"Saucisse is watching you" de Serge Scotto

 

Saucisse is watching you
Auteur: Traduit du chien par son maître Serge Scotto
Tome V
Les nouvelles chroniques du célèbre chien journaliste
Éditions : Jigal (15 Septembre 2011)
ISBN :978-2914704816
184 pages

Quatrième de couverture

La truffe au ras du plancher mais doté d’une hauteur d’âme que nombre d’intellectuels lui envient désormais, le célèbre chien Saucisse, journaliste adulé, observateur critique et attentif de la race humaine, nous confie dans ce cinquième volume quelques-unes de ses réflexions sur le monde tel qu’il va. Et ça fait mal ! De par sa position privilégiée Saucisse a tout vu, tout senti, tout entendu : les promesses des hommes politiques, les ragots médiatiques, les dérapages des stars du petit écran, les délires de l’actu, les bassesses des uns, les lâchetés des autres… Et la liste est longue ! Son regard affûté et pertinent permettra sans doute un jour à nos lointains descendants de se faire une idée réaliste de ce qu’était le monde à notre époque : con, cruel et abyssal… Saucisse is watching you, l’antidote aux laveurs de cerveaux !

Mon avis

La voix de son maître …..

J’étais très inquiète en ouvrant ce livre.

Je n’ai pas de chien, ils me font peur. Alors écouter ce qu’un chien, fut-il le meilleur ami de l’homme (enfin de certains, pas moi….), avait à me susurrer au creux de l’oreille (pas trop près quand même) me posait un réel problème. Heureusement pour moi, ce canidé « Saucisse » (quel drôle de nom !), ne vit pas seul et a un maître ! Qui plus est un maître « parlant chien » et qui a traduit les commentaires de son fidèle compagnon.

Tel chien, tel maître ou tel maître, tel chien ?

D’ailleurs, sur la photo de couverture, Saucisse porte t il les lunettes de son maître ?

Je ne saurai donc dire lequel des deux manie le plus la dérision, mais ce qui est certain, c’est que le chien voit tout, entend tout et analyse à la perfection les différentes situations qu’il évoque.

Pour ceux qui le connaissent, un peu à la manière d’Alexandre Vialatte, célèbre chroniqueur au journal « la Montagne » et qui terminait ses écrits par « Et c’est ainsi qu’Allah est grand ! »

(Page 25, le texte dit d’ailleurs « Allah est grand ! » serait-ce un clin d’œil à feu Alexandre Vialatte ?)

Chroniqueur, journaliste, critique, humoriste ? Qui est réellement Saucisse ?

Un observateur privilégié …..

Il faut dire que pour un chien, c’est plus facile que pour un humain. Il passe partout, et comme il est aux pieds des hommes, on l’oublie parfois. Il peut ainsi tendre ses grandes oreilles, observer, enregistrer et saisir ce qu’on nous cache. ….

Chacun des faits étudiés va être déclinés en deux ou trois pages, feuillets bourrés d’humour mordant, corrodant, parfois virulent mais toujours respectueux de l’autre.

Nous y retrouvons des moments d’actualité, des personnages connus : «Sarkozy est le « Pif Gadget » de la Vème République : un gadget par semaine ! »

Des événements réels (Mary B et son chat), d’autres plus imagés, des observations de tous les jours « revisitées » par l’œil de Saucisse avec ironie, sagacité …..Et puis c’est un chien qui écrit, n’est ce pas ? Il peut en conséquence se permettre de dire en aboyant ce que beaucoup pensent tout bas …..

Quant à la dictée ….. je crois que le 1 er Avril sera une excellente date pour la proposer à mes élèves …. Et si je leur dis que c’est un chien qui l’a préparée …. ;-) je n’oublierai pas de revenir vers vous pour vous raconter combien de parents seront venus me rencontrer et vérifier mon état mental …. Vous voulez un extrait ?

« Plutôt que de rester là à bayer aux corneilles, je suggérai à ma féline voisine de sauter de plain-pied dans l’action. »

Cette « bête à poils » écrivant sur la journée des poilus, 11 Novembre, qui lui semblait faite pour lui et expliquant sa grande déception est un régal ….. A tel point qu’il me ferait (presque ;-) aimer les chiens !

 


"Francesca" de Lina Bengtsdotter (Francesca)


Francesca (Francesca)
Auteur : Lina Bengtsdotter
Traduit du suédois par Anna Gibson
Éditions : Marabout / Black Label (26 février 2020)
ISBN : 978-2501138383
370 pages

Quatrième de couverture

Alors que l'inspectrice Charlie Lager est absorbée par une grosse affaire à Stockholm, son chef lui demande de prendre du recul car il la trouve trop impliquée et fragile. Elle décide de se rendre à Gullspang son village natal où son amie d'enfance est en détresse. Ressurgit alors une histoire non résolue vieille de presque 30 ans : la disparition sans trace de Francesca, une jeune fille de bonne famille. Et Charlie découvre les répercussions de cette affaire dans son propre passé familial.

Mon avis

Lina Bengtsdotter a vécu à Gullspång, une petite ville de mille habitants environ. Elle évoque un lieu où le chômage, la précarité et ses conséquences rendent la vie difficile à ceux qui y résident. Certains fuient, d’autres restent et s’en sortent, mais une part des résidents flirtent avec l’alcool et une vie pas toujours très nette. C’est dans ce contexte délicat que se situe la nouvelle intrigue de l’auteur. Comme pour son premier roman, elle parle de la disparition d’une adolescente et c’est Charlie Lager qui mène l’enquête. Charlie est un personnage récurrent, on la retrouve pour la deuxième fois. Elle est policière, basée à Stockholm et a passé son enfance à Gullspång. Une de ses amies, restée sur place, l’appelle au secours et elle va la rejoindre. Son chef lui a d’ailleurs demandé de se mettre un peu en recul du travail, car elle est fatiguée. C’est donc l’occasion d’aller donner un coup de main à son ancienne camarade, d’autant plus qu’elle vient de lire un article sur une affaire de disparition datant de 1989 qui s’est produite là-bas. Elle y voit une opportunité d’essayer d’en savoir plus et qui sait de trouver des réponses. Comme elle a besoin d’être sans cesse en mouvement, ses recherches l’occuperont, le temps que sa copine reprenne le dessus.

Lorsque Charlie arrive chez sa copine Susanne, c’est la panique, les enfants (tous des garçons) font un peu n’importe quoi. Leur mère est épuisée, la vaisselle sale s’accumule et rien ne semble tourner rond. Petit à petit, Charlie prend les choses en main et un équilibre s’installe. Ça va mieux et elle peut  fouiner dans le passé pour comprendre comment et pourquoi Francesca a disparu en 1989. Que s’est-il passé ? On n’a jamais retrouvé son corps et sa famille a choisi de déménager.

On ne devrait pas remuer les eaux dormantes, parce que, souvent, au fond, il y a de la boue et lorsqu’on la touche, elle remonte à la surface …. On ne devrait peut-être pas fouiller le passé, ou alors avec beaucoup de précaution car c’est risqué. On ne sait pas ce qu’on va découvrir, ce qu’on va apprendre et les conséquences qui vont en découler… Tout ça, Charlie n’est pas sans l’ignorer mais elle n’en tient pas compte. Lorsqu’elle a une idée dans la tête, elle ne lâche rien, elle s’obstine, quitte à se mettre en danger, sans penser que ce qu’elle va révéler au grand jour risque de la blesser, voire de la choquer ou de la bouleverser.

Ce roman qui alterne les passages entre passé et présent, est complété par des « failles temporelles », où l’on voit les événements sous un autre angle. La construction est habile, vraiment réfléchie et travaillée. Rien n’est laissé au hasard, tout finit par s’emboîter à la manière d’un gigantesque puzzle sans modèle. En effet, en commençant ce livre, on n’a aucune idée de ce qui va être révélé et c’est du lourd.  Je ne sais pas comment Lina Bengtsdotter s’y prend pour construire ses histoires mais je suis totalement bluffée, elle nous emmène sur un tas de pistes, on se demande où on va et puis petit à petit, les situations se recoupent, tout s’ajuste, s’explique. Le style et l’écriture sont riches, complexes mais pas compliqués. Les personnages sont bien décrits, leur part d’ombre est révélée par bribes. Les rebondissements arrivent par étapes, au gré des investigations de Charlie.

J’aime beaucoup cet auteur. Au-delà de l’enquête, il y a une réelle approche sociale de la population, du mode de vie et de ce que cette façon de faire peut entraîner, notamment chez les adolescents.

J’ai vu, qu’en Suède, un troisième livre était sorti, j’ai hâte qu’il soit traduit (merci d’ailleurs à Anna Gibson).

"Temps noirs" de Thomas Mullen (Ligthning Men)


Temps noirs (Ligthning Men)
Auteur : Thomas Mullen
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne-Marie Carrière
Éditions : Payot & Rivages (4 Mars 2020)
ISBN : 978-2-7436-4988-3
465 pages

Quatrième de couverture

L'officier Denny Rakestraw et les « officiers nègres » Lucius Boggs et Tommy Smith ont du pain sur la planche dans un Atlanta surpeuplé et en pleine mutation. Nous sommes en 1950 et les tensions raciales sont légion alors que des familles noires, y compris la sœur de Smith, commencent à s’installer dans des quartiers autrefois entièrement blancs. Lorsque le beau-frère de Rake lance un projet visant à rallier le Ku Klux Klan à la « sauvegarde » de son quartier, les conséquences deviennent incontrôlables, forçant Rake à choisir entre la loyauté envers sa famille et la loi.

Mon avis

« Si on ne peut pas débarrasser le monde des serpents venimeux, on peut faire en sorte de rendre leur milieu naturel inhospitalier. » *

Ce roman, qui vient de sortir en France, est le deuxième d’une série de cinq mettant en scène une saga policière dans les années 1950, aux Etats-Unis, pendant la Ségrégation. Il peut être lu indépendamment du premier, même si on retrouve la plupart des personnages.

Il faut savoir qu’à l’époque, une loi avait imposé un certain ratio de policiers noirs dans les brigades. Sauf qu’ils étaient très mal accueillis par leurs « collègues » blancs, traités comme des moins que rien (locaux, horaires, conditions de travail, relations etc) et que beaucoup s’ingéniaient à les dégoûter du métier, voire à les accuser d’erreurs fictives (ou créées de toute pièce) afin qu’ils démissionnent…. Il était plus que nécessaire d’avoir de la force de caractère, de la volonté, de l’abnégation, et sans doute une certaine forme de fougue furieuse pour tenir le coup malgré tout sans se laisser décourager.

Dans ce livre, Lucius Boggs et Tommy Smith travaillent toujours à Atlanta, on est maintenant en 1950. Leur chef est McInnis, un blanc moins corrompu que les autres, qui croit en ce qu’il fait. Il sait que ses hommes sont mal considérés et sous des dehors bourrus, il fait tout pour les protéger. Il connaît leurs capacités, leurs valeurs et les freine si besoin afin qu’ils ne se mettent pas en danger. Chez les blancs, il y a Denny Rakestraw, un des rares à ne pas appartenir au Ku Klux Klan et à collaborer (discrètement et en dehors des horaires officiels) avec les officiers de couleur. Il habite dans un quartier à dominance blanche mais où quelques familles noires commencent à s’installer. Cela ne plaît pas du tout à sa femme, ses voisins, son beau-frère…. En tant que policier, tous ces gens attendent beaucoup de lui pour faire fuir ou renvoyer ceux qui dérangent. Parallèlement Boggs et Smith essaient d’éradiquer un trafic de drogue. Ce n’est pas simple car les trafiquants sont protégés (je vous laisse deviner par qui…)  En outre, la vie privée de Lucius, notamment par le biais de son amoureuse, le rattrape et le met en galère. Il est perdu, s’interroge, et partagé entre sa raison, ses sentiments et le poids de sa famille (son père est pasteur). Cet aspect du récit est très intéressant et complète bien la réflexion instaurée sur la puissance du Klan, le racisme, la corruption des uns et le désir des autres d’aller vers plus de tolérance, de respect. Mais que c’est difficile ! Lorsqu’on lit ce texte, on se dit que, de nos jours, certaines situations sont semblables … le monde aurait-il oublié d’évoluer ?

C’est avec un plaisir intact que j’ai retrouvé le style vif et l’écriture fluide (merci pour l’excellente traduction à Anne-Marie Carrière) de Thomas Mullen. Je vais devenir une inconditionnelle de cet auteur. Il allie parfaitement le fond et la forme. Son histoire est riche, totalement crédible, elle apporte une étude de qualité sur les événements de l’époque et sur toutes les difficultés dues à la ségrégation. Comment peut-on être humain et considérer l’autre comme une quantité négligeable, inférieure ? L’auteur a l’intelligence, par ses intrigues, de dénoncer des faits, mais jamais il ne se pose en censeur, en juge. Il démontre la bêtise humaine qui parfois peut presque s’expliquer. Je pense notamment à une forme de « formatage familial » où les parents conditionnent leurs enfants en leur expliquant que les noirs sont sales, dangereux, méchants etc…

Cette lecture m’a apporté un éclairage supplémentaire sur une période que je connaissais mal en Amérique. Je me dis que parfois, il suffit d’un homme sage pour que tout change, alors je garde espoir que pour les prochains livres, les choses avancent dans le bon sens pour ces policiers noirs qui ne demandent qu’à faire leur métier dans des conditions correctes.

*page 456


"Recluses" de Séverine Chevalier

 

Recluses
Auteur : Séverine Chevalier
Éditions : Écorce (21 Novembre 2011)
ISBN : 978-2953541724
185 pages

Quatrième de couverture

Dix ans après. Suzanne se pointe comme une fleur, embrasse sa soeur Xia, la jette clans son fauteuil, embarque quelques fringues, roule à toute allure dans le parc du Centre jusqu'à sa voiture où elle harnache Xia sur le siège avant, replie l'engin, démarre et dit : «Ma soeurette, on va voir du pays.»
Le fantôme de la fille en jaune plane sur l'itinéraire des deux soeurs lancées sur ses traces.
Qui était Zora Korps, celle dont tout le monde a parlé au cours des semaines qui suivirent le drame ? Pour Suzanne, le découvrir devient une obsession. Pour Xia, c'est une énigme.

Mon avis

Recluses….

Prisonnière dans sa tête ou dans son corps, voire dans son écriture…

C’est tout cela qu’exprime Séverine Chevalier par l’intermédiaire d’un style déstructuré, ensorcelant, adapté aux différents personnages qui prendront la parole tour à tour…

Il y aura la parole d’une longue lettre, parole scientifique, posée, énonçant des faits, en analysant d’autres. Celui-là se livrera peu préférant évoquer les autres…

On trouvera également des commentaires appliqués, avec de belles phrases bien construites, remplaçant l’oralité de celle qui ne peut pas communiquer mais qui a tant et tant à dire…

« Je me demande si elle sait que c’est fragile comme du verre, les silences. Elle a constaté plus d’une fois que ceux qui se taisent appellent la parole des autres.»

L’œil extérieur du narrateur s’exprimera quant à lui assez simplement.

Et la plus forte, celle qui sort par flots, trop vite, comme une vague… Elle emporte tout sur son passage, le lecteur et ses certitudes, ébranlé pas le tumulte qui l’envahit, modifiant les perceptions, les sensations, les émotions… Parole de femme ? Non, plutôt parole d’âme… Je pense que cette dernière voix est celle de la souffrance, de l’errance mentale d’un esprit qui se cherche, de tout ce que Suzanne a enfoui et qu’elle libère par saccades, comme si elle « vomissait » les mots… Parfois ils s’emboîtent et forment des paragraphes bien lisses, parfois, ils vivent leur vie, leur vie ils la vivent, seuls, se répétant, comme des mots qui vivent leur vie, la leur, propre, comme ça, parce que, pourquoi ? Parce que…

Chacun interprétera le texte de Séverine Chevalier avec son vécu, ce qu’il est…. Ce qui est certain et elle l’écrit si bien…. c’est que nous sommes tous prisonniers de quelque chose, que ce soit de nos peurs, de nos désirs, de nos manques, de nos possessions, de nos mots …. Son livre est en quelque sorte la libération de la parole ….


"Le petit tracteur rouge" de Bertrand Fouquoire (texte) & Aude Gooly (illustrations)


Le petit tracteur rouge
(Une aventure de Zoé et Louis)
Auteurs : Bertrand Fouquoire (texte) et Aude Gooly (illustrations)
Éditions : Du Volcan (14 décembre 2019
ISBN : 9791097339227
48 pages

Quatrième de couverture

Plongez dans l’univers magique d’un petit village de Normandie vu à travers le regard de deux enfants. Enchantement des petits plaisirs de la campagne ? Aller aux champs en tracteur, se promener dans les chemins creux, ramasser des escargots, cueillir des mûres. Poésie de la vie au village…

Mon avis

 Des dessins naïfs de belle qualité associés à un texte bien écrit, porteur de messages positifs d’entraide, de respect, de retour aux vraies valeurs et voilà un très bel album à offrir à de jeunes lecteurs ou à des plus petits si on leur raconte.

Zoé et Louis sont deux jeunes enfants, qui vivent à Réville en Normandie. Ils sont au contact de la nature, l’apprécient et aiment la vie simple qui s’offrent à eux. Dans ce coin de France, l’agriculture a beaucoup d’importance et fait partie du quotidien. Les deux bambins rêvent d’aider aux champs et le voisin, qui vient de s’équiper d’un nouveau tracteur rouge, va leur offrir cette opportunité.

Cet ouvrage fait la part belle aux petits bonheurs de tous les jours comme acheter une brioche juste sortie du four ou se promener en extérieur. A l’heure où j’écris ces mots, en plein confinement COVID-19, le sentiment du retour à l’essentiel est d’autant plus fort et le retentissement de ce livre plus profond. Vivre au contact de la nature permet à Zoé et Louis d’être en phase corps et esprit, d’être équilibrés. Avec des mots adaptés à public d’écoliers, et un vocabulaire bien choisi, Bertrand Fouquoire nous conte une histoire de voisinage, de solidarité, de quotidien à la campagne dans une petite bourgade. Aude Gooly accompagne le texte avec brio. Ses illustrations sont colorées, gaies et soutiennent à la perfection l’aventure de Zoé et Louis. De plus le format de l’album donne une visibilité intéressante entre les phrases et les images.

Une jolie réussite !

NB: J'ai beaucoup apprécié que le tracteur soit presque humain ....

"Des mocassins brodés de perles bleues" de Ron Querry (The Death of Bernadette Lefthand)


Des mocassins brodés de perles bleues (The Death of Bernadette Lefthand)
Auteur : Ron Querry
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Danièle Laruelle
Éditions : du Rocher (17 avril 2019)
ISBN : 978-2268101590
360 pages

Quatrième de couverture

Bernadette Lefthand, jeune Apache jicarilla, vit dans la réserve au nord-est du Nouveau-Mexique, avec son père et sa cadette, Gracie. Bernadette est vue comme une star des pow wow où, dans les réserves, se retrouvent diverses tribus pour les danses et les rodéos. Un jour, Gracie apprend que sa sœur a été retrouvée morte. L'énigme de cette mort se mêle avec la sorcellerie navajo sur fond de vie quotidienne dans les réserves.

Mon avis

« C’est de la fiction, mais tout est vrai. »

Ron Querry est un descendant du clan Sixton de la nation choctaw mais il n’a jamais vécu dans une réserve. Pourtant lorsqu’il évoque celle du Nord-Est du Nouveau-Mexique où se déroule son récit, on a vraiment le sentiment d’y être tant l’atmosphère, les relations entre les uns et les autres, les activités quotidiennes sont bien décrites. Gracie et Bernadette sont deux sœurs, la seconde est belle et danse le pow wow à la perfection. Elle fait des envieuses et des envieux mais c’est à Anderson qu’elle a donné son cœur. Elle travaille chez Starr, une ancienne mannequin qui vit dans le luxe. Un jour, Bernadette est retrouvée morte, que s’est-il passé ?

Dans ce roman Gracie (16 ans), Starr et une voix dont on ne sait à qui elle appartient, prennent la parole. Les deux premières s’expriment en disant « je ». Le phrasé est adapté, Gracie est plus dans l’oralité, quant à Starr, sa formulation est plus recherchée. L’une et l’autre vont expliquer, raconter, nous faire découvrir Bernadette. Sa vie, ses choix, ce qu’elle subit, ce qu’elle décide. Il y a également tout le poids des traditions, de la culture des indiens, avec leurs « codes » de fonctionnement ; la place de la magie, des esprits dans un « monde » où les croyances sont très importantes. Le présent se mêle au passé et petit à petit, les personnalités se dessinent. Gracie est ancrée dans la réserve depuis toujours et son regard est celui de l’intérieur, Starr a vu autre chose avant d’être là et elle a du recul… Les deux approches se complètent, résonnent l’une dans l’autre, offrent un regard différent, sous un autre angle….  La troisième voix est plus discrète et finira par monter en puissance.

C’est une lecture enrichissante, intéressante, pas toujours facile du fait des différents styles de langages. J’ai toujours aimé les recueils, les documents qui présentent la vie des indiens. Celui-ci ne déroge pas à la règle, c’est une belle découverte !

Merci à la traductrice qui a fait un excellent travail et à l’amie qui m’a offert cet ouvrage.




"Une longue impatience" de Gaëlle Josse


Une longue impatience
Auteur : Gaëlle Josse
Éditions : Les Editions Noir Sur Blanc (4 janvier 2018)
ISBN : 978-2882504890
190 pages

Quatrième de couverture

Une femme perd son mari, pêcheur, en mer, elle se remarie avec le pharmacien du village. Son fils, issu de sa première union, a du mal à s’intégrer dans cette nouvelle famille et finit par lui aussi prendre la mer.

Mon avis

Je devine que désormais, ce sera chaque jour tempête.

La seconde guerre mondiale est terminée, on est dans les années 50, en Bretagne. Une femme élève seule son fils car son mari, pêcheur, est décédé, la mer le lui a pris. Le pharmacien, issu de bonne famille, s’est déclaré. Malgré la différence de milieu, d’habitudes, elle l’a épousée et s’est décidée à habiter la belle demeure dont il a hérité. Mais Louis, le fils de sa première union, a du mal à trouver sa place dans cette « nouvelle famille ». Il peine à tisser des liens avec le mari de sa Maman. Et un jour, jeune adolescent, il disparaît, il ne revient pas et le temps passe. Sa mère l’attend, espère, imagine son retour, pense à ce qu’il vit loin d’elle….

C’est avec une écriture lumineuse, à points comptés, comparable à une dentelle délicate, une broderie minutieuse, que Gaëlle Josse nous entraîne dans l’univers de cette femme qui vit dans l’espérance du retour. On lit sa patience et son impatience. Elle subit les jours l’un après l’autre, elle imagine les retrouvailles, elle les vit et c’est ce qui l’aide à avancer, à tenir… C’est une lutte incessante pour elle tant elle souffre.
« Je m’invente des ancres pour rester amarrée à la vie, pour ne pas être emportée par le vent mauvais, je m’invente des poids pour tenir au sol et ne pas m’envoler, pour ne pas fondre, me dissoudre, me perdre. »

Lorsqu’on est mère, on ne peut que s’identifier à cette femme (d’autant plus que le récit est écrit à la première personne), on comprend sa douleur, sa hâte à retrouver la chair de sa chair, ce besoin d’exprimer tout ce qui sera beau lorsqu’il reviendra. Le serrer dans ses bras, l’écouter, le toucher, cuisiner ses plats préférés, lui parler, le regarder tout simplement et se repaitre de sa présence ……

Qu’il est long le temps de l’attente, qu’il est beau l’amour de cette mère, le chemin qu’elle trace pour comprendre la fuite de son fils et aller vers la résilience familiale.

Un phrasé sublime, un style exquis et un livre inoubliable.