Les meilleurs amis du monde de Gilly Macmillan (Odd Child Out)


Les meilleurs amis du monde (Odd Child Out)
Auteur : Gilly Macmillan
Traduit  de l’anglais (Angleterre) par Françoise Smith
Éditions : Les Escales (Noires) (7 Juin 2018)
ISBN : 978-2365693547
384 pages

Quatrième de couverture

Comment démêler le vrai du faux lorsque personne ne peut – ou ne veut – parler ? Dans un Bristol électrisé par les tensions sociales, deux adolescents, meilleurs amis depuis l'enfance, se retrouvent au cœur d'une affaire brûlante. Noah Sadler et Abdi Mahad sont deux adolescents inséparables, meilleurs amis depuis l'enfance.  Par un matin glacial, une équipe de secours repêche le corps de Noah dans le canal de Bristol : son état est critique. Abdi, présent sur la scène du drame, ne peut – ou ne veut – rien dire.

Mon avis

C’est sur quatre journées intenses (accompagnés de quelques pages sur la veille et le lendemain) que se passe ce roman sombre, poignant, qui inscrit durablement l’histoire de deux jeunes adolescents dans notre mémoire.

Le récit se déroule à Bristol dans le Sud du Royaume Uni, une ville portuaire où se côtoient des  gens du cru et une communauté somalienne avec des réfugiés intégrés et d’autres nouvellement arrivés. Abdi et Noah se fréquentent au collège (lorsque Noah n’est pas en chimiothérapie, car il souffre d’un cancer), ils vont tous les deux au club d’échecs, travaillent ensemble etc.  Ce sont « les meilleurs amis » reconnus par leurs pairs … Noah est le fils unique d’une riche famille, son  père fait des reportages photos aux quatre coins du monde, et  sa mère se consacre à lui. Abdi, est le second d’une famille somalienne établie depuis quelque temps dans la ville. Il a obtenu une bourse et c’est pour cela qu’il est dans le même établissement scolaire que Noah. La maman de Noah aurait préféré un autre copain mais elle l’accepte …. Un soir, après une exposition particulièrement réussie des clichés chocs  du Papa photographe, les deux jeunes dorment chez Noah et là, l’impensable se produit, ils fuguent et  vont vers le canal, où dans les eaux froides et troubles, Noah tombe…. Que s’est-il passé ? Pourquoi des collégiens sages, sérieux et appliqués ont-il quitté la maison alors que l’un d’eux n’est pas en forme ?  Que voulaient-ils faire ? Y-a-t-il eu des témoins, qu’ont-ils vu ?

C’est un détective qui sort de congé maladie qui est chargé de l’enquête, il lui faut reprendre ses marques avec ses collègues mais également avec les méthodes de travail. Très solitaire, avec un passé lourd, il n’est pas toujours sûr de lui et a souvent peur de ne pas avoir la bonne attitude. Mais il a pour binôme un collègue super et cela l’aide.  Il doit agir avec diplomatie, ne pas vexer les uns ou les autres, ne pas donner lieu à des interprétations des habitants (ce serait si facile de parler de crime racial….) En faisant des recherches pour comprendre comment les deux amis en sont arrivés là, il va remuer beaucoup plus de choses qu’il ne l’avait imaginé et  ses propres démons vont ressurgir. Malgré tout il veut rester intègre et faire éclater la vérité si douloureuse soit-elle…..

Lorsque j’ai commencé ce livre, j’ai pensé que j’allais découvrir une histoire d’amitié entre deux personnes qui, à la base, n’ont rien en commun, un peu comme dans une caricature : le blanc riche autochtone, le noir pauvre étranger … J’ai vite compris que je me trompais . Avec intelligence, l’auteur aborde des thèmes délicats, voire difficiles : la maladie grave,  la mort éventuelle d’un enfant et la souffrance des parents qui ne vivent pas cet état de fait de la même façon, les tensions raciales dans une ville et la place de chacun, la portée des médias : capables de manipuler l’opinion publique, de faire très mal en allant trop loin dans leurs propos (plus ou moins vérifiés et / ou transformés avant d’être diffusés), le rôle des enseignants, des témoins … et le poids du passé…  

Les deux familles veulent, chacune, protéger, leur enfant mais à quel prix ? Peuvent-elles dialoguer et essayer de (se) comprendre ? Tous les adultes paraissent avoir une part d’ombre, quels buts poursuivent-ils dans la vie ? Quels sacrifices sont prêts à faire les uns pour s’intégrer et les autres pour les accepter ? Quel est le secret dont la mère d’Abdi semble dépositaire ? Qu’a-t-elle vécu, avec sa famille dans le camp de Hartisheikh où ils étaient en transit ? L’amitié entre les deux camarades est-elle saine ? Ne profitent-ils pas l’un et l’autre de leur situation pour obtenir ce qu’ils veulent ? Peut-on faire abstraction de ce qu’on a vécu et avancer en toute quiétude ?

Cet opus est une réussite. Il est très complet, bien écrit dans un style de qualité (merci à la traductrice).  L’ensemble est bouleversant et Gilly Macmillan évoque le drame vécu par ses deux familles avec  un ton très juste et beaucoup de doigté.

"Requiescant" de Patrick S. Vast


Requiescant
Auteur : Patrick S. Vast
Éditions : Fleur Sauvage (Février 2015)
ISBN : 979-1094428016
240 pages

Quatrième de couverture

Une chaleur étouffante, presque inédite Une petite ville, protégée à l'extrême Son lotissement, ses craintes et ses secrets Et cette première mort Intrigante... Dérangeante...

Mon avis

Un CD de John Coltrane (My Favorite Things ou un autre), une boisson fraîche si vous voulez être dans l’ambiance du livre, ou chaude si vous souhaitez celle de saison (il fait moins deux lorsque j’écris cette chronique), ah, j’oubliais, fermez les portes et les fenêtres, prévoyez un bon canapé…

C’est bon ? Alors, mettez-vous à la lecture et ce sera un vrai plaisir, tous les ingrédients extérieurs sont réunis et pour ceux qui viennent de l’intérieur, pas de soucis, ils sont bel et bien présents dans ce nouveau roman de Patrick S. Vast.

Vous découvrirez : des personnages attachants ou détestables, mais peu vous paraitront indifférents ; une écriture vive et acérée, vous laissant sans souffle et sans voix ; une intrigue bien ficelée avec ce qu’il faut de rebondissements et d’actions et une dose de fantastique (style anticipation) qui ajoute à l’ensemble une touche d’originalité.

Pour les prochaines élections, imaginez qu’un parti intitulé POE (parti de l’ordre et de l’efficacité) se présente, vous voteriez pour lui ? A Villeneuve-sur-Deûle, près de Lille, le maire, Martial Delorme, est de ce bord et a été élu. C’est la canicule et dans le lotissement qu’il a fait construire en un temps record alors qu’il avait été détruit par une tornade, la vie est calme. Tout est propre et bien rangé. Bien sûr, le règlement intérieur est presque trop sévère et il y a des vigiles qui circulent, mais chacun s’en accommode en pensant que c’est mieux pour sa sécurité. On pourrait presque mettre un panneau : « Ici, c’est mieux qu’en face ! » En face, c’est de l’autre côté du terrain vague qui borde le lotissement, il y a de vieux immeubles et on ne sait pas trop qui les squatte… Et forcément, ces « gens là » doivent avoir des choses à se reprocher….

Tout tranquille qu’il est ce lotissement vient d’être le théâtre d’une mort bizarre, un brave homme qui promenait son chien est retrouvé décédé et pourtant personne n’a passé l’enceinte du lieu… donc le tueur est un des habitants !!! Le climat tourne à l’insécurité, à la surveillance des voisins, à l’ anxiété…. Et tout le monde sait que lorsque les hommes ont peur, ils n’ont plus de sens commun, ils perdent toute rationalité et la suspicion s’installe….

Dans ce livre à l’histoire habilement menée, l’auteur aborde des sujets graves. Les politiques aux dents longues qui sont prêts à tout pour avancer, écrasant ce qui dérange ou gêne sur leur passage sans se soucier des dégâts collatéraux comme si la réussite des projets pouvait tout justifier, sans oublier les magouilles et les pots de vin. La peur et l’effet de groupe , la première étant mauvaise conseillère et entraînant les hommes à des attitudes violentes et extrêmes, non réfléchies. Les liens familiaux: doit-on tout dire à l’être aimé ? Doit-on tout accepter ? Et puis, qu’en est-il des pactes que l’on fait « avec le diable » ? De ces arrangements à la limite de la légalité, pas très nets, mais pour certains acceptables ? Que se passe-t-il lorsque la culpabilité nous rattrape ? Est-elle lourde à porter ou peut-on l’oublier , la laisser de côté? C’est tout cela que Patrick S. Vast évoque avec finesse, avec pudeur, mais également avec beaucoup de doigté.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, que je n’ai pas lâchée une fois commencée. L’auteur a réussi à me surprendre alors que, ayant lu d’autres romans de lui, je m’imaginais assez bien le connaître. J’ai trouvé que tout était mis en place d’une façon intelligente, que la note fantastique était un plus, que les dialogues sonnaient vrais et surtout que l’atmosphère était très bien retranscrite, prenante et donnant envie d’en savoir plus.

Une belle réussite que cet opus !!

Une question Monsieur Vast : rassurez-moi, la directrice de l’école ne vous a pas été inspirée par une femme existante dans la réalité ? Si c’était le cas, tenez la à distance de ma ville, je n’en veux pas comme collègue….

"L'Irlandais" de Maurice Gouiran


L’Irlandais
Auteur : Maurice Gouiran
Éditions : Jigal  (15 Mai 2018)
ISBN : 978-2-37722-036-6
240 pages

Quatrième de couverture

Lorsqu’on découvre le peintre Zach Nicholl, le crâne fracassé dans son atelier marseillais, son ami Clovis n’a qu’une pensée en tête : aider Emma, en charge de l’enquête, à retrouver l’assassin ! Zach s’était illustré dans le street art avant de devenir bankable et de fuir Belfast vingt ans plus tôt. C’est donc en Irlande du Nord que Clovis va chercher ce qui se cache derrière ce crime. Zach était l’un des artistes républicains auteurs des célèbres murals, ces peintures urbaines, outils de mémoire et de propagande. Mais pourquoi avait-il quitté son pays juste au lendemain des accords de paix de 1998 ?

Mon avis

L’hiver est terminé à Marseille mais Clovis Narigou, journaliste et  « éleveur » de chèvres n’a pas trop d’énergie. La faute au froid qui l’a engourdi  …. de partout  ;-) , vu qu’il a même délaissé pendant quelques mois, sa belle Emma, fliquette androgyne avec qui il vit une relation amoureuse en pointillés…. Il se retrouve attablé au café lorsqu’il apprend la mort violente de Zach Nicholl, un peintre spécialisé dans le Street Art et bien connu dans le coin. Deux de ses potes le traînent chez la veuve, histoire de présenter leurs condoléances. Elle, c’est Aileen, une irlandaise discrète et farouche qui a fui l’ Irlande avec son mari. Elle ne veut pas ramener seule le corps du défunt dans son pays natal et demande à ses visiteurs de l’accompagner. Clovis aimerait bien revoir Belfast et il enfume un peu son patron prétextant avoir la possibilité d’ écrire un article avec des choses nouvelles sur l’IRA (Irish Republican Army) et la période des Troubles et ainsi il obtient un billet pour partir là-bas.

Maurice Gouiran a l’art et la manière d’impliquer le lecteur dans ses récits. Il n’hésite pas à nous interpeler voire à nous prendre à témoin. J’en veux pour preuve les « Vous me suivez ? » ou autre questionnement beaucoup plus profond, nous obligeant à nous pencher sur les interrogations qu’il soulève (et elles sont nombreuses). Il est captivant parce qu’il fait entrer  l’Histoire (avec un grand H) dans l’histoire personnelle de ses personnages en agrémentant le tout d’une enquête dans laquelle des  individus sont en lien avec les faits historiques, et ça tient la route, waouhhh ! . Ce qu’il présente est documenté, fourni, argumenté et il réussit ce tour de force de glisser ça et là une opinion jamais moralisatrice mais profondément ancrée dans la réalité. J’ai particulièrement apprécié les remarques écologiques, l’air de rien, au détour de l’enquête, notamment sur les paquebots de croisière qui polluent en faisant tourner leur moteur à l’arrêt pour permettre aux passagers restés à bord de profiter de différents loisirs.  Il observe également l’évolution du Street Art qui devenu une mode se met à arriver dans les galeries artistiques (Street, ça veut bien dire « rue », non ? ), alors qu’à la base, par exemple en Irlande, il était utilisé comme support d’expression pendant les conflits, comme ici :



 Mais, bien sûr, comme l’indique le titre, le principal sujet, c’est l’Irlande. Pas la verte Erin des touristes, non, celle des « Volontaires », fiers idéalistes qui veulent -pour faire court- que leur pays soit libre. Libre de ses droits, de ses choix, de sa vie….  L’auteur fera surtout allusion aux années 80, avec la mort de Bobby Sands, le bras de fer contre Margaret Thatcher… Mais cette période est forcément en lien avec le passé, notamment les Troubles. Agitation politique, trahison, mensonge, exécution, violence, rien n’a été épargné à ceux qui se battaient.  Que ce soit Renaud avec sa ballade nord-irlandaise, U2 avec Sunday, Bloody Sunday (et le film éponyme de Paul Greengrass), le thème n’a jamais laissé indifférent …..et à juste raison.

C’est par l’intermédiaire de femmes du cru que l’auteur nous présentera les événements. Autrefois, en Eire, Il était conseillé aux  dames  d’être effacées, de rester mariées à vie (même si le mari disparaissait), de ne pas se faire remarquer… mais Clovis va faire connaissance avec des rebelles, des courageuses qui ont osé, même dans l’ombre, agir, et s’investir….. Quelle  pouvait être leur place ? Comment sont-elles arrivées à se faire entendre dans cette société attachée aux traditions ? Et Zach, faisait-il partie de l’IRA ? Cachait-il quelque chose qui l’a poussé à s’installer à Marseille ? Quels étaient ses liens avec les combattants? Clovis va chercher, sur place, à mieux comprendre mais ce n’est pas aisé face à des gens secrets, qui ne veulent pas tout dire, qui se protègent mutuellement et qui peut-être, ne veulent pas remuer le passé…. De son côté, Emma en charge de l’enquête, fouine et reste en lien avec Clovis, des fois qu’il dégotte une indication sur place ….

Ce roman est abouti, complet, intéressant. En vert et noir,  il vous glisse à l’oreille les chants de la Liberté, de tous ceux qui ont cru que c’était possible et qui ont essayé …….

"Les Feller" de Susanna Fogel (Nuclear Family)


 Les Feller (Nuclear Family)
Auteur : Susanna Fogel
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Madeleine Nasalik
Éditions : Harper Collins France (9 Mai 2018)
ISBN : 979-1033901877
225 pages

Quatrième de couverture

Vous pensez que votre famille est cinglée ? Bonne nouvelle : vous n'êtes pas seul(e). Une mère juive envahissante ; Un père narcissique qui adore faire sentir sa supériorité intellectuelle à son prochain ; Une soeur délurée au langage SMS ; Une grand-mère hilarante et jamais à courts de ragots etc.

Mon avis

Voilà un roman épistolaire désopilant, décalé et parfois déjanté.
Ce sont les courriers, mails, que reçoit, le plus souvent, Julie,  qui vont nous permettre de la connaître ainsi que tous ceux qui s’adressent à elle. On va grâce à tous ces écrits mieux la découvrir sans que jamais elle ne prenne la parole et on va la suivre sur plusieurs années. Les parents, sœur, cousin s’expriment mais également des gens moins proches, un hamster décédé, un vieil appareil de fitness ou  son iPhone …..

L’auteur a su adapter son vocabulaire, son phrasé, le contenu de chaque message à  son expéditeur. C’est parfois un peu caricatural mais tellement drôle qu’on en redemande !
L’humour est omniprésent, bien dosé. Chaque expéditeur parle à Julie en toute liberté et parfois certains s’épanchent  et on découvre des situations très amusantes que personne ne soupçonnait. A ce moment là, quelquefois, d’autres commentent…. et c’est reparti pour un fou-rire !

La traductrice a du beaucoup s’amuser en cherchant les mots les plus appropriés pour ne pas perdre ce qui était drôle. Elle a bien réussi sa mission parce que j’ai passé un excellent moment !

Un conseil : peut-être est-il préférable de ne pas lire ce livre d’une traite, histoire de ne pas être lassé.



L'autre Mrs Parrish de Liv Constantine (The Last Mrs Parrish)


L'autre Mrs Parrish (The Last  Mrs Parrish)
Auteur : Liv Constantine
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Leila Malone
Éditions : HarperCollins (9 Mai 2018)
ISBN : 979-1033901846
465 pages

Quatrième de couverture

Daphne Parrish a, en apparence, une vie parfaite. Un mari richissime et attentionné, deux enfants, une maison magnifique. Amber Patterson, elle, en a assez de mener une existence qu’elle juge trop modeste. Misant sur l’empathie et la gentillesse de Daphné, qu’elle parvient à apitoyer grâce à des mensonges, elle devient rapidement sa confidente, presque un membre de la famille. Elle aussi, se dit-elle, a droit au conte de fée. Et rien ni personne ne pourra l’empêcher de le vivre.

Mon avis

Ils sont riches. Il est à la tête d’une immense fortune et elle se consacre corps et âme à la fondation qu’elle a créée suite au décès de sa sœur, touchée par la mucoviscidose. Ils ont deux charmantes filles et une propriété magnifique. Il est beau , elle a de l’allure et il oui offre bijoux, toilettes et vacances de rêves….Le couple idéal, entouré d’amis et de connaissances qu’ils fréquentent dans les clubs de golf, les grands restaurants et les soirées de gala. Tout est lisse et le vernis n’est pas fissuré. Mais sont-ils heureux ? Est-ce que Daphne mène la vie qu’elle a souhaité ? Sa mère est loin d’elle, est-ce qu’elle ne lui manque pas ? Et puis, tout ce luxe quand on a grandi dans un milieu plus simple…ne risque-t-on pas l’overdose ?

A la salle de sport, Daphne rencontre Amber, une jeune femme insignifiante qui a, comme elle, perdu sa sœur de la mucoviscidose. Ce drame commun va les rapprocher et elles vont se soutenir mutuellement dans leur peine. Petit à petit, Amber devient plus proche de Daphne et elles sont de plus en plus amies.  Elles sont souvent ensemble et pourtant différentes…  Lune a besoin de travailler pour subvenir à ses besoins, l’autre vit dans l’opulence …. Poursuivent-elles un but caché ? Qui manipule qui ?

Ce thriller psychologique se décline en plusieurs parties. Il est très bien construit car on ne voit rien venir et lorsque la partie deux arrive, le lecteur reste cois, complètement surpris par ce qu’il lit et ça c’est parfait !

Ecrit à quatre mains puisque Liv Constantine sont deux sœurs, ce roman est très (trop, parce qu’on néglige tout le reste ;-) addictif.  Les auteurs prennent le temps de bien installer le contexte, de décrire les personnages, les situations de la vie quotidienne avant de rentrer dans le vif du sujet : la machination.

J’ai énormément apprécié cette lecture et j’ai trouvé les caractères des protagonistes très bien présentés, ce n’est pas une suite de défauts ou de qualités mais bien la présentation de leur attitude, de leurs rapports aux autres qui vont permettre, petit à petit, de les cerner. Le style et l’écriture sont fluides. L’étude de la société américaine avec les femmes qui se consacrent aux bonnes œuvres et les maris qui bossent est fine et offre une autre vision de l’ensemble, en évitant de trop rester centré sur les deux femmes. Un texte tout à fait équilibré, bien vivant et très prenant !

"Sur un mauvais adieu" de Michael Connelly (The wrong side of goodbye)


Sur un mauvais adieu (The wrong side of goodbye)
Auteur : Michael Connelly
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin
Éditions : Calmann-Lévy (28 Mars 2018)
ISBN :9782702156520
450 pages

Quatrième de couverture

À présent inspecteur de réserve au San Fernando Police Department,  Harry Bosch est un jour contacté par un magnat de l’industrie  aéronautique qui, sentant sa mort approcher, souhaite savoir s’il a  un héritier. Dans sa jeunesse, le vieil homme a dû quitter sa petite  amie sous la pression de sa famille. Aurait-elle eu un enfant de  lui ? Cette question n’étant pas du goût du conseil d’administration  avide de se partager le gâteau, Bosch est vite menacé. Pour corser  le tout, ses collègues du commissariat ne parviennent pas à mettre  la main sur un violeur en série particulièrement redoutable…

Mon avis

Moi, je l’aime bien Harry Bosh. C’est un vieil ami à moi car je le connais depuis ses débuts ou presque. Parfois, il vieillit mal et se lance dans des histoires hautement improbables mais je lui pardonne et je reviens vers lui. Cette fois-ci, ce n’est pas mal, et c’est surtout bien écrit et bien traduit (comme d’habitude par Robert Pépin et je me demande s’il ne finit pas par ressembler à Michael Connelly à force de reproduire ses écrits…)

Bref, revenons à Harry. Après sa retraite, il est devenu inspecteur de réserve. Cela lui prend un peu de temps et surtout ça occupe ses neurones et ça il aime vraiment beaucoup. Il a besoin de bouger,  de chercher, de réfléchir sans arrêt …. Par contre, en tant que réserviste, il doit « pointer », noter ses heures et ça, il déteste. Il a son caractère et il préfère agir comme il le sent, souvent à l’instinct, et qu’on lui fiche la paix.


Ses collègues sont à la recherche d’un violeur qui s’invite chez des femmes et disparaît aussitôt son forfait accompli. Sale histoire qui ne rassure pas la population.  Harry cherche des indices, des points concomitants entre les différentes agressions pour coincer celui qui agit ainsi dans l’ombre. Mais voilà qu’il reçoit un appel d’un vieil homme qui, sentant arriver la fin de sa vie, se demande s’il n’a pas un héritier qui serait à même de récupérer son immense fortune. Harry accepte le défi bien qu’ayant très peu de pistes. Il va donc passer d’une affaire à l’autre,  ne voulant rien lâcher. De ce fait, il va parfois négliger ses collègues ou sa fille…. Il aura besoin d’aide et fera appel à son demi-frère qui est avocat (et qui est comme Harry, un héros récurrent de l’auteur). On le sent investi mais tiraillé car il n’arrive pas à tout mener de front et quelle priorité choisir ? … En outre,  il sait bien que la demande du vieil homme est privée et qu’il ne devrait pas utiliser ce qu’il a au bureau ou ses relations de boulot et y passer trop de temps mais…..Il sent bien qu’il dérange que ce soit le conseil d’administration, ou  les employés, tous ceux qui voudraient une part du « gâteau »….alors, têtu, il s’obstine….et ne lâche rien, quitte à se mettre en danger....

J’ai beaucoup aimé la recherche de paternité car elle envoie le lecteur vers la guerre du Viet-Nam et donc les souvenirs de Harry Bosh,  ainsi qu’ à la rencontre d'une communauté mexicaine et d'un milieu d' artistes.  Mais quelle que soit l’enquête, notre réserviste est un sacré bonhomme. Il a une force de déduction impressionnante et ses raisonnements sont toujours intéressants.  C’est d’ailleurs ce qui fait que le lecteur est vite imprégné de l’intrigue, il y a toujours un rebondissement, une intuition, une suggestion apportés par Harry et on se demande où cela va nous emmener.

C’est donc une lecture agréable, fluide et captivante mais je mettrai, malgré tout, un léger bémol. Les deux intrigues sont intéressantes, bien construites mais je m’interroge, ont-elles été réunies pour que le livre soit plus long ? En conclusion, un bon Connelly mais pas un des meilleurs.


"La zygène de la filipendule" de Ricardo Salavador



La zygène de la filipendule
Auteur : Ricardo Salvador
Éditions: Kyklos (22 Juin 2011)
ISBN: 978-2-918406-18-1
504 pages
 Quatrième de couverture

Dans l’enceinte d’un zoo en faillite voué à une reconversion en centre de loisirs, un des repreneurs chargés de fermer le site est retrouvé assassiné. Un commissaire – qui souffre d’une homonymie fâcheuse avec un célèbre policier belge – mène l'enquête, aidé en cela par un médecin légiste déjanté et un inspecteur aussi dévoué qu'inefficace.

Mon avis

Et le tueur est …..


Attendez ! Vous n’avez pas imaginé un seul instant que j’allais vous dire qui tue la nuit (et parfois le jour) agissant comme le papillon ayant donné son nom au titre de ce roman ?

Non, n’insistez pas, même torturée par les porcs-épics ou les grenouilles tueuses, je ne dirai rien. Il vous faudra lire ce livre vous-même.

Comme vous l’aurez compris avec le titre, qui est à lui seul une façon d’avoir le sourire aux lèvres (prononcez-le devant un miroir, regardez-vous et vous verrez les commissures de vos lèvres se relever toutes seules …. et probablement vos yeux pétiller de plaisir…) ainsi que la quatrième de couverture, vous avez affaire là à un roman sortant de l’ordinaire. Déjanté juste ce qu’il faut, désopilant à souhait, l’humour est omniprésent de différentes manières.

Surprenant par le lieu principal où se déroulent les événements (dans un zoo),

surprenant par son écriture marquée de jeux de « noms » (Monsieur Lapaud-de Loursse, Monsieur Egoïne, médecin légiste qui dissèque les cadavres, …. chacun porte un nom qui est à lire à haute voix pour sourire),

surprenant par les différentes situations, comiques même lorsqu’elles sont dramatiques,

surprenant par le contenu, le fil conducteur,

surprenant par l’humour des comparaisons évoquées (un immense lustre de cristal d’au moins une demi tonne pendait à quatre mètres du sol comme une espèce de vaisseau spatial silencieux et scintillant…),

surprenant car nous faisant sourire avec un langage soutenu, parfois un tantinet suranné (un succès fort mitigé auprès de la susnommée engeance plus encline à béer sur d’émoustillants pectoraux qu’à s’extasier devant une personnalité attachante)….

surprenant, vous dis-je ….

Mélangez intelligemment toutes ces « surprises » et vous vous trouverez devant une bonne tranche de rigolade …. et un livre jubilatoire sortant des sentiers (de zoo) battus ...

Les personnages évoqués sont « ciblés », quelques caractéristiques bien choisies servent à les décrire, pas d’étude psychologique, mais ça ne se serait sans doute pas bien « marié » avec la spécificité de cet écrit.

Les trente-huit chapitres ont tous des titres longs, « à l’ancienne », « Dans lesquels sont rappelés certains faits du susnommé chapitre. »

J’ai plusieurs fois pensé à « la jument verte » de Marcel Aymé (dont je vous livre la première phrase : « Au village de Claquebue naquit un jour une jument verte, non pas de ce vert pisseux qui accompagne la décrépitude chez les carnes de poil blanc, mais d'un joli vert de jade. », Marcel Aymé, qui aimait, lui aussi, jouer avec les mots ….

Les animaux cités, sont presque humains, leur comportement peut nous envoyer comme autant de petits signaux sur nos travers, notre attitude …

Leurs moeurs, habitudes et modes de vie sont aussi bien expliqués (l'auteur s'est-il renseigné?) .... malgré une part de fantaisie (pour le dodo, je ne suis pas certaine que la date de sa disparition soit si précise)....

Ricardo Salvador a réussi à nous livrer cinq cents pages amusantes, originales ; changeant des « policiers » habituels, maintenant nos sens en éveil par le plaisir des mots, et rien que pour cela, il vaut largement le détour ou la ligne droite pour aller à sa rencontre.
  
Bonne lecture !