"L’automne est la dernière saison" de Nasim Marashi (Payiz fasl-e akhar-e sal ast)

 

L’automne est la dernière saison (Payiz fasl-e akhar-e sal ast)
Auteur : Nasim Marashi
Traduit du persan (Iran) par Christophe Balaÿ
Éditions : Zulma (12 Janvier 2023)
ISBN : 979-1038701564
272 pages

Quatrième de couverture

Dans le brouhaha des rues agitées de Téhéran, Leyla, Shabaneh et Roja sont à l’heure des choix. Trois jeunes femmes diplômées, tiraillées entre les traditions, leur modernité et leurs désirs. Leyla rêve de journalisme ou de devenir libraire. Son mari, pourtant aimant et attentionné, a émigré sans elle. A-t-elle eu raison de ne pas le suivre et de rester ? Shabaneh est courtisée par son collègue, qui voit en elle une épouse parfaite. Comment démêler si elle l’aime, si elle peut se résoudre à abandonner son frère handicapé, alors qu’elle en est l’unique protection ? Roja, la plus ambitieuse, travaille dans un cabinet d’architectes, et s’est inscrite en doctorat à Toulouse – il ne manque plus que son visa, passeport pour la liberté. Vraiment ? La solution est-elle toujours de partir ?

Mon avis

Nous sommes en Iran, à Téhéran, de nos jours et Leyla, Shabaneh et Roja arrivent à un moment clé de leur vie.

Leyla est mariée, son époux lui propose de partir au Canada où il pourra continuer ses études. Elle, elle vient juste de trouver un job et elle hésite. Il part, elle reste et elle veut comprendre cette absence. Elle n’arrive pas à continuer la route, à avancer…

Shabaneh est hantée par la guerre. Elle s’occupe énormément de son petit frère, qui est en situation de handicap. Elle ne se sent pas capable de partir et de le laisser derrière elle car elle sait bien que leur mère n’assumera pas. Pourtant, elle a le droit de penser à elle ….

Roja rêve de partir pour son doctorat à Toulouse. Elle attend avec impatience son visa.

Toutes pensent à une autre vie, un quotidien différent avec un peu plus de libertés. C’est un récit choral, chaque chapitre donne la parole à l’une d’elles et l’histoire s’étend sur deux saisons : l’été et l’automne. L’auteur ne parle pas de politique mais on sent que rien n’est simple pour les femmes. Déjà elles sont tiraillées entre ce qu’on leur a inculqué et ce qu’elles souhaitent, ensuite, certaines ne s’autorisent pas à vivre avec une certaine forme de liberté comme si elles culpabilisaient par rapport à leur mère, leur grand-mère, qui n’ont pas eu cette possibilité.

Comment « grandir », avancer, vivre au grand jour tout simplement ?

Ce roman est très poétique, l’écriture (merci au traducteur) est délicieuse. Les informations sont données par petites touches. On pénètre sur la pointe des pieds dans ce pays où rien n’est vraiment facile. On découvre des portraits de femmes avec leurs hauts et leur bas, parfois battantes, parfois un peu désabusées mais ce qui est le plus important, le cœur de tout ça, c’est leur amitié.

Elles sont là, les unes pour les autres, présentes, à l’écoute, respectueuses, aimantes. Leur lien est fort, solide et passe par-dessus les tempêtes.

J’ai lu que Nasim Marashi écrit lentement, parfois un seul paragraphe par jour. Elle permet à ses personnages, au paysage, au contexte, de s’installer en elle avant de les décrire. En lisant cela, j’ai eu le sentiment qu’elle voulait leur donner le temps de prendre vie avant de leur donner la parole et de les laisser seuls-es, sur le papier….

Une très jolie découverte.


"Au-dedans" de Will McPhail (In)

Au-dedans (In)
Auteur : Will McPhail (Textes et dessins)
Traduit par Basile Beguerie
Relu par Marie-Paule Noël
Éditions : 404 éditions (18 Janvier 2024)
ISBN : 9791032408124
276 pages

Quatrième de couverture

Nick est un jeune citadin, illustrateur, dont la vie oscille entre ses projets personnels et un travail alimentaire au sein d’une agence de publicité. Il prend la pose dans des cafés et des bars à bière artisanale, conscient que quelque chose manque à sa vie, et que ce quelque chose ce sont les autres et leurs mondes intimes. Bien plus qu’un critique ou un récit autobiographique simpliste de la vie d’un millénial parmi les millénials, cette tranche de la vie de Nick s’attarde sur le fossé qui nous sépare tous les uns des autres. Qu’il s’agisse du barista au coin de sa rue, des membres de sa famille ou de Wren, une oncologue dont le chemin croisera douloureusement le sien, Nick ne peut s’empêcher de penser qu’il existe un monde caché d’interaction humaine hors de sa portée.

Mon avis

Prix Fnac/France Inter 2025

Will McPhail est dessinateur du New Yorker, « Au-dedans » est son premier roman graphique.

Nous faisons connaissance avec Nick, jeune illustrateur qui se pose beaucoup de questions. Il est plutôt solitaire, a des difficultés dans ses interactions avec les autres. On le voit traîner dans les cafés, essayant de converser, ne sachant pas trop que dire, que faire, très maladroit. Il en est presque « à jouer un rôle » se demandant ce qu’il peut …. Il essaie d’avancer et on le suit au gré des rencontres avec la famille (sa mère, sa sœur, son neveu) et quelques autres personnes.

Les croquis sont en noir et blanc, assez épurés, expressifs, les cases ne sont pas régulières, comme mues par le texte pourtant lui aussi sans fioritures. Parfois, la couleur apparaît, forte, puissante, elle représente certains passages où les mots ne sont pas nécessaires (je n’en dis pas plus, chacun en lisant, interprétera).

L’auteur montre comment notre monde aseptisé réduit les échanges, donnant le sentiment que toute conversation est inutile. À quoi bon chercher à comprendre l’autre, à lui parler ? A-t-on « besoin » de lui, de sa présence ? Nick, tout au long de cette longue bande dessinée, fait son chemin, ouvre les yeux, apprend à vivre avec lui-même, puis avec les autres.

C’est délicat, réfléchi, fort et puissant dans les mots, les images et tout ce qui est suggéré.

 


"Supprimer leur dernière année, tout simplement ! (Volume 1)" de Jacques Henry Pointeau

 

Supprimer leur dernière année, tout simplement ! (Volume 1)
Auteur : Jacques Henry Pointeau
Éditions : La clé du chemin (1er octobre 2024)
ISBN :978295681232
410 pages

Quatrième de couverture

Ne plus payer pour la santé des anciens inutiles à la société, des accidentés devenus invalides, des maladies incurables aux traitement inefficaces et coûteux : c'est la solution que Roberto Pangolino, aventurier de haut-vol, a glissé à l'oreille d'Anton Krokous et d'Anita Ratinski-Lopez, fraichement élus Président et Chancelière de leur pays. Mesures radicales ! De quoi évidemment se révolter ! Mais confronté aux exigences de la situation économique, le président va peu à peu se laisser convaincre. D'autant plus que certains ont bien identifié l'intérêt que de telles mesures leur apporteraient.

Mon avis

Anton Krokous a été avocat. Une profession qu’il a assuré avec talent, le verbe facile et assuré, l’élégance naturelle, la santé de fer des hommes de la montagne. Il est tombé dans la politique un peu par hasard mais il y a pris goût. Persuadé que c’est un moyen d’avoir du pouvoir, il a gravi les échelons et le voilà Président ! Sa Chancelière, Anita Ratinski-Lopez, est une personne de confiance, avec qui il s’entend bien. Un excellent binôme qui se complète ! Ils n’étaient pas forcément favoris mais pourtant, ils sont en place tous les deux !

Pendant leur campagne électorale, ils ont promis un contrôle des dépenses pour la santé et la vieillesse. Les votants les ont sans doute choisis pour ça. Maintenant, il faut qu’ils tiennent leurs promesses. Et pour les tenir, il est nécessaire que les citoyens les comprennent. Ce n’est pas compliqué : une bonne forme physique vous donne accès aux meilleurs emplois. Pas d’arrêt maladie, des patrons contents qui font tout pour vous garder et pour cela, un salaire plus important ! Une alimentation saine, du sport, pas de tabac, moins de soucis. Si tout le monde s’y met, les hôpitaux seront moins engorgés, non ? Et l’argent ainsi économisé sera investi ailleurs.

Utopie ? C’est d’ailleurs le nom de la première partie de ce roman d’anticipation (heureusement ; -)
L’Utopie flamboyante, celle qui illumine tout lorsqu’on pense que tout est possible. C’est la nièce d’Anita qui raconte et présente les différents événements, les choix du gouvernement, certaines discussions avant d’aboutir à la décision principale : le calcul de RVS (ratio de vie saine) pour chacun dans le but de donner plus d’avantages à ceux qui coûtent le moins. C’est un outil individualisé de suivi au niveau de la santé. Comme dit un des protagonistes, à quoi bon soigner quelqu’un qui souffre d’un cancer du poumon parce qu’il a trop fumé alors qu’on lui a toujours répété que c’était mauvais ? Et ce n’est qu’un exemple…. Si l’argent destiné aux médicaments de cas comme lui était utilisé pour installer plus de pistes cyclables pour maintenir tout le monde en forme, ce ne serait pas préférable ?

Ce genre de système est-il fiable ? Peut-il tenir sur la longueur ?

Jacques Henry Pointeau va dans les extrêmes bien sûr, et porte sa réflexion dans tous les excès mais quand on voit ce qu’il se passe dans certains pays du monde, on peut légitimement se dire qu’il faut rester vigilants.

Son récit est une réflexion sur la vie, sur tous les problèmes liés à l’âge lorsqu’on avance dans les années, sur la mort, sur la prise en charge des soins, sur les gouvernants, sur la naïveté de certains, sur le poids des beaux discours etc…

Car, un certain Monsieur Pangolino influence ceux qu’il rencontre. Il sait à la perfection adapter son discours à celui ou celle qu’il a en face de lui, il observe, manipule et agit pour que l’interlocuteur se sente unique, compris, il cible ses répliques en fonction de qui l’écoute ….

Dans la deuxième partie (il y en a deux autres dans le volume 2), l’Utopie est ébranlée. L’auteur montre les fissures, les failles, les doutes … lorsque tous ne sont pas d’accord, lorsqu’un « Pangolino » prend trop de place en étouffant quelques-uns ou en donnant trop d’importance à d’autres….

L’écriture est vive, de nombreux dialogues donnent du rythme, l’étude des personnages est intéressante. On a envie de voir comment les situations vont évoluer, qui va reprendre le dessus et pourquoi.

Si, au départ, je me suis posée la question de savoir où allait m’entraîner cette histoire, j’ai très vite accroché et passé un bon moment de lecture !

"Beyrouth Forever" de David Hury

 

Beyrouth Forever
Auteur : David Hury
Éditions : Liana Levy (16 Janvier 2025)
ISBN : 9791034910199
300 pages

Quatrième de couverture

Septembre 2023. L’été s’achève, Beyrouth suffoque et attend les premières pluies. Marwan Khalil, lui, attend la retraite, après trente ans de service et de magouilles à la brigade criminelle d’Adlieh. Mais lorsqu’une vieille femme est retrouvée morte et que sa hiérarchie le presse de classer l’affaire, l’inspecteur sent que quelque chose ne tourne pas rond. D’autant que la victime, une universitaire de renom, travaillait sur un ambitieux manuel scolaire de l’Histoire du Liban. Manuel qui semblait déranger le puissant Hezbollah et dont le seul exemplaire disparaît des pièces à conviction. Pour sa dernière enquête, Marwan refuse de jouer le jeu de la dissimulation qui mine son pays et auquel il n’a que trop participé. L’ancien milicien chrétien et sa jeune adjointe chiite, Ibtissam, devront batailler pour faire éclater la vérité dans ce pays à bout de souffle qui refuse de faire face à son Histoire.

Mon avis

David Hury a travaillé comme journaliste et photoreporter pendant dix-huit ans au Liban. On peut dire qu’il connaît bien ce pays et son fonctionnement. Dans son dernier roman, ancré dans l’histoire de ce lieu, il analyse avec acuité les rouages du pouvoir en place (c’était avant l’élection du 9 Janvier 2025) et il glisse des idées pour agir. On sent sa colère, son irritation, sa volonté par cet écrit d’éclairer sur tout ce qui est tu.

Avant d’écrire cette chronique, il m’a fallu « digérer » cette lecture. Les informations sont nombreuses, j’ai énormément appris, j’ai été bouleversée et je ne veux rien gâchée en parlant de ce livre.

David Hury part d’un fait que j’ignorais totalement. Les manuels scolaires de l’histoire du Liban s’arrêtent en 1943 lorsque l’indépendance a été obtenue. Après cette date, rien n’apparaît. Dans ce récit, Aimée Asmar, professeur en faculté, est retrouvée morte chez elle. Tout semble indiquer qu’il s’agit d’un banal accident domestique. Marwan Khalil, policier proche de la retraite, est envoyé sur place, avec la jeune adjointe qu’on lui a imposée. Il n’a pas envie de bosser avec elle. Tout les oppose. Une fois sur place, il observe et réalise qu’il y a eu meurtre. Il a alors deux solutions : rapporter ce dont il est sûr et lancer une enquête, ou « magouiller » (ça, il l’a déjà fait) et l’affaire sera classée. À quelques mois de s’arrêter, il n’a pas envie de céder sous la pression, peut-être a-t-il aussi le souhait de « redorer son image » pour sa fille avec qui les liens sont compliqués.

Décidé à mettre le pied dans la fourmilière, Marwan lance ses investigations. Il réalise que le futur ouvrage de l’universitaire dérangeait pas mal de monde. Elle avait l’intention de mettre au jour tout ce qui a été dissimulé. Mais qui l’a tuée et pourquoi ? Est-ce que son assassinat a été commandité ?

À travers ses recherches, c’est tout le quotidien sur place qu’on découvre. L’eau réquisitionnée et surfacturée, l’électricité intermittente, la vie chère, les salaires bas, la sécurité qui se délité, aucun avenir pour les jeunes … le Liban est blessé, meurtri, sur le qui-vive et ses habitants aussi… Marwan est décidé, ce sera son dernier combat mais il va dénoncer tout ce qui ne va pas, il va fouiller pour faire sortir la vérité, pour pouvoir se regarder dans une glace, pour se dire qu’un jour peut-être …, pour penser que tout n’est pas perdu pour les générations futures.

« L’éducation, c’est donner les armes intellectuelles aux nouvelles générations pour que les pages sombres de l’Histoire ne se répètent pas. »

La preuve, c’est que sa jeune coéquipière veut l’aider dans sa quête de vérité, malgré les chefs qui leur disent de cesser. Le mensonge, ils n’en veulent pas. Ils sont attachants tous les deux, chacun à sa manière. Pourtant, lui, il a triché, il fume, il boit, mais il a décidé de finir sa carrière en étant droit et on a envie qu’il trouve les réponses.

Occulter une partie du passé, est-ce un moyen pour avancer ? Que valent les non-dits, les silences ? Peut-on oublier ?

L’auteur insiste sur la corruption qui règne à plusieurs niveaux, qui gangrène la police, les fonctionnaires, je me suis demandée s’il n’était pas un peu désabusé mais je pense que non. En choisissant de présenter deux personnages qui luttent contre ce qui est faux, il donne la parole à tous ceux qui, dans l’ombre, voudraient que les choses changent.

Son écriture est puissante, il introduit ou évoque des faits réels (les accords de Taël, les attentats de 82, ce qu’a fait Georges Zreik, le rôle de Nabih Berri et bien d’autres encore) dans sa fiction la rendant très réaliste et vraiment en lien avec ce qui est le cœur du mal-être général. Tout est porteur de sens et son message est très fort.

C’est pour moi un coup de cœur !


"Le silence des salines" de Philippe Cuisset

 

Le silence des salines
Auteur : Philippe Cuisset
Éditions : Anfortas (23 janvier 2025)
ISBN : 978-2375221815
158 pages

Quatrième de couverture

De retour à Aigues-Mortes, Florian se trouve confronté au passé maudit de cette ville. Le massacre des Italiens de 1893, un pogrom d’une violence extrême, hante toujours les murailles de la cité fortifiée, les ruelles et les marais. Pour échapper à de tels fantômes, il lui faut chercher des issues : la passion de la boxe et l’amour de Julie pourront-ils le délivrer des démons dont il subit l’emprise grandissante ?

Mon avis

Le 17 août 1893, des ouvriers immigrés italiens qui travaillaient pour les salines d’Aigues Mortes sont confrontés à des rixes. Certains employés français pensent qu’ils leur volent leur labeur. Des échauffourées extrêmement violentes ont lieu et la police ne gère pas au mieux cet événement. L’estimation du nombre de personnes décédées va de huit (c’est le chiffre officiel) à cent cinquante selon la presse italienne. Ce pogrom, peu en ont entendu parler, et, fidèle à ses idées, Philippe Cuisset a décidé de le porter à notre connaissance dans son dernier livre.

On découvre Florian Rossi, italien d’origine, qui en 2020, étudiant en master d’histoire, a décidé de rédiger un mémoire sur ces faits. Le professeur qui le suit lui reproche de mettre trop d’affect dans sa rédaction, de faire des recherches dans des zones d’ombre. On le sait, ce n’est jamais bon de remuer le passé. Il faut que Florian prenne de la hauteur et s’attache plutôt aux conditions de vie des salariés, principalement ceux du coin.

C’est trop difficile pour le jeune homme, il abandonne mais cette situation continue de le hanter. On est maintenant en 2023, lorsqu’il marche sur les remparts, il a l’impression d’entendre les cris. Sa sensibilité exacerbée fait qu’il ressent tout très fort. L’histoire de ces hommes le hante, il veut comprendre, leur rendre justice ou tout simplement leur rendre leur place. Pourquoi ne sont-ils jamais cités dans les manuels scolaires ? Il s’essaie à la boxe, sans doute pour évacuer tout ce qui bout en lui.

Alors le lecteur l’accompagne sur ce chemin de souffrance car, lorsqu’une personne est mal dans sa « peau », tout son quotidien est affecté. Entre les chapitres où l’on suit Florian, d’autres, plus courts, en italiques, font le lien avec le passé. De petites touches de témoignages, c’est bien suffisant pour cerner les événements et le « rôle », pas du tout net, de certains …. Comme c’est court, c’est encore plus fort, plus « coup de poing »…

Philippe Cuisset est un homme engagé, ces écrits le sont également. Il n’hésite pas à dire les choses, à agir (il est bénévole dans des centres accueillant des réfugiés). Son récit est bouleversant. Non seulement par la présentation de ce massacre révoltant qui incite à aller chercher des détails dans les bibliothèques ou sur internet pour cerner aux mieux ce qu’il s’est passé. Mais aussi, parce que ce non-dit a une énorme influence sur la vie de Florian. C’est comme si tout cela lui collait à la peau, une réminiscence interne, dans les gènes …

Ce roman m’a intéressée, captivée, remuée. L’écriture vive permet de se sentir, dès les premières phrases, concernée par ce qu’on lit. J’ai particulièrement apprécié la façon dont l’auteur approche tout ça. Pas de jugements rapides. Les ressentis sont là, présents et si besoin, il suffit de lire entre les lignes pour ne pas oublier. Je ne visiterai plus Aigues-Mortes en mode neutre, ces gens seront avec moi, je penserai à eux.


"Le vent de l’espoir -Tome 2 : La terre de tous les possibles" d'Anna Jacbs (Lancashire Legacy)

 

Le vent de l’espoir -Tome 2 : La terre de tous les possibles (Lancashire Legacy)
Auteur : Anna Jacobs
Traduit de l’anglais par Catherine Delaruelle
Éditions : L’Archipel (23 Janvier 2025)
ISBN : 978-2809847680
432 pages

Quatrième de couverture

Australie-Occidentale, 1876. À dix-huit ans, Cathie aspire à une vie plus palpitante que celle qu'elle mène dans le bush. Aussi saisit-elle sa chance quand un de ses oncles lui suggère de partir pour le Lancashire, la terre natale de sa mère Liza. Cathie s'enfuit de chez elle, ignorant que son oncle la manipule pour se venger de Liza... Agressée dès son arrivée sur les quais de Liverpool, Cathie ne doit son salut qu'à l'intervention d'un homme, Magnus, chez qui elle va trouver refuge. Mais elle a perdu la mémoire...

Mon avis

Ce roman est le deuxième tome d’une série mais les quelques rappels nécessaires à la compréhension des liens entre personnages sont soigneusement glissés dans le texte et je ne me suis jamais sentie perdue.

1876, en Australie-Occidentale, on suit la vie d’une famille qui, malgré les difficultés liées au contexte, essaie de s’en sortir. Ils sont installés dans le bush, un peu loin de tout. La fille aînée, Cathie, aspire à découvrir autre chose. Elle aimerait aller en Angleterre car sa mère y a vécu. Mais avec quel argent et comment s’y prendre ? Comme beaucoup d’adolescentes, elle trouve son quotidien trop terne, a le sentiment permanent d’être incomprise et aspire à plus de fantaisie. L’occasion va se présenter. En effet, un feu ravageur va détruire la propriété et ses parents lui proposent d’aller quelque temps en ville chez une amie à eux.

Là-bas, un concours de circonstances va lui permettre de prendre le bateau pour l’Angleterre mais rien ne va se dérouler comme prévu. Sans mémoire, suite à une agression, elle est sauvée par un homme qui a accompagné son frère à la gare. Heureusement pour elle, c’est quelqu’un de bon et il l’aide. Mais dans le flou de son esprit, elle cherche sans arrêt à comprendre ce qu’elle fait là et pourquoi elle est venue. Petit à petit, les souvenirs remontent…

Bien qu’elle soit un peu entêtée, un tantinet naïve et pas très « respectueuse » des siens en fuyant sans explication, je me suis attachée à Cathie. Probablement parce qu’une fois dans la région de Liverpool, elle perd beaucoup de son arrogance et est plutôt humble et discrète, faisant tout ce qu’elle peut pour s’en sortir.

Elle n’avait sans doute pas imaginé (et le lecteur non plus) tout ce que son séjour allait lui révéler, concernant les non-dits et certains secrets familiaux. Cela met du piment dans le récit, c’est captivant et ça maintient bien notre intérêt, ce qui est parfait.

Si l’aspect historique de la période pendant laquelle se déroulent les événements est un peu reléguée au second plan, elle est malgré tout présente et adaptée. C’est le principal.

J’ai été écœurée par certains personnages. L’appart du gain, la volonté de puissance les entrainent à faire n’importe quoi pour y arriver. C’est malheureusement encore vrai de nos jours, pas forcément sous les formes évoquées dans ce livre mais ça existe.

À contrario, j’ai admiré que d’autres individus soient à l’écoute, attentifs et pas prêts à gober n’importe quoi. Un des notaires notamment est intéressant par son approche des faits. Il n’agit pas à la va vite, il prend le temps de se renseigner, de peser ce qu’il a appris pour agir le plus justement possible. On s’aperçoit aussi qu’à cette époque, les patrons ne prenaient pas toujours le temps d’être proches de leurs employés. Pour ces derniers, il leur fallait obéir, ne pas contrarier leur chef, faire ce qu’on leur demandait sans réfléchir et se taire. Même si parfois, ils avaient des velléités de révolte, c’était compliqué car ils avaient besoin de gagner leur vie pour se nourrir ….

Cette histoire m’a bien plus. L’écriture (merci à la traductrice) fluide et accrocheuse, le suspense, les démêlés des différents protagonistes m’ont permis de passer un excellent moment !


"Le chat du Rocher - Tome 5 : Meurtre dans un bain d’encre" de Sandra Nelson & Alice Quinn

 

Le chat du Rocher - Tome 5 : Meurtre dans un bain d’encre
Auteurs : Sandra Nelson & Alice Quinn
Éditions : Alliage (21 Janvier 2025)
ISBN : 978-2369100737
230 pages

Quatrième de couverture

Lors d’une séance de dédicaces de la célèbre auteure de thriller, Eustache Merleau,
son assistant est retrouvé assassiné dans les toilettes de la librairie. Stupeur, le meurtre s’inspire de son roman « Bain de minuit » en cours d’écriture. « Qui a eu accès au texte inachevé ? » s’interroge Calypso Finn, ancienne actrice de telenovelas au Brésil, reconvertie en brocanteuse sur le Rocher. À mesure que le manuscrit prend forme, la liste des meurtres s'allonge. Calypso parviendra-t-elle à trouver le coupable avant d’être la prochaine victime ?

Mon avis

Eustache Merleau, autrice de romans policiers est en dédicace sur le Rocher. Notre détective amateur, Calypso assiste à la séance en espérant récupérer quelques tuyaux car elle souhaite écrire un livre elle aussi. Elle l’a commencé d’ailleurs mais elle stagne. Alors venir dans la librairie où la reine du thriller va s’exprimer, c’est l’occasion d’être au cœur de l’action…

Si elle avait su….au cœur de l’action ? Rien n’est plus vrai puisque l’assistant d’Eustache est assassiné pendant cette rencontre. Une bien mauvaise publicité pour le futur titre de l’écrivaine … à moins que, au contraire, cet acte abominable ne dope les ventes. D’autant plus que le mort est retrouvé dans une mise en scène évoquée dans l’ébauche du dernier récit d’Eustache…

Qui a pu agir ainsi et pourquoi ? Qui avait intérêt à voir disparaître cet homme dévoué à sa patronne, même si, Calypso l’avait remarqué, quelques tensions s’étaient installées entre eux.

C’est au commandant de police Vadim Pavlov que l’enquête est confiée. Originaire du Nord, il n’est pas totalement épanoui car il n’aime pas ce coin mais depuis qu’il a tissé quelques tendres liens avec Calypso, ça va mieux…. En plus, elle est très observatrice, sait faire parler les gens et elle l’a aidé pour des affaires précédentes qu’ils ont résolu en « faisant équipe ».

Cette fois-ci, c’est presqu’officiellement qu’il lui demande de l’aide. Il ne sait pas trop par quel bout commencer ses investigations, parce que, pas de bol, il a déjà eu des problèmes avec Madame Merleau lorsqu’il officiait dans le Nord. Un crime inspiré de ce qu’elle avait écrit… mais il n’a jamais coincé le coupable et ça lui est resté en travers de la gorge. Il part donc avec un handicap et tout soutien sera le bienvenu, surtout si ça peut faire avancer les choses et empêcher un nouveau meurtre ! Il faut dire qu’une certaine tension règne entre les différents protagonistes. Eustache et Léon, son mari écrivain raté qui apprécie la compagnie de la divine bouteille, avec Diane Michel, l’éditrice qui a l’air de tout vouloir régenter et également avec Bibiche, le singe capucin, chouchou de madame, qui semble avoir ses têtes !

J’ai particulièrement apprécié cette nouvelle aventure de Calypso. J’ai aimé la place donnée à Poker, le chat qu’elle a pris en affection. Il a de bonnes remarques et on regrette souvent qu’il n’ait pas la parole ! Ses interventions apportent de la fantaisie dans le texte, du second degré, de la légèreté et c’est bien ! Bibiche aussi a un rôle et on réalise que les animaux sont, sans doute, beaucoup plus futés, que ce qu’on imagine.

Alice Quinn et Sandra Nelson ont parfaitement réussi cette histoire, ça se tient, c’est cohérent. Elles nous emmènent sur des fausses pistes, partagent les ressentis des uns et des autres, les progrès des recherches, et ça reste parfaitement fluide bien qu’écrit à quatre mains. Le style n’est pas heurté, c’est plaisant et agréable à lire. Retrouver leurs écrits, c’est savoir qu’on passera un bon moment avec du suspense, de l’humour, une pointe de sentiments amoureux et amicaux ainsi que des personnages hauts en couleurs (et pas seulement à cause d’un bibi orange ;- )