"Que le spectacle commence" de Ann Featherstone (Walking in Pimlico)

 

Que le spectacle commence (Walking in Pimlico)
Auteur : Ann Featherstone
Traduit de l’anglais par Carine Chichereau
Éditions : 10/18 (21 avril 2011)
ISBN : 9782264050816
380 pages 

Quatrième de couverture

Dans le monde du spectacle, les apparences sont reines et les secrets mortels. Et s’il y a bien un rôle que l’amuseur public Corney Sage aurait préféré ne pas endosser, c’est être témoin du meurtre de la jeune actrice Bessie Spooner ! Le Constellation Concert Rooms devra se passer de ses services, il préfère prendre la fuite. Mais sous ses nombreux déguisements, l’assassin rôde et se rapproche...

Mon avis 

C’est un roman à plusieurs voix, très bien construit que j’ai découvert et apprécié.
Vingt et un chapitres, trois cent quatre-vingts pages et pas d’ennui, ni de lassitude.
Je suis loin d’être une « aficionado » des polars victoriens, malgré tout celui-ci m’a conquise.

Reste à vous expliquer pourquoi …

Lorsque je l’ai commencé, j’ai pensé que ça n’allait pas bien me plaire. La raison en est simple. Dans le premier chapitre, c’est Corney Sage qui s’exprime, Corney et sa gouaille, Corney et sa familiarité : « C’était pas plein, mais y avait quand même du beau linge. Et ils faisaient un sacré ramdam parce que les richards, ça sait pas boire. ».

J’étais persuadée que j’allais me lasser de cette façon de s’exprimer, qui peut être amusante mais pas si cela dure trop longtemps …

Ann Featherstone a dû penser la même chose que moi et c’est là qu’elle a fait preuve de subtilité.

Corney Sage ne tiendra pas « le crachoir » pendant tout le roman.

D’autres personnages vont s’exprimer et le langage sera différent.

Chaque chapitre va donc avoir comme sous titre le nom de la personne qui parle (le livre est écrit à la première personne « je ») et le lieu où elle se trouve.

On se repère très facilement, on passe de l’un à l’autre, d’un type de vocabulaire à l’autre sans aucun problème.

L’histoire est originale par plusieurs aspects.

D’abord le milieu où elle se déroule et on ne peut que constater que l’auteur sait de quoi elle parle, qu’elle est remarquablement documentée et qu’elle nous transmet ses connaissances «sans trop en faire », ce qui est agréable. On aborde ainsi un milieu nouveau et on se cultive tout en passant un bon moment de lecture.

Il y a ensuite, l’intrigue en elle-même, non seulement, le fait de donner la parole aux uns et aux autres mais aussi la complexité de chaque personnage.

On peut être balloté d’une impression à un autre, tout en restant dans le domaine du crédible.

Enfin, il y a Londres ….

Je suis tombée sous le charme de cette capitale il y a de nombreuses années et c’est un lieu que j’affectionne particulièrement et où je me rends régulièrement. « Voir » cette ville à une autre époque, avec d’autres yeux m’a permis de connaître des quartiers (à l’époque) sordides, de mauvaise réputation où la violence, l’alcool etc sont présents mais aussi l’amitié, l’entraide et une certaine forme de respect.

J’ai apprécié le personnage de Corney Sage, on pourrait dire « Corney le Sage » qui, sous des dehors parfois insolents et superficiels, est un homme attachant, qui se connaît bien. Pas plus courageux que ça, pas plus fou non plus, il est conscient de ses faiblesses, d’un certain manque de courage mais l’assume. Par contre, il est capable d’être présent pour ses amis si le besoin s’en fait sentir.

L’assassin, personnage complexe, dont je ne dirai rien, est particulièrement bien pensé.

Avec lui, l’auteur nous emmènera dans les méandres d’un esprit tortueux, parfois torturé, passant d’une situation à l’autre, avec des choix et des pulsions qui démontrent qu’une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage du mensonge, de la trahison, il est difficile de s’arrêter …

Les personnages secondaires, sont, eux aussi, bien « brossés », que ce soit pour leur physique ou leur caractère.

L’écriture de Ann Featherstone doit être assez « visuelle » et précise car j’ai très bien imaginé les décors, les scènes, les lieux évoqués, pourtant, je n’ai jamais eu l’impression de lire des descriptions à n’en plus finir.

D’autre part, elle manie la plume avec dextérité, passant d’une langue châtiée à une autre beaucoup plus ordinaire, sans jamais se tromper, tout en glissant des références de qualité sur l’époque qu’elle a étudiée et qu’elle connaît bien.

En résumé, une découverte de qualité et un très bon moment de lecture.


"Le Démonologue" de Andrew Pyper (The demonologist)

 

Le Démonologue (The demonologist)
Auteur : Andrew Pyper
Traduit de l’américain par Frédéric Brument
Éditions : L’Archipel (1 er Juin 2016)
ISBN : 978-2809818888
380 pages

Quatrième de couverture

Le professeur David Ullman est considéré comme le spécialiste mondial de la littérature satanique, notamment grâce à la thèse qu’il a consacrée au Paradis perdu de Milton. Pourtant David, à l’inverse du poète, est loin de croire que notre terre est peuplée de millions d’âmes errantes, invisibles du commun des mortels.
Un jour, il est invité à Venise pour y attester d’un « phénomène » surnaturel. D’abord réticent, il cède finalement et s’y rend en compagnie de Tess, sa fille de douze ans.
Sur place, les manifestations paranormales dont il est le témoin font vaciller ses certitudes cartésiennes. Avec pour point d’orgue la disparition de sa fille.

Mon avis

Ténèbres…..

Voilà un livre déroutant, captivant, surprenant et qui laissera une trace durable dans mon esprit.

David Ullman, professeur à l’Université, est un spécialiste du poème épique « Le Paradis Perdu » de John Milton (écrit à partir de 1658 et traduit par Chateaubriand) mais le contenu de cette œuvre qu’il connaît par cœur a dû « déteindre » sur lui. En effet, une mélancolique noirceur l’habite en permanence, elle est en lui, le gouverne et il se doit d’ériger des boucliers pour combattre la solitude qui ne le gênerait pas…. Il n’est pas épanoui dans son couple et se sent proche de sa fille Tess. Ils ont une relation forte, des « codes » qui n’appartiennent qu’à eux, des regards qui se cherchent , se  comprennent et les isolent du monde extérieur. Il a une amie Elaine avec qui il parle à cœur ouvert ou presque…. Il garde une part d’ombre très importante et je crois qu’il s’en abreuve…. Elle le tient entre ses griffes, l’entraînant toujours plus profond,  mais elle l’aide aussi à exister. Ce qui est très paradoxal.

Je ne suis pas adepte du paranormal, des démons et autres idées du même genre. Dans ce livre, il me semble que le côté surnaturel et démoniaque est représenté de différentes façons et c’est en ça que c’est très intéressant. J’ai forcément pensé à Jean-Paul Sartre et à sa phrase « L’enfer c’est les autres ». Si, au départ, tout semble assez rationnel, le narrateur (le professeur lui-même) semble de plus en plus ébranlé par des rencontres qui ne sont pas humaines. Est-ce qu’il crée cet univers pour échapper à la folie qui le guette face à la disparition de sa fille ? Est-ce que cela existe réellement ?
Il comble le vide de sa vie, de sa fille par une errance perpétuelle portant sur ce but : retrouver son enfant, comprendre les signes qu’il reçoit et qui sont souvent liés au poème « Le Paradis Perdu » qui « nourrit » également les chapitres. D’ailleurs, sans sa fille, l’Eden n’existe plus…. Il va se retrouver à revenir sur son passé, à aller loin dans son introspection, dans sa relation à l’autre, aux autres …..

« Voici une autre définition de l’errance : des émotions si puissantes qu’elles ne peuvent s’expliquer sans recourir à la superstition . »

Lorsque David  parle de la couleur du deuil, ses mots sont très adaptés, bien pensés. Il explique comment celui-ci s’immisce dans votre quotidien, comment il s’impose, vous envahit et colore votre univers….jusqu’à ce que vous ne voyiez rien d’autre…..

L’écriture de l’auteur est très visuelle, les rencontres et les scènes bien décrites. On imagine sans peine ce qui se déroule et on sent l’angoisse monter car les images s’affichent dans notre esprit. Le suspense est présent d’un bout à l’autre. C’est un récit qui aborde différents sujets, en dehors de la place du « Malin » : l’influence de l’enfance et de l’éducation, la résilience, l’équilibre entre l’activité professionnelle et le couple, les rapports fusionnels entre parents et enfants, l’amitié et ses limites, et bien d’autres encore….

Peu habituée de ce genre de sujet, moi la rationnelle aux pieds sur terre, qui déteste ce que je ne maîtrise pas, je me suis laissée emporter dans ce récit et je l’ai beaucoup apprécié.  Je crois que la force de l’écriture y est pour beaucoup (bravo au traducteur !) ainsi que l’atmosphère particulière mais très « prenante ».


"Coup de pub" de Pieter Aspe (De vijfde macht)

 

Coup de pub (De vijfde macht)
Auteur: Pieter Aspe
Traduit du néerlandais (Belgique) par Emmanuèle Sandron
Éditions: Albin Michel (1 er Juin 2012)
ISBN: 2226242902
300 pages

Quatrième de couverture 

Mariage en grande pompe au château de Torens. Pas de chance, le marié, Thierry Steen, publicitaire connu et héritier d’un empire industriel, est assassiné avant la fin de la noce. Van In et Hannelore, qui faisaient partie des invités, se lancent sur les traces du meurtrier. Le mobile du crime serait-il, une fois de plus, l’argent ? Ils ne tardent pas à apprendre que l’agence de pub de Steen était menacée d’une OPA par un concurrent, dont l’un des salariés se suicide quelques jours plus tard. Et pour compliquer le tout, on retrouve dans les toilettes les empreintes d’un tueur à gages mais aussi celles du procureur… L’enquête piétine et Van In, dont les méthodes sont toujours aussi peu orthodoxes, ne se méfie pas assez des femmes…

Mon avis

Question de goût…

Notre alimentation se doit d’être équilibrée, un peu de tout sans excès ….

Pour les lecteurs de romans policiers, c’est la même chose, il faut savoir goûter à tous les plats …

Mais quels sont les différents mets dans ce domaine de lecture?

Le plat le plus corsé ce sont les polars « prises de tête » (les neurones sont mis à rude épreuve) où l’on trouve beaucoup d’analyse fine des personnages (souvent torturés avec une part d’ombre) parfois au détriment de l’histoire qui peut passer au second plan,

d’autres sont plus classiques (ils font travailler les méninges) : une enquête, présent, passé, dans plusieurs lieux, avec des personnages bien travaillés,

d’autres récréatifs (voici les zygomatiques en action et le délassement assuré) avec des traits d’esprit, du sexe parfois (mais de bon goût ;-) et une intrigue,

et enfin,

les derniers qui n’apportent pas grand-chose mais qu’on lit de temps à autre, histoire de voir. Ce sont ceux où le gentil avocat, médecin, policier (barrez les mentions inutiles) finira par épouser la jeune femme veuve, célibataire, malheureuse et le méchant mourra, ira en prison, brûlera en enfer …. (id)

Cet opus de Pieter Aspe appartient à la catégorie trois.

Un bon roman, qui se laisse lire avec plaisir, qui fait sourire et qui détend.

Une excellente récréation malgré une fin un peu rapide ornée de quelques invraisemblables…

En résumé, on y voit : un jeune marié assassiné pendant le repas de noces, un suicidé sur la voie ferrée et un couple atypique qui mène l’enquête. Elle, c’est Hannelore Martens, juge d’instruction, lui c’est Pieter Van In, commissaire, tous les deux des personnages récurrents de l’auteur qui dans ces premiers livres les a fait se rencontrer, puis s’aimer (il y a toute une série de vingt-cinq volumes))

Ils ont tout de ces unions que l’on appelle « improbables ».

Il a un peu d’embonpoint, n’est pas très grand. Elle est belle, avec une « plastique » irréprochable.

Mais qu’ont-ils en commun? Deux adorables jumeaux, l’amour du bon vin et de la bière (une Duvel bien fraîche), un ami homosexuel qui travaille dans la police, un humour et une complicité indestructibles.

Nous allons les suivre, ensemble, séparément, accompagnés ou pas d’un comparse menant l’enquête, essayant d’ interpréter, de relier ces deux faits graves, de mettre en place les morceaux d’un puzzle dont les tenants et les aboutissants leur échappent.

La construction du roman est linéaire, le temps passe, presse Van In qui se met dans des situations incongrues en prenant des risques car il veut comprendre. Mais le bonhomme est tenace, capable de pousser plus loin le raisonnement pour arriver à ses fins 

L’écriture est fluide, les faits s’enchaînent bien, l’humour de bon aloi est très présent. 

« On dit que les mules et les chameaux ont davantage contribué au capitalisme que l’ordinateur et internet, car sans leur obstination, les commerçants n’auraient jamais réussi à traverser le désert pour trouver de nouveaux débouchés commerciaux. »

Les relations entre les policiers sont parfois un peu écorchées lorsque ceux manient la matraque un peu vite mais comme tout cela est dit avec finesse, on ne ressent pas le jugement de l’auteur derrière les mots.

Certains personnages secondaires sont assez truculents et valent leur pesant de cacahouètes, non leur équivalent en huîtres et crevettes dont Van In semble très friand (moi aussi).

Tout ceci se déroule en pays flamand, vous permet de garder le sourire aux lèvres, de reposer votre cerveau et donne envie d’aller voir de plus près les crustacés pour moi et peut-être la bière pour vous….


"Morsaline" de Hervé Sard

Morsaline
Auteur Hervé Sard
Éditions: Krakoën (25 Mars 2010)
ISBN : 978-2916330488
330 pages

Quatrième de couverture 

Kerande, côte atlantique, été 2009. Les touristes se bousculent dans la petite cité médiévale, inconscients du drame qui se joue à quelques pas de là. Deux morts par balle. Deux « clients » plus ou moins forcés d’une très chic et très discrète clinique psychiatrique. Les gendarmes enterrent vite le dossier, avec la bénédiction du Parquet de Nantes : un fils à papa trop médiatique compte au nombre des tués. Folie meurtrière confirmera à son tour – bien malgré lui – le commissaire Czerny. Car il le sent : un fou peut en cacher un autre ; et la tuerie n’est pas finie. Czerny parviendra-t-il à démêler le vrai du faux ? La vie lui a appris à se méfier des coupables livrés sur un plateau. Surtout lorsque les coupables en question sont derrière les barreaux.

Mon avis

« Trop de polars ne nuit pas à la santé…. »

On me l’a toujours répété et c’est bien vrai …

« Faut pas lire que » des romans policiers, qu’ils soient « polars (noirs ou pas)» ou thrillers d’ailleurs …

Bon d’accord … mais, à mon avis, il est bien d’en avoir toujours un sous le coude, au milieu des ses autres lectures, comme ça, pour se détendre …

« Morsaline » est arrivé entre mes mains, sous mes yeux, et me voilà embarquée.

Loin du dernier policier lu, plutôt du style « bien propre » sur lui et contenant entre les lignes de l’enquête, une certaine érudition.

Celui-ci est différent et j’ai eu autant de plaisir à le lire.

Comme quoi, les gens se trompent lorsqu’ils disent que tous les romans policiers se ressemblent.

Pourtant, dans les premières pages, deux fautes d’accord sur des noms composés (alors que je venais de faire la leçon avec mes élèves) et, ajouté à cela, un langage assez familier, je n’étais pas certaine d’apprécier et puis ….

Je vous le dis et le répète « Lisez des policiers mais ne prenez pas le même auteur deux fois de suite pour ne pas tomber dans l’ennui… »

Bien sûr, un mort, des morts ; un policier, des policiers ; un suspect, des suspects, une enquête, des ramifications (ah bon, on dit « des enquêtes » ?) …

Mais la construction, la présentation, l’écriture, le rythme, tout peut changer pour peu qu’on ne lise pas le même écrivain en continu.

Hervé Sard, c’est une écriture pleine d’humour, de dérision, de finesse (à lire entre les lignes), de jeux de mots (Kerande, ça ne vous rappelle rien ?) et ce titre « Morsaline », la mort peut-elle être saline si elle fauche près des marais salants ?

Morsaline, c’est le surnom donné à une clinique psychiatrique où deux morts viennent d’être découverts.

Le commissaire Czerny (Hervé Sard écoute-t-il le pianiste du même nom ?) et son équipe vont mener l’enquête.

Des personnages hauts en couleurs, atypiques, et aux réparties rapides et amusantes vont nous tenir compagnie.

Czerny en couple avec son mainate.

- Venez-y vite. J’ai un mainate qui m’attend à la maison.

- Faut pas avoir honte, vous savez. La vie en couple, c’est une source d’emmerdes. Enfin, il paraît. Il y a un comique qui dit que le mariage sert à régler à deux des problèmes qu’on aurait jamais eu tout seul.

Czerny, a un « cube » virtuel, en place dans son esprit, animé par les différents éléments de sa réflexion. Ce cube se déforme, vibre au gré des pensées du commissaire.

Déjanté ? Non, pas vraiment … mais différent … et c’est là ce qui fait le charme de cette lecture ….

Ses acolytes, que ce soit le lieutenant Carol Joly et son dynamisme, le commandant Mazurelli et sa banane de rocker, le lieutenant Prigent et ses recherches alambiquées (mais pas stupides), ont tous une personnalité bien définie, des traits de caractère déterminés. L’ approche psychologique avec les travers de chacun est abordée de façon légère mais « rondement » menée. 

Les malades et le personnel de la clinique, ainsi que les personnages annexes sont bien intégrés dans l’histoire et les tempéraments de chacun d’eux assez clair..

Une galerie de portraits (dans laquelle on ne se perd pas) savoureuse.

Et puis, au détour des pages, des indices, les raisonnements des uns et des autres pour avancer ver le dénouement ainsi qu’une autre « mini » enquête pour ne pas s’ennuyer.

Les chapitres sont courts, tous présentés avec, en titre, le jour, l’heure et le lieu (tout se déroule sur une semaine entre le 24 et le 31 Août), écrits à la troisième personne sauf quelques uns introduits par « quelque part, ailleurs » et où la personne qui s’exprime dit « je ».

Il y a plusieurs endroits en parallèles mais pas de risque de se mélanger.

On ne voit pas le temps passer, un roman qui se lit le sourire aux lèvres ….

 

"On a perdu le MH 370" de Jean-Louis Baroux

 

On a perdu le MH 370
Auteur : Jean-Louis Baroux
Éditions : L’Archipel (5 Novembre 2020)
ISBN : 978-2809828832
270 pages

Quatrième de couverture

Le 8 mars 2014, un Boeing 777 de la Malaysia Airlines décolle à 0 h 41 de l'aéroport international de Kuala Lumpur. Sa destination : Pékin. À son bord, 239 personnes. Au petit matin, la compagnie annonce que l'avion a disparu. Le plus grand mystère de l'histoire de l'aviation civile contemporaine commence... Qu'est-il advenu du vol MH 370 ?

Mon avis

Jean-Louis Baroux est le président du premier réseau mondial de représentations de compagnies aériennes, présent dans 150 pays. C’est dire s’il connaît le domaine de l’aviation et les accords plus ou moins sous le manteau entre les différentes entreprises qui se partagent le ciel.

Beaucoup de personnes se souviennent du Boeing 777 (avec deux centre trente-neuf passagers) de la Malaysia Airlines qui n’est jamais arrivé à Pékin et dont on n’a pas retrouvé la trace. Des débris susceptibles de lui appartenir ont été récupérés sur une plage de la Réunion. Mais rien n’est sûr d’autant plus que les boîtes noires sont introuvables.

Une hypothèse envisagée a été que, peut-être, après avoir disparu des radars, cet avion aurait encore volé plusieurs heures avant d’être capté par un satellite puis de ne plus émettre définitivement. Mais pourquoi continuer à voler sans rien communiquer ?

Que s’est-il passé ? Le saura-t-on un jour ?

Dans ce roman, Jean-Louis Baroux fait des suppositions mais elles sont liées à des faits réels, qu’il a soigneusement étudiés. Pour ne pas mettre qui que ce soit en cause, il a changé certains noms, des lieux. Mais le fond reste, à savoir, une rivalité entre compagnie aérienne et un pilote au comportement immature alors qu’il avait de nombreuses heures de vol et qu’il semblait être « une valeur sûre ». Ce qu’il présente est captivant et très intéressant. Il a évité l’écueil de nous mettre trop de termes techniques sur les avions, les plans de vol, etc ou pour parler des marchés et des liens établis entre les différentes compagnies qui se surveillent, se jalousent même de temps à autre.

Le postulat de l’auteur sur les dramatiques événements est crédible. Il décortique la personnalité du pilote, ses faiblesses. Il ne critique pas, il constate. En parallèle, il explique la « guerre » entre les compagnies aériennes, la place de l’argent sur le marché de l’aviation. Le goût du pouvoir qui empêche parfois d’être humain, tout simplement.

Je suis tout de suite rentrée dans l’histoire et j’ai été accrochée dès le début. On suit le déroulement des faits. Il y a du rythme et l’écriture est fluide. De nombreux dialogues apportent un autre éclairage sur les situations décrites et évitent toute lourdeur au texte.

La trame de fond est le mystère de cet avion disparu mais d’autres thèmes apparaissent et nous montrent que les choses ne peuvent pas être simples. Il y a les conditions de travail du personnel navigant et les mouvements sociaux lorsqu’ils ne sont pas en phase avec la direction. On découvre aussi les manipulations, les essais d’influence chez les uns et les autres. Être toujours plus grand, plus fort que le voisin. La concurrence, les actions, les choses qu’on veut dévoiler et celles qu’on préfère taire quitte à payer le prix fort…. J’ai également découvert ce qui est appelé le « compte bonus » qui permet aux dirigeants de manipuler des sommes sans rendre de compte….

Jean-Louis Baroux ne prétend pas détenir la vérité dans son livre. Il émet une théorie étayée par des connaissances pointues et nous en fait part en la partageant.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture sans temps mort !


"Moi, Michael Bennett" de James Patterson & Michael Ledwidge (Michael Bennett)

 

Moi, Michael Bennett (Michael Bennett)
Auteurs : James Patterson & Michael Ledwidge
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions : L’Archipel (2 Avril 2014)
ISBN : 9782809814323
360 pages

Quatrième de couverture

Le détective Michael Bennett procède à l’arrestation d’un parrain du crime mexicain – une intervention au cours de laquelle il perd un ami de longue date.
Depuis le fond de sa cellule, le prisonnier jure qu’il prendra sa revanche sur Bennett et sur la société, même s’il doit pour cela plonger New York dans le chaos. 

Mon avis

Moi, ce Michael Bennett, il me plaît bien. D’abord, parce que c’est un « veuf positif » qui s’accroche à la vie, qui s’occupe de ses (nombreux et de toutes les couleurs car adoptés) enfants, ensuite parce que c’est un bon policier et un vrai ami, enfin parce que sa maladresse, toute masculine, vis-à-vis de la gente féminine, le rend tout à fait crédible….

De là, à mettre son patronyme comme titre de livre…ce n’est pas un peu prétentieux ??

Voici donc Michael, dit Mike, associé comme souvent avec son pote Hughie, embarqués tous les deux pour arrêter un dangereux malfrat, profitant de la venue de ce dernier aux Etats Unis (fait rarissime car il habite le Mexique d’où il dirige gang et subalternes) pour agir. Tout semble en phase, prêt, les hommes armés jusqu’aux dents, les indicateurs en place, tout est planifié pour la fabuleuse arrestation de celui qu’on nomme « Le Roi Soleil ». Et puis …. Comme le risque zéro n’existe pas et qu’il y a de temps à autre un grain de sable qui se met en travers… Tout ne se déroule pas comme prévu, le malfaiteur échappe aux policiers et Hughie, en faisant barrage de son corps pour sauver Mike, laisse sa vie dans cette capture ratée…. De rebondissements en rebondissements, le Roi Soleil sera arrêté et nous retrouverons tous ceux qui restent pour le procès un an après….  Bien entendu, là aussi, tout ne va pas se passer comme espéré…. 

J’aime bien lire quelques fois, ce genre de livres policiers où tout va très vite, où le rythme est soutenu, sans pause, où on ne s’ennuie pas une seconde. D’autant plus que les auteurs arrivent à glisser parfois une pointe d’humour au milieu de tous les drames, effaçant ainsi le côté sombre de la lecture. Michael Bennett partageant son petit déjeuner, dans un parc, avec un écureuil et considérant cela comme une thérapie, c’est très amusant…. En plus, cet homme ne veut pas montrer ses failles et même face au danger, il arrive à tourner les « méchants » en dérision en se moquant d’eux (en paroles) ce qui les met très en colère….et provoque des réactions très vives….ce qui ne déplaît pas au lecteur avide d’actions….

Bien sûr, il n’y a pas tellement de milieu : les bons d’un côté, les mauvais de l’autre, pas de fine analyse psychologique des caractères des protagonistes mais l’écriture est fluide et les différents événements sont bien enchainés. De plus, la présence de la progéniture (enthousiaste, gaie et pleine de personnalités différentes) de Michael Bennett apporte un peu de fantaisie ainsi que la présence du grand-père curé et les déboires de Mike avec les femmes…. C’est le tome cinq de la série « Michael Bennett » mais on n’a pas besoin d’avoir lu les précédents pour comprendre. Il n’y a pas sans arrêt, de résumés des écrits antérieurs.

Cent neuf chapitres pour la plupart très courts maintiennent le lecteur dans un mouvement rapide, passant d’un lieu à l’autre sans se poser …. C’est vif, enlevé, ça se lit bien, que demander de plus ? Une suite car on abandonne tout ce monde dans une position bien délicate…..et il faut agir vite…alors messieurs les auteurs à vos stylos !


"C comme cadavre" de Douglas Preston & Lincoln Child (Gideon's Corpse)

C comme cadavre (Gideon's Corpse)
Auteurs : Douglas Preston & Lincoln Child
Traduit par Sébastian Danchin
Éditions : L’Archipel (Octobre 2013)
ISBN : 978-2809812541
400 pages

 Quatrième de couverture

Après une première mission mouvementée (R pour revanche), Gideon Crew, à qui il ne reste plus qu'un an à vivre, n'aspire qu'à un peu de tranquillité. Mais l'EEC - cette officine travaillant en sous-main pour le gouvernement américain -, fait de nouveau appel à lui. Chalker, l'un de ses anciens collègues du laboratoire nucléaire de Los Alamos, est en proie à une crise de délire paranoïaque. Se croyant victime d'un complot d'État, il a pris une famille en otage. Gideon est dépêché sur place pour tenter de le raisonner, mais le forcené est abattu sous ses yeux par les forces spéciales...

Mon avis

Sue Grafton a déjà employé le titre : « C comme cadavre » sauf qu’elle utilise l’ordre alphabétique… Alors que Douglas Preston et Lincoln Child ont commencé par R pour Revanche, introduisant un nouveau héros Gideon Crew qui, va devenir, selon, la douce habitude de notre binôme, un personnage récurrent pour (c’est ce qui est annoncé) douze tomes (les lettres de l’alphabet choisies formeront-elles une phrase ?) Gideon Crew n’a pas encore la consistance et le caractère d’un Aloysius Pendergast (autre personnage récurent de notre duo) mais il commence à devenir intéressant et va en s’étoffant. (Une remarque pour sourire : mais où les auteurs sont-ils allés chercher des prénoms pareils !!)

Nous nous retrouvons donc avec Gideon Crew. A douze ans, son père a été abattu sous ses yeux et cette image le poursuit… A vingt ans, il apprend par sa mère que son père a été trompé et qu’il n’était pas le traite qu’il croyait. Il a maintenant une trentaine d’années et traîne ses « casseroles » : des questions sur le passé mais aussi sur l’avenir le concernant…

Pas facile d’être serein dans ces conditions là mais les supermen n’existent plus dans les romans. Ce sont plutôt des hommes ordinaires, de préférence avec une part d’ombre pour intriguer le lecteur. Gideon est de ceux-là. Il a un caractère bien trempé et préfère décider de lui-même plutôt qu’obéir, quitte à se retrouver dans des situations plus que délicates (mais s’il ne le faisait pas, le livre serait trop lisse et rien ne se passerait).

Le premier tiers de ce tome va être consacré à installer l’intrigue, les personnages, et les relations qu’ils entretiennent. Les deux autres seront nécessaires pour mener à bien la course contre la montre pour laquelle Gideon va se battre. D’ailleurs, il ne se battra pas seulement contre le temps qui passe, mais également contre ses ennemis (ceux qu’il connaît, ceux qu’il découvre), contre le sort, contre l’abattement… mais il considère qu’il n’a rien à perdre et continue la lutte pour le plus grand plaisir des lecteurs. Courses poursuites échevelées, dénonciations, accusations mensongères, tricheries, individus troubles, … tout est réuni pour maintenir un rythme rapide … Bien entendu, tout cela peut sembler un peu exagéré (certains faits m’ont donné envie de dire aux auteurs « Eh, je vous vois venir !!! ») mais la lecture reste fluide, prenante, car tout s’enchaine à vie allure ce qui empêche de s’appesantir et de trop décortiquer … parce que si on s’arrêtait longuement sur le propos, on ne manquerait pas de signaler qu’il y a des invraisemblances et que de temps à autre, le trait est un peu forcé.

L’écriture est fluide, et pour une histoire écrite à quatre mains, on ne sent jamais qui tient le stylo ou tape sur le clavier, les auteurs doivent développer une belle complicité pour que ce soit ainsi.

Tout cela nous donne un opus sans temps mort, agréable à lire pour un jour où l’on souhaite du « facile » à suivre. De plus, quelques problèmes sérieux sont abordés comme les dangers du nucléaire, la sécurité militaire ou la corruption dans les hautes sphères des états…. Et tout ceci ne manquera pas d’angoisser le lecteur car la réalité frappe parfois à la porte…pas si loin qu’on l’aurait imaginé….