cette vitalité qui transmet de la force et de l’énergie aux autres car elle rayonne de vie et de vigueur.

Faire un bout de chemin, un denier morceau de route à deux…Facile, sur le papier mais dans la vie? Les habitudes sont là, celles de la solitude, de l’indépendance, d’une certaine forme de liberté, on ne rend plus de comptes à personne, on fait comme on veut quand on veut….

Oui, mais …. Dire oui, une fois encore, dire oui, être aimé, donner de l’amour en retour, partager, rire à l’unisson, croiser un regard complice, sentir son corps vibrer sous d’autres mains …

" La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent". Camus

Cette phrase s’impose à Pierre, alors il pense : «Elle vient me redire la vérité avec laquelle je dois aborder la vie désormais.»

Ainsi, à deux, ils choisissent d’avancer vers l’avenir, celui dont on dit qu’il sera ce qu’on en fera….

Marie couche sur le papier, ce qu’elle décide, ce qu’elle souhaite…

«J’ai envie d’accepter ce risque et de le prendre avec vous.»

«Promettez moi la confiance et le respect, ce sont les deux piliers de notre histoire.»

Roman à l’eau de rose racontant un amour, thème déjà rebattu?

Non …. histoire de la vie, de deux vies qui se croisent, se touchent, s’effleurent, se heurtent aussi …

C’est magnifiquement écrit, tout en délicatesse, les paysages italiens évoqués prennent couleurs sous nos yeux, les sentiments des protagonistes prennent vie et tout cela nous renvoie à notre 

"Nous étions faits pour être heureux" de Véronique Olmi

 

Nous étions faits pour être heureux
Auteur : Véronique Olmi
Éditions: Albin Michel (23 Août 2012)
ISBN: 978-2226242976
235 pages

Quatrième de couverture

Quand Suzanne vient dans la maison de Serge à Montmartre, il ne la remarque pas. Elle accorde le piano de son fils. Elle est mariée, lui aussi, et à 60 ans il a ce dont rêvent les hommes : un métier rentable, une jeune femme parfaite, deux beaux enfants. Pourquoi soudain recherche-t-il Suzanne qui n’est ni jeune, ni belle, et apparemment ordinaire ? Pourquoi va-t-il lui confier un secret d’enfance dont il n’a jamais parlé et qui a changé le cours de sa vie ?

Mon avis:

«La liberté et son pendant, la solitude, maintenant je les connaissais bien. La solitude est à vous, elle vous tient, et on ne sait jamais si c’est une délivrance ou une malédiction.»

Serge, Suzanne, un homme, une femme, une rencontre, chabada bada  chabada bada….

C’est ce qu’on pourrait imaginer lorsque les deux personnages de ce roman se croisent…

Chacun est marié mais parfois la vie nous pousse, nous tire, nous entraîne, nous emporte loin de ce quotidien qui tout à coup nous semble lisse, trop lisse…

Une relation parfois ambiguë se nous entre eux. Il y a le silence complice partagé qui devient les silences, les non-dits ….

«Comment deviner ce qui se cache dans les silences quand on est tellement habitué à les laisser passer avec leurs cohortes d’anges et de questions dangereuses ?»

Que cherche Serge dans ce rapport avec une femme qu’il trouve, au demeurant, pas forcément à son goût ? Qu’est-ce qui le pousse à vouloir toujours plus avec elle ?

Et Suzanne? Est-elle aimée pour elle-même ? Est-elle aimée d’ailleurs?

C’est d’une écriture poétique, tout en ressentis, que Véronique Olmi nous offre un peu de la vie de ces deux amants. Au départ, cela ressemble à une histoire comme on en connaît, un couple qui se construit au détriment de ceux existants. Mais il y a la part d’ombre de Serge, ce mal-être soigneusement enfoui, jalousement gardé, qui tout à coup, va remonter à la surface. D’abord vaguelette, puis vague, avant de devenir un véritable tsunami. La tempête et la houle s’installent en lui, l’étouffent et il faut qu’il s’exprime, qu’il se libère… Mais à quel prix ?

Un roman qui monte en puissance au fil des pages et un véritable coup de cœur!


"Le troisième jour" de Chochana Boukhobza

 

Le troisième jour
Auteur : Chochana
Boukhobza
Éditions :
Denoël (19 août 2010)µ
ISBN : 978-2207101568
420 pages

Quatrième de couverture

Elisheva, musicienne connue dans le monde entier, et Rachel, son élève violoncelliste, arrivent de New York pour un concert à Jérusalem, en 1990, un matin de khamsin. Tandis que Rachel retrouve sa famille, ses amis et un amour perdu, Elisheva prépare une très secrète entreprise. À l'hôtel, elle rencontre Daniel, un chasseur de nazis, et sur l'esplanade du Temple, Carlos, qui travaille pour le Vatican. Survivante des camps, puisant sa force dans la musique et la colère, Elisheva a embarqué les deux hommes dans son aventure. Sur l'échiquier de Jérusalem, deux histoires se superposent, l'une errante, qui ressuscite les blessures de l'enfance et l'intrigue amoureuse, l'autre pleine de la promesse faite aux morts. Dans un roman où chaque personnage livre sa vérité, Chochana Boukhobza tisse sur trois jours une aventure haletante dont Jérusalem, avec ses parfums et sa lumière intense, est le centre.

Mon avis

Ce livre s’appelle « Le troisième jour » … et je le finis le troisième jour … coïncidence …

Une belle couverture avec, sur un bandeau, une photo de Jérusalem, presque dorée qui invite à aller plus loin ...

Ce roman est découpé en quatre parties : premier cantique, deuxième cantique, troisième cantique, dernier cantique (plus petit que les autres, une sorte de "conclusion"). Dans chaque partie, les personnages sont évoqués tour à tour; lorsqu’il s’agit de Rachel, c’est elle qui « parle », elle dit « je ».

Premier jour : Je viens de commencer ce livre et déjà quelques phrases se détachent pour mes cahiers à spirales. « Elle a besoin de faire naître le son, d’entendre l’âme de l’instrument. »
Je lis une cinquantaine de pages et ma première impression est bonne : justesse du vocabulaire, clarté et précision des événements. Je m’attache déjà à Rachel, perdue lorsqu’elle revient chez les siens. New York, où elle vit, étant si différent de Jérusalem où sont (étaient ?) ses racines…. Rachel partie loin des siens avec Elisheva "pour la musique" … « Il y a des jours où je lui en veux, à cette femme, de t’avoir éloignée. Et des jours où je la bénis pour t’avoir ouvert la route d’un rêve. » dit la mère de Rachel.

Deuxième jour : C’est avec plaisir que je retrouve les personnages, d’autres se rajoutent mais chacun est clairement défini et il n’y a aucune confusion possible. Ces personnages ont des zones d’ombre, des souffrances cachées, des failles ….. Je note d’autres phrases. «Ces années passées au loin….. Pour n’obtenir qu’une mince couche d’oubli, et peut-on dire qu’il y a oubli quand la souffrance et le désir sont encore vifs et sonores ? » Je suis dans le deuxième cantique et je n’ai pas envie de fermer ce livre … Il a une vie, un rythme. Il est « présence » …

Troisième jour : Je termine le deuxième cantique et emporté par l’ambiance de ce roman, je ne peux plus m’arrêter, j’enchaîne le troisième puis le dernier cantique. Plus je m’approche de la fin, plus le rythme s’accélère. Pas du tout, comme un auteur qui voudrait se débarrasser de ces personnages, non, plutôt comme un auteur qui ne « tiendrait » plus ces personnages parce qu’ils auraient pris vie. Je n’entends plus un auteur me parler à l’oreille en voix off lorsque je lis, je « vois » chacune des personnes habitant cette histoire … Je suis « dans » le livre … Si je m’arrête pour boire un thé, ils sont encore en moi, j’ai envie de les retrouver …

Conclusion :
La musique est omniprésente dans ce livre, Rachel parle de son père en termes musicaux :
« Mon père est incarné par deux thèmes qui s’opposent. Le premier « boum boum » bas et heurté …. Un mouvement scandé, décalé …. Le second, long, lent, tout en douceur, résume sa relation à Dieu ……deux notes qui se renouvellent pour suggérer le rythme de la prière…. »
L’instrument est « humanisé » :
« Tu ne seras plus jamais seul. Ton instrument t’accompagnera dans la joie et dans la peine. »

L’écriture est belle, poignante, tissée d’un vocabulaire choisi mais jamais ostentatoire.
Chaque mot, chaque adjectif, chaque verbe apporte une précision, un éclairage sur ces tranches de vie qui vibrent sous nos yeux…. Chaque personnage mène un combat, contre d'autres, contre lui-même parfois, contre le passé omniprésent chez chacun qui parfois nous rattrape, contre ses "démons" ....

Le rythme s’accélère au fur et à mesure que le dénouement se rapproche …. comme une partition jouée à plusieurs … parce que chaque personnage devient plus présent, plus vivant, plus enraciné dans ce roman …

Je suis admirative de Chochana Boukhobza, elle a su donner d’elle-même tout en s’effaçant pour faire vivre son récit ….
Son livre est vivant …
Je n’oublierai pas cette Rencontre .... un coup de coeur ...

« Tu es un jardin »
« Qu’est ce qu’un jardin ? »
« C’est un endroit où il y a de l’eau et de la sève. Ne laisse personne abattre tes arbres, arracher tes plantes, défoncer ta terre. »


"Langue morte " d'Hector Mathis

 

Langue morte
Auteur : Hector Mathis
Éditions : Buchet Chastel (6 janvier 2022)
ISBN : 978-2283034729
256 pages

Quatrième de couverture

Face à l’immeuble de son enfance, un homme se souvient. Sa famille, ses amours, la banlieue et les voyages. Cette évocation poétique du passé le conduira jusqu’au petit matin : à l’aube d’une époque nouvelle.

Mon avis

« Le numéro quatre s’allume […] Il se remplit des souvenirs des autres. »

L’homme est là face à l’immeuble de son enfance, les souvenirs remontent, l’envahissent, lui font chaud au cœur, froid dans le dos, c’est selon…. Ils sont là, vibrants, vivants, présents comme autant de passages émotionnels vers l’âge adulte qu’il partage avec nous.

Les chapitres, non numérotés, s’enchaînent, ce sont des « photographies » de chaque « espace-temps » présenté avec finesse. Le cheminement de l’enfance vers la maturité est évoqué avec sobriété, humour, parfois un brin de gouaille comme si le gamin resurgissait pour parler lui-même de ce qu’il a vécu. Il y a l’école, les maladies, les copains, les premières pratiques, les escapades, le rôle du frère. Hector Mathis est né en 1993, ce n’est donc pas ce qu’il a vécu qu’il présente. Pourtant, son récit est très réaliste. On plonge dedans comme si on regardait un film en noir et blanc qui finirait en couleur car le progrès est arrivé et tout se colore au fil des années.

Avec ce livre, on voyage sur toute une vie et dans plusieurs régions et pays en fonction de ce que raconte le narrateur. C’est avec une acuité toute particulière que sont tissés, sous nos yeux les lieux et les événements. Chaque terme choisi est précis, porteur des sens. La famille, les amis, tous sont campés avec suffisamment de détails pour les rendre palpables. Ce sont les expériences plus ou moins bonnes qui font grandir, qui rendent plus mur, plus « homme ». Parfois le présent revient en trombe. « Je voudrais revenir à moi. Quitter ce béton idiot. ». Mais le numéro quatre est toujours là et avec lui son lot de réminiscences. Il s’éloigne, mais, quelques mètres plus loin, c’est un autre fait qui lui saute aux yeux, au cerveau, qui l’habite et il faut qu’il le couche sur le papier.

Est-ce que celui qui rédige se vide de ses maux, de ses mots ? Parce qu’écrire serait pour lui la seule façon d’avancer, d’aller vers l’avenir en laissant le passé derrière lui, non pas en « réglant ses comptes » mais en couchant sur le papier ce qu’il a besoin d’évacuer, qui pèse, qu’il traîne et qu’il juge nécessaire de poser pour continuer la route. D’ailleurs le rythme imposé par le phrasé morcelé donne l’impression d’une écriture dans l’urgence pour se libérer.

J’ai aimé que chaque chapitre nous montre le bruissement des ressentis du narrateur, ses émois, ses peurs, ses envies, ses désirs, ses choix … Il n’est pas nostalgique, il ne regrette pas grand-chose, il analyse avec doigté ce qui l’a amené à être lui ici et maintenant. La place des sentiments est importante, on sent qu’ils ont toujours été forts, aidant l’homme à se construire.

C’est un recueil comme je les aime où chaque mot est à sa juste place. L’écriture est cadencée comme une chanson, un poème, les phrases courtes jouent une mélodie qui chantonne à l’oreille. C’est délicat, posé, porté par une langue envoûtante qui n’a rien de morte tant elle vous séduit, vous enchante. 

Je ne connaissais pas l’auteur, je suis heureuse de ma découverte et je vais me pencher sur ses précédentes publications.