"Bien sous tous rapports" de Louise Candlish (Those People)

 

Bien sous tous rapports (Those People)
Auteur : Louise Candlish
Traduit de l’anglais par Caroline Nicolas
Éditions : Sonatine (8 juin 2023)
ISBN : 978-2355849879
422 pages

Quatrième de couverture

Lowland Way est un quartier chic où le prix du mètre carré constitue un crime parfait pour garantir la tranquillité de ses habitants. Jusqu'à ce que l'adorable grand-mère du quartier décède en laissant pour seul héritier son neveu qui s'empresse d'investir la maison inoccupée avec sa compagne. Le couple s'avère très vite infréquentable. Alors, quand un crime horrible ébranle le quartier, les coupables semblent tout désignés... Mais est-ce pour autant la vérité ?

Mon avis

Londres, un quartier tranquille où tous les habitants sont des gens bien sous tous rapports. Entraide, écoute, bonne ambiance, tout y est. Certains sont plus riches que d’autres mais ils n’en rajoutent pas, du moins pas en apparence. Parce que Naomi est parfois un tout petit peu méprisante avec sa belle-sœur Tess. Sous le prétexte qu’elle, elle travaille, elle demande beaucoup de service à Tess, mère au foyer. Sortir les chiens, garder les gosses et autres tâches peu reluisantes c’est Tess. Animer des rencontres entre voisins, créer le « Dimanche on joue dehors » où la rue du lotissement est fermé à la circulation, et les voitures garées à l’extérieur pour que les enfants s’amusent en toute sécurité, c’est pour Naomi, celle qui brille par ses bonnes initiatives et idées.

Tout se passe bien, les maisons sont bien cotés, le coin est connu, tout roule. Jusqu’au jour où l’habitante du numéro 1 décède. Son neveu et sa compagne s’installent dans la villa et font commerce de voitures, écoutent de la musique Heavy Métal jusqu’à tard, font des travaux bruyants et dangereux etc. Bref, c’est l’apocalypse et la fin du calme. Pour celle qui loue des chambres d’hôte en face du numéro 1, c’est carrément la catastrophe, c’en est fini des évaluations positives. Elle a beau être charmante, le contexte sonore et visuel ne donne pas envie de revenir ni d’encenser son logement.

Les relations se tendent avec ce couple qui vient d’arriver. Ils ne sont pas coopératifs, gênent tout le monde avec leurs nombreux véhicules disséminés ici ou là, ne baissent pas le volume sonore malgré la présence d’enfants, voire même de bébé de l’autre côté du mur. La coopération, c’est non, et ils vont jusqu’à insulter ceux qui les interpellent. Alors, c’est l’escalade. Personne ne veut céder entre les anciens « on est chez nous » et les deux nouveaux « on a le droit de … »

Le lecteur assiste à ces « enchères » et sent que ça va déraper malgré Naomi qui essaie de maîtriser les différentes situations difficiles. Et forcément, les drames s’enchaînent, ça part dans tous les sens, plus personne ne sait comment agir, chacun y allant de son idée, de ses conseils. Parfois ils oublient de se concerter, de s’écouter, de se mettre d’accord….

Alternant les points de vue des habitants du quartier avec des entretiens de ceux-ci faits par la police, l’intrigue avance assez lentement au départ, le temps de mettre en place tous les personnages, les liens qui les unissent plus ou moins sincères, avec leur lot de faux semblants, de mensonges, de non-dits, de rancœur cachée …. Dans la seconde moitié, les choses s’accélèrent avec plusieurs faits capables de déstabiliser le peu d’équilibre restant.

La grande force de Louise Candlish c’est de balayer chaque certitude établie. On pense avoir cerné tout ce qui se passe et hop, elle nous renvoie un petit truc et tout repart de zéro. J’aime beaucoup sa façon de faire parce que même à la dernière ligne, tout peut être retourné. L’auteur nous rappelle que tout finit par se savoir, qu’être témoin et transformer un peu la vérité s’avère parfois dangereux, que choisir qui on côtoie, où on habite pour ne pas se mêler aux autres n’est pas toujours une réussite …. Il suffit d’un grain de sable…. Et tout bascule …..

Un thriller domestique où on se méfie de ses voisins et même de ses amis…. Un livre prenant, à l’écriture plaisante (merci à la traductrice). 


"Article 353 du code pénal" de Tanguy Viel

 

Article 355 du code pénal
Auteur : Tanguy Viel
Éditions de Minuit (3 Janvier 2017)
ISBN : 978-2707343079
182 pages

Quatrième de couverture

Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d'être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l'ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d'investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu'il soit construit.

Mon avis

Martial Kermeur a été licencié de l’arsenal de Brest où il travaillait depuis de nombreuses années. Il a touché une prime de licenciement qu’il a soigneusement mis de côté, éventuellement pour acheter un bateau, lui qui est passionné de pêche. Divorcé, il vit dans une petite maison à l’entrée d’un immense terrain où se trouve une grande maison bourgeoise, non habitée, appelée « le château » par les gens du coin.

Mais alors, qu’est-ce qui a pu pousser cet homme à jeter par-dessus bord Antoine Lazenec, un prometteur immobilier qui avait un beau projet pour la bourgade ? Le maire était pourtant tellement fier de cette idée qui allait donner un nouvel élan à son agglomération…

Après avoir été arrêté, c’est devant le juge que Martial Kermeur se confie, explique, développe ce qui l’a amené à un tel geste. Le juge écoute, pose peu de questions, essayant de comprendre. Parfois un regard échangé entre les deux hommes laisse supposer qu’ils se sont compris.

C’est dans un long monologue, avec des phrases étirées parfois, que l’homme vide son sac. Il s’attache aux faits, uniquement, sans omission pour dresser un tableau complet. Il reprend l’histoire, la sienne, celle de son couple, son quotidien avec son fils, Erwan, qui a observé les événements un à un, s’interrogeant, questionnant son père pour cerner les intentions, les choix…. Nous, on l’écoute, on ressent tout ce qu’il ressenti, l’espoir, la colère, le doute, la peur, la lassitude en se disant que plus rien n’est possible… Il a lancé ses dernières forces dans la bataille, il a tout tenté. Il est usé, vieilli avant l’heure, il parle, il parle. On sent que ça lui fait du bien parce qu’en face de lui, le juge tend l’oreille, et fait preuve d’attention. Cet homme seul, bien souvent isolé a enfin un interlocuteur. On sait qu’il a mal agi mais comme il le dit lui-même, tout est question de point de vue, tout aurait pu être différent …. Il a eu le temps de réfléchir et il analyse finement tout ce qu’il s’est passé.

J’ai trouvé ce roman original, bien pensé, réfléchi, super intéressant. Il entraîne plein de réflexions sur la culpabilité, les liens entre amis et dans la famille, la force du « baratin », les décisions et leurs conséquences, l’effet domino, etc.

L’écriture m’a beaucoup plu, c’est profond et puissant et la fin est exceptionnelle.


"La guerre d'Alan" d'Emmanuel Guibert

 

La guerre d’Alan 3
D’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope
Auteur : Emmanuel Guibert (Dessins et textes)
Éditions : L'Association (5 Mars 2008)
ISBN : 978-2844142610
130 pages

Quatrième de couverture

Aux souvenirs du soldat américain Cope des années de l’après-guerre, mis en forme de façon plus époustouflante que jamais, s’articule une enquête que Guibert est allé faire en Allemagne sur les traces de son ami disparu.

Mon avis

Troisième et dernier tome de cette bande dessinée biographique. C’est la deuxième fois que je la lis et c’est seulement maintenant que je rédige mon avis.

On retrouve le soldat américain Alan Ingram Cope. La guerre se termine, il reste encore un peu en Europe avant de regagner les Etats-Unis. Il ne se sent pas bien là-bas et finit par revenir en France. Il explique ses rencontres, ses erreurs, ses joies, ses peines, ses coups de sang. C’est intéressant car on le voit vraiment évoluer jusqu’au moment où il décide d’assumer ses choix, d’être ce qu’il veut et mieux vaut tard que jamais !

« Je n’avais pas vécu la vie de la personne que je suis. J’avais vécu la vie de la personne qu’on voulait que je sois, c’est différent. »

Ce qui est impressionnant c’est qu’il a eu le désir de retrouver ceux qui ont croisé sa vie de soldat, de faire amende honorable lorsqu’il avait agi trop vite pour ne pas vivre avec des regrets, de revoir d’autres pour savoir ce qu’ils étaient devenus, en toute simplicité.

Dans ce numéro, il y a plus de texte que dans les deux autres, mais c’est tellement intéressant qu’on ne ressent aucune longueur. J’ai particulièrement apprécié ses réflexions sur l’amitié, la religion, la vie, les relations aux autres.

Les dessins sont en nuance de gris, certains dignes des meilleures photographies, ils servent de support au texte, parfois il n’y a pas de « fond », seulement les personnages. Quelques photos authentiques illustrent les propos d’Alan

C’est un roman graphique historique empli d’humanité, de délicatesse, comme Alan, comme l’auteur, comme la personne qui me l’a offert. On ressent de la sagesse à cette lecture et on voudrait que cette rencontre ne s’arrête pas. On pourrait écouter Alan pendant des heures et je comprends qu’ Emmanuel Guibert est tissé avec lui une amitié exceptionnelle avant de raconter son parcours.


"Le sang des immortels" d'Éric et Richard Le Boloc’h

 

Le sang des immortels
Auteurs : Éric et Richard Le Boloc’h
Éditions : Michel Lafon (24 Septembre 2009)
ISBN : ‎ 978-2749910826
277 pages

Quatrième de couverture 

Le jour de la rentrée de l’Académie française, l’écrivain François Plantin se donne la mort dans son bel habit vert. Pour le premier suicide sous la Coupole depuis 1635, le quai des Orfèvres dépêche sur place le commandant de police Hippolyte Marie-Rose. Les lambris de l’Institut, les conversations de gens de lettres, les ouvrages poussiéreux : voilà qui le change de sa Guadeloupe natale, des frasques judiciaires du braqueur Ferracci, et du tueur des Batignolles…
Mais contre toute attente, le commandant Marie-Rose se retrouve à mener la plus surprenante affaire de sa carrière. Des mœurs étranges ont cours dans cette vénérable institution : menaces, trahison, trafic, chantages… Après tout, depuis Richelieu, nul n’a jamais quitté vivant la vieille dame du quai Conti.
Et si le suicide de Plantin n’en était pas un ?

Quelques renseignements en plus 

Eric & Richard Le Boloc'h sont deux frères d’une quarantaine d’années. Le premier a une formation de comédien, le second a fait des études de droit. Ils fondent en 2001 une société audiovisuelle spécialisée dans la création d’interfaces DVD. Ensuite, ils concrétisent une envie qui les tenaille depuis longtemps : l’écriture.

Mon avis 

Je viens de terminer « Le sang des immortels ». Un roman de très bonne facture au vocabulaire soigné avec de jolis mots, pour en citer quelques uns : cacique, apostille etc…, aux phrases de qualité, bien construites. Un livre où tout est soigneusement dosé : une partie historique assez documentée, pas trop « lourde » pour ne pas lasser mais très intéressante et qui donne envie d’aller flâner sous la Coupole. Les frères Le Boloc’h disent s’être beaucoup renseignés avant d’écrire. D’ailleurs ce lieu a la part belle dans leur roman. On retrouve ainsi la bibliothèque Mazarine aux murs couverts d'ouvrages anciens, le long corridor des bustes...

Une enquête principale (le suicide de l’académicien) accompagnée d’autres recherches dans les bas fonds parisiens ce qui permet de « visiter » deux univers opposés (et à ce moment là, le langage s’adapte aux protagonistes rencontrés), des personnages hauts en couleurs avec des caractères bien déterminés, un rebondissement final surprenant (si on n’a pas lu la fin avant le début…) même s’il peut sembler un peu exagéré…. et en filigrane une petite histoire sentimentale. Au début du livre, la liste des personnages principaux et leur métier permet de reprendre pied si on s’égare.

Ce livre a un bon rythme, ni trop lent, ni trop rapide. On se prend à accompagner l’enquêteur principal dans Paris. On sent que les auteurs se sont appliqués et n’ont pas bâclé.

Ce n’est pas un thriller psychologique mais c’est malgré tout prenant sans pour autant parler d’une « ambiance ». C’est une bonne enquête, très « visuelle ».

Pour découvrir un peu de la mythique « Académie » », ce policier vaut le détour même s’il reste un livre que l’on peut qualifier de « grand public » (ce n’est pas si facile de se mettre à la portée de tous). Il pourrait aussi, être adapté en téléfilm.

À découvrir….


"Tu mens comme tu respires" d'Harriet Tyce (The Lies You Told)

 

Tu mens comme tu respires (The Lies You Told)
Auteur : Harriet Tyce
Traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj
Éditions : Robert Laffont (9 novembre 2023)
ISBN : 978-2221218563
pages

Quatrième de couverture

Sadie aime sa fille et fera tout pour la protéger. Elle ne peut pas lui dire pourquoi ils ont dû quitter leur maison si rapidement, ou pourquoi le père de Robin ne les accompagnera pas à Londres. Elle ne peut pas lui dire pourquoi elle déteste être de retour dans la maison de sa mère décédée, avec ses murs couverts de lierre et ses souvenirs empoisonnés. Sadie veut juste remettre leur vie sur les rails. Mais même les mensonges avec les meilleures intentions peuvent avoir des conséquences mortelles...

Mon avis

Sadie a dû fuir son mari et les Etats-Unis avec sa fille, Robin. Elle s’est installée à Londres dans la maison de sa mère décédée où elle a elle-même habité. C’est une condition si elle veut hériter … Ce n’est pas la seule, Robin doit aller dans l’école où a été scolarisée sa maman. Ce n’est pas un lieu qui lui a laissé de bons souvenirs mais pas le choix…. D’autant plus qu’elle n’a pas de travail, donc pas de revenus.

Leur vie s’organise mais elles sont toutes les deux mal accueillies par les parents et les élèves. Que de sarcasmes, de moqueries, de souffrance… Elles s’accrochent et essaient de faire face. On sent une ambiance de compétition, de jalousie…. En parallèle, Sadie récupère un emploi d’avocate junior, pas toujours compatible avec les horaires de sortie de classe. Comment s’organiser et équilibrer l’emploi du temps ? Le procès qui s’annonce est-il la bonne solution pour se refaire connaître dans le milieu et repartir d’un bon pied ?

Tout au long du récit, le lecteur s’interroge sur les personnages. Certains semblent fourbes, ils n’ont pas toujours la même attitude par rapport aux autres. C’est assez déstabilisant. On ne sait pas qui croire, que croire….

J’ai lu ce roman en me demandant vraiment où l’auteur allait m’emmener. La fin aurait pu être plus développer mais globalement c’est bien ficelé, bien pensé. L’écriture (merci au traducteur) est assez fluide. Il y a des rebondissements pour maintenir notre intérêt.

Une lecture plaisante mais pas exceptionnelle.


"Une belle vie" de Virginie Grimaldi

 

Une belle vie
Auteur : Virginie Grimaldi
Éditions : Flammarion (3 Mai 2023)
ISBN :978 2080423719
386 pages

Quatrième de couverture

Agathe et Emma Delorme sont soeurs. Elles ont grandi l’une contre l’autre, mais sont pourtant très différentes. Depuis le jour de sa naissance, Agathe, la plus jeune, bordélique et ardente, prend toute la place dans le bain, dans la chambre et dans le coeur d’Emma. Après cinq ans d’un silence inexpliqué, Emma donne rendez-vous à Agathe dans la maison de vacances : Mima, leur grand-mère adorée, n’est plus, il faut vider les lieux et faire le tri dans les souvenirs. Les sœurs Delorme ont une semaine pour tout se dire et rattraper le manque de l’autre, avant l’arrivée des nouveaux propriétaires. Parviendront-elles à réparer le passé ?

Mon avis

C’est parce que leur grand-mère adorée est décédée qu’Emma et Agathe se retrouvent. Les deux sœurs n’ont pas eu de contact pendant cinq ans. Sur l’invitation de l’une d’elle, elles se rendent dans la maison de leur mamie qui va être vendue. Un séjour d’une semaine. Vont-elles renouer des liens, se parler, se taire, rire et pleurer ensemble malgré ces années de silence ? Est-ce qu’on peut tout gommer ? Repartir à zéro en faisant comme si ?

Avec une plume agréable et fluide, l’auteur nous permet de faire connaissance avec les deux frangines, de mieux comprendre leur cheminement, de cerner pourquoi elles en sont là aujourd’hui. La place de chaque membre de la famille, les relations tissées sont soigneusement exploitées et présentées. Certains personnages s’oublient pour mieux protéger ceux ou celles qu’ils aiment. On voudrait leur crier de se préserver….

On alterne les points de vue d’Emma et d’Agathe dans le passé et le présent. Cela fait « quatre narrateurs », deux jeunes à différents âges et les mêmes dans le présent. J’ai trouvé que cela donnait moins de linéarité au récit, il faut toujours regarder la date et qui parle, ça coupe un peu. Et de ce fait, j’ai eu le sentiment de lire quelque chose d’un peu haché.

Cela reste un roman plaisant mais la construction ne m’a pas totalement convaincue.


"Le prix de la peur" de Chris Carter (The Executioner)

 

Le prix de la peur (The Executioner)
Auteur : Chris Carter
Traduit de l’anglais par Bernard Clément
Éditions Les Escales (8 Mars 2012)
ISBN : 978-2365690164
441 pages

Quatrième de couverture

Quelques jours avant Noël, clans une église de Los Angeles, le cadavre d'un prêtre est retrouvé sur les marches de l'autel. Sa tête a été remplacée par celle d'un chien. En charge de l'enquête, le détective Rob Hunter découvre qu'un cauchemar récurrent hantait le religieux : qu'on le décapite... Bientôt, les cadavres s'accumulent. Noyée ou brûlée vive, chaque victime meurt de la façon qu'elle redoutait le plus. Comment le tueur pouvait-il connaître leur pire angoisse ? Quel lien unit ses proies ? De qui le serial killer cherche-t-il à se venger ? Pour Rob, c'est le début d'une traque infernale au cœur de la jungle urbaine de la Cité des Anges, à la poursuite d'un tueur déterminé à faire payer le prix fort à ses victimes, le prix de la peur.

Biographie de l'auteur
 

Né au Brésil, d'origine italienne, Chris Carter a travaillé au bureau du procureur du Michigan comme psychologue criminologue. C'est là qu'il a pu étudier de nombreux serial killers. Il vit aujourd'hui à Londres, où il se consacre à l'écriture. Après La Marque du tueur, Le Prix de la peur est son deuxième roman publié en France.

Mon avis 

Peur : nom commun, féminin … La peur est-elle si « commune » ?

« Tout le monde a peur de quelque chose. Pas forcément une peur panique, mais si on creuse assez profond on découvre que chacun de nous redoute viscéralement quelque chose…. »

Vous, c’est quoi ?
Rien ? Pas grand chose ? Bien sûr, il est plus aisé de faire « comme si… », comme si rien ne nous touchait, comme si rien ne pouvait nous briser, nous anéantir par la peur ….
On a tous, tapies au fond de soi, une peur, des peurs, des angoisses … On s’applique à les oublier, à les éviter, à les dominer, à les esquiver pour que jamais elles ne nous rattrapent …

Le tueur de l’ombre, dans ce roman, a décidé, de faire vivre à chacune de ses victimes, leur peur jusqu’au bout. Repoussant les limites du supportable, tant pour les personnes qu’il prend pour cibles que pour nous, pauvres lecteurs, les poils hérissés de tant d’horreur et résignés à tourner les pages de plus en plus vite, ventre noué, en espérant un mieux …. En souhaitant que les policiers comprennent au plus vite le mécanisme particulier de l’esprit tourmenté de celui qui ne tue pas au hasard, qui semble connaître parfaitement ses proies, choisies avec soin ….

Je ne sais pas si c’est lorsqu’il a travaillé au bureau du procureur du Michigan comme psychologue criminologue, que Chris Carter est allé chercher l’inspiration, mais son intrigue est diablement bien ficelée. Les terreurs des souffre douleurs sont exploitées sous différentes formes et vous entraînent au plus profond de la souffrance. Il a eu l’intelligence de ne pas tomber dans le « gore » pour les différentes scènes de crime. Les faits, horribles, terribles, sont là et la description au scalpel suffit à vous donner la chair de poule. Et cela rajoute à la force du roman, car l’imaginaire prend le relais, fait le reste et tout cela vous hante.
Les livres, qui continuent à vivre en vous lorsque vous les posez, sont rares. Celui-ci en est un. Comme Hunter et Garcia, les policiers menant l’enquête, j’ai gardé chaque détail, chaque indice en mémoire, cherchant, avec eux, à exploiter chaque piste, ne voulant rien abandonner sans aller jusqu’au bout. Ces deux hommes, n’obéissent pas toujours aux codes dictés par leurs supérieurs. Parfois, ils laissent leur instinct, leur intuition, prendre le dessus mais aussi, ils réfléchissent, auscultent minutieusement chaque indication, en se disant que, peut-être, quelque chose va surgir, les menant sur une voie à laquelle ils n’ont pas pensé.

La traduction de Bernard Clément est de très bonne qualité, on pourrait sans peine croire que le français est la langue dans laquelle a été écrite ce polar. Félicitations à lui car l’exercice ne doit pas être facile.

L’écriture est fluide, pesée avec sobriété, je dis bien « pesée », en ce sens où chaque mot est à sa place, sobrement, mais tout à fait percutant pour le lecteur.
Au-delà de l’analyse des faits, des actes que les enquêteurs dissèquent, il y a la recherche des raisons profondes qui peuvent pousser un homme à agir ainsi, à chercher le mal pour le mal, comme s’il n’avait plus rien à perdre.

L’auteur nous emmène habilement de ci delà, à la suite des uns ou des autres.
Monica/ Mollie, qui va se retrouver, bien malgré elle, mêlée à tout cela, est « un plus » dans une histoire qui aurait pu sembler « linéaire ». Elle apporte une touche de surnaturel assez légère et permet de faire évoluer la situation l’air de rien.
Hunter, un des hommes qui mène l’enquête, a un caractère intéressant, son personnage pourra être creusé un peu plus au fil des romans s’il devient récurrent.
Quant aux autres protagonistes, ils sont tous très bien décrits mais cela je vous le laisse découvrir !

NB : Amateurs de bons romans policiers, foncez !!!