"L'ombre de la menace" de Rachel Caine (Stillhouse Lake)


L’ombre de la menace (Stillhouse Lake)
Auteur : Rachel Caine
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions : L’Archipel (11 Septembre 2019)
ISBN : 9782809826906
335 pages

Quatrième de couverture

La vie sans histoire de Gina vole en éclats lorsque la police découvre un corps sans vie pendu dans le garage familial. Le mari de Gina est condamné à mort. Elle est acquittée. Mais l’opinion publique reste persuadée qu’elle était complice de son mari.
 Victime de harcèlement, elle décide de fuir avec ses enfants. Quatre ans ont passé. Gina vit à Stillhouse Lake, où elle commence enfin à baisser la garde. Jusqu’à ce qu’un cadavre de femme soit repêché du lac...

Mon avis

La haine ne connaît pas de limite

Fuir, se cacher, ne pas laisser de traces, essayer de vivre le plus normalement possible, ou plutôt survivre… Voilà à quoi est réduite Gina, et elle n’est pas seule, elle a deux enfants qu’elle doit protéger. Pourquoi ? Elle menait une vie calme et sans histoire avec son mari, et la fille et le fils qu’ils ont eu ensemble.  Tranquilles, heureux, jusqu’au jour où…. Un accident, une voiture qui emboutit le garage familial et là, le cauchemar commence….  L’époux de Gina, sous des dehors de père et compagnon équilibré, était en réalité, un tueur en série pervers. La police l’a cru complice et il a fallu qu’elle supporte la prison, les nombreux interrogatoires, un procès, avant d’être acquittée. Acquittée ne signifie en aucun cas qu’elle a pu reprendre le cours de sa vie sans être inquiétée. Son quotidien est devenu terrible tant elle est harcelée, critiquée par ceux qui pensent qu’elle était dans le coup, de mèche, donc « petite main » de l’assassin.

La culpabilité ronge Gina. Comment a-t-elle fait pour ne pas avoir de doutes, ne se rendre compte de rien ? Comment expliquer qu’elle n’ait pas senti les mensonges, qu’elle n’ait pas remarqué certaines choses troubles dans le comportement de celui qu’elle aimait. Et surtout comment se faire à l’idée que l’on a aimé, épousé, fait des enfants avec un monstre ?

De résidence en résidence, elle est maintenant installée à Stillhouse Lake, un coin calme près d’un lac. Les enfants sont scolarisés, la maison sécurisée et Gina a l’impression qu’elle peut souffler. Réalité ? Utopie ? Tout va s’écrouler avec la découverte d’un cadavre de femme dans le lac. Elle a été tuée et le mode opératoire semble être le même que celui de son ex-conjoint…. Il est pourtant en prison… A-t-elle caché son jeu et est-elle coupable des mêmes exactions ? Quelqu’un tire-t-il les ficelles dans l’ombre pour la manipuler et la faire accuser ? Un admirateur du tueur a-t-il repris ses méfaits pour son compte ? Les questions se multiplient et l’étau se resserre autour de la jeune femme. Le contexte est instable, elle ne sait pas à qui faire confiance, de qui se méfier, comment agir…. Une seule certitude : protéger ses enfants et fuir encore et toujours ou au moins essayer…...

Dans ce roman, nous assistons à la transformation de Gina. Épouse docile un peu effacée, elle devient battante, tigresse, armée d’une détermination et d’une volonté à toute épreuve. Elle met en place toute une panoplie de  barrières pensées, réfléchies en lien avec ses enfants pour une protection maximale. Elle leur ressasse les risques d’avoir trop d’amis, de s’afficher sur les réseaux sociaux, d’être pistés…. Mais ce n’est pas suffisant et la voilà à nouveau confrontée à l’horreur… Elle ne sait plus qui croire, à qui parler, à qui faire confiance. C’est terrible d’être si seule….

Le récit est mené tambour battant, il n’y a pas de temps mort, les faits s’enchaînent, nous surprennent, nous faisant redouter le pire. La tension monte de page en page et elle est palpable. Parfois on croit déceler une part de vérité puis elle nous échappe, tout est remis en cause et on n’est plus sûr de rien. L’écriture de l’auteur est fluide, accrocheuse (merci au traducteur Sebastian Danchin). Je me suis plongée dans ce recueil et je n’avais pas envie de l’abandonner. N’hésitez pas, foncez !

"Adolf ou les révélations d’un secret enfoui" de Jean-Pierre Druelle


Adolf ou les révélations d’un secret enfoui
Auteur : Jean-Pierre Druelle
Éditions : Passion du Livre (27 Août 2019)
ISBN : 979 10 97531 37 9
372 pages

Quatrième de couverture

Enquêter sur l’assassinat du Sénateur Marc Lapage, ami d’enfance du président de la République et se retrouver au troisième sous-sol d’un bunker datant de la seconde Guerre Mondiale, face à Hitler et Eva Braun, encore frais comme des “glaçons de rivière” alors qu’on les avait cru morts suicidés, depuis plus de soixante et onze ans!

Mon avis

Un flash en 1942, un autre en 1982 et nous voilà en 2016. Un ami d’enfance du président de la République a été assassiné. Le commissaire Xavier Akker Teffen et son adjointe Colette se retrouvent à enquêter (avec l’aide d’Aimé et de Saïd) et ne sont pas au bout de leurs surprises (le lecteur également). C’est le commissaire qui raconte et narre avec beaucoup de verve les différents événements. Il est quelque fois irrévérencieux, il ne s’en laisse pas conter et entend bien mener l’enquête à sa guise. Sauf qu’il ne peut pas tout maîtriser et qu’il va se retrouver dans des endroits variés et des conditions pour le moins surprenantes…. Restaurant « sous surveillance », voyage à l’étranger, bunker, que de lieux à visiter à sa suite ! Et que de personnages, la plupart hauts en couleur à découvrir ! Le rythme est effréné et les situations parfois cocasses ou pittoresques. Un peu de recherches policières, un peu d’amour, un peu de science-fiction, plusieurs contextes et thèmes sont abordés sous couvert de trouver qui a tué ….

L’écriture de l’auteur est un joyeux mélange. Il peut tour à tour, utiliser un langage un tantinet suranné, ou bien un peu, voire beaucoup familier et pas très châtié, ou alors l’agrémenter de digressions comiques avec des renvois et des commentaires entre parenthèses ainsi que des apartés sur les uns ou les autres. Les nombreux dialogues donnent du rythme, peut-être aux dépends de la réflexion des enquêteurs qui sont plus dans l’action et les échanges oraux.  J’aurais de temps en temps souhaité suivre leurs raisonnements de façon plus précise.
Il m’est arrivé en lisant, de craindre que les soliloques (même s’ils sont amusants) prennent le pas sur le récit lui-même. Si Jean-Pierre Druelle écrit un autre roman, il devra sans doute se montrer vigilant sur ce point-là.
Mais on sent qu’il a pris énormément de plaisir à écrire ce roman et cela transpire dans ce qu’il présente.  

C’est une lecture atypique, singulière qui en surprendra plus d’un !


"Un don" de Toni Morrison (A Mercy)

Un don (A Mercy)
Auteur : Toni Morrison
Traduit de l’américain par Anne Wicke
Editions: Christian Bourgois (16 avril 2009)
200 pages

Quatrième de couverture

Situé deux cents ans avant Beloved, Un don évoque, dans la même prose lyrique et verdoyante qui caractérisait son précédent roman, le monde beau, sauvage et encore anarchique qu'était l'Amérique du XVII' siècle. Toni Morrison a redécouvert une voix pressante et poétique qui lui permet d'aller et venir avec autant de rapidité que d'aise entre les mondes de l'histoire et du mythe, entre l'ordinaire de la vie quotidienne et le royaume de la fable... 

Mon avis

Prix Nobel de littérature 1993

« Comprends-moi. Il n’y avait pas de protection et rien dans le catéchisme pour leur dire non. »

« Je garderai une seule tristesse. Que tout ce temps je ne puisse pas savoir ce que me dit ma mère. Elle ne peut pas non plus savoir ce que je veux lui dire. »

Une mère, une fille, un dialogue douloureux, difficile, tardif ….
Une séparation mal vécue …
Nous pourrions résumer comme cela le roman de Toni Morrison, ce serait trop rapide et sans compter sur son talent …

D’autres femmes seront évoquées, d’autres voix seront entendues dans un récit déstructuré, où l’on passe de l’une à l’autre sans forcément une suite chronologique, les retours en arrière étant légion …

La narration désarçonne, déconcerte, perturbe dans un premier temps et puis l’écriture envoûtante de l’auteur nous emporte, nous submerge, nous transporte ….
Il faut entendre ces femmes au destin brisé, non choisi nous parler tour à tour par la voix de Toni Morrison pour comprendre leur souffrance, leurs questions face à la vie qu’elles doivent subir ….

Tout au long de ma lecture, je me suis posée une question lancinante, me demandant comment Toni Morrison s’y prenait pour écrire de telles phrases, me demandant comment les mots viennent sous sa plume et ce qui peut hanter sa vie pour qu’elle s’exprime ainsi ….

"Mécanique de la chute" de Seth Greenland (The Hazards of Good Fortune)


Mécanique de la chute (The Hazards of Good Fortune)
Auteur : Seth Greenland
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
Éditions : Liana Levi (5 Septembre 2019)
ISBN : 979-1034901708
670 pages

Quatrième de couverture

Un empire financier bâti à New York par une famille juive originaire d'Europe centrale suffit-il à mettre les descendants à l'abri des tracas de la vie ? Apparemment non car Jay Gladstone, à la tête de cette considérable fortune, est assailli par les même tracas que le commun des mortels : épouse exigeante, progéniture insupportable, obligations familiales, contraintes sociales. Propriétaire d'une équipe de basket, Jay doit aussi compter avec les coûteux caprices des joueurs, noirs pour la plupart, dont la super star Dag. Or entre Juifs et Noirs, aux Etats-Unis, les rapports sont complexes. D'autant plus que le problème racial empoisonne la société américaine, alors qu'Obama entame son second mandat.

Mon avis

Plus rude sera la chute….

« Mécanique de la chute » est un roman foisonnant, intéressant, abouti et malgré les six cent soixante dix pages, on ne voit pas le temps passer tant on a le souhait d’en savoir plus !

Dans ce livre, qui se déroule à New-York, en 2012, on suit trois destins qui se croisent et s’entrecroisent. Trois vies tout à fait différentes dans une Amérique où Barak Obama accomplit son second mandat.
Celui qui est au cœur de tout, c’est Jay, Harold Jay Gladstone, d’origine juive. Depuis plusieurs générations, sa famille s’est démenée pour avoir du travail et a monté les échelons un par un, avec en travaillant et en ne cédant devant rien. Il est, à cinquante ans, à la tête d’un empire immobilier, avec sa sœur, son cousin… Marié à Nicole, plus jeune, il affiche sa réussite et est même propriétaire d’une bonne équipe de basket de NBA. Il a une fille d’un premier mariage. Sans en rajouter, il ambitionne de réussir encore et encore au niveau professionnel, et également avec les sportifs qui dépendent de lui.
Vient ensuite Christine Lupo, procureur qui vise une place de vice-gouverneur avant, qui sait, de monter plus haut dans la hiérarchie. Elle est très ennuyée. Un policier blanc vient de tuer un homme noir. Faut-il convoquer le grand jury ? Est-ce un acte raciste, ou de légitime défense ? Tout doit être réfléchi pour que les électeurs continuent de lui faire confiance et que sa carrière ne soit pas en péril. Doit-elle se mettre du côté de la police pour avoir son soutien ?
Le troisième, c’est Dag, ou plus précisément, D'Angelo Maxwell, la star des joueurs que « sponsorisent » Jay. Capricieux, comme beaucoup de vedettes, Il a des attitudes et un discours méprisants avec son agent. Il veut toujours plus et se montre exigeant au niveau finances.  
Ces trois là ont en commun d’être en haut et de souhaiter y rester, voire de monter encore …
 Tout semble lisse, bien ordonné, puis quelques prémices d’un moins bien apparaissent. Il y a quelques fissures çà et là. Le cousin Franklin de Jay est-il aussi clean qu’il le laisse entendre pour les comptes ? Le mari de Christine Lupo n’aurait-il pas une femme dans l’ombre ? etc ….
C’est souvent comme cela que craquent les barrages. Les failles sont minuscules mais l’eau s’infiltre et érode avant que tout explose. Ou à cause du battement d'ailes d'un papillon à l'autre bout du monde....

Dans ce récit, le poids de l’éducation, des coutumes, de la religion, du passé familial, de la politique démontre combien il est difficile de se construire lorsque les racines sont ancrées dans un terreau bien défini. La fille de Jay fait des choix de vie qui ne correspondent pas aux traditions de son père. C’est douloureux pour lui, et le dialogue est difficile. Les relations entre la communauté juive et la communauté africaine sont délicates. Les injustices sociales ne sont pas toutes traitées de la même façon. La justice semble calculée en amont, comme si tout se jouait avant de passer au tribunal, une vaste mascarade ? Les grands maux de la société sont présentés de façon très vivantes avec des exemples précis, bien choisis. On voit également le mal que font les médias, les réseaux sociaux, les hackeurs, et combien leur rôle peut modifier la vérité… L’auteur est né en 1965, mais il évoque ces modes de communication en connaisseur.

L’écriture de Seth Greenland est très vivante (merci au traducteur, Jean Esch), il campe son histoire dans le temps et l’espace avec doigté. Le contexte politique, social, les relations privées, professionnelles sont intégrés à merveille dans un recueil mené de main de maître, tambour battant. Il rappelle avec intelligence que personne n’est à l’abri. Surtout pas les grands de ce monde. Un mensonge, une trahison, une petite erreur, un mot de trop échappé et répété, voire déformé et tout s’écroule.

Ce livre incarne parfaitement un gros problème de notre siècle. Lorsque la chute commence, elle est lente, inexorable, tout semble se placer en travers du chemin et la vie professionnelle et privée s’effrite. Les conflits d’intérêt poussent certains à agir différemment de ce qu’ils auraient fait, simplement pour servir leur carrière, leur avenir. Les hommes prennent-ils un certain plaisir à en lyncher d’autres, à faire souffrir, à manipuler ?

Avec un style très vif, un peu d’ironie de bon goût et bien placé, l’auteur nous offre une lecture puissante, addictive et captivante. Je ne le connaissais pas et si tous ses livres sont de cette qualité, j'en redemande !

"C'est toi le chat" de Laura Trompette


C’est toi le chat
Auteur : Laura Trompette
Éditions : Pygmalion (27 septembre 2017)
ISBN : 978-2756421780
371 pages

Quatrième de couverture

Un chat abandonné. Un chef cuisinier veuf et père. Une enfant singulière.Une femme sous emprise. Lorsque quatre vies tourmentées entrent en collision, n’est-ce pas un signe du destin ?À six mains et huit pattes, seront-ils plus forts? 

Mon avis

Ma filleule m’avait conseillé ce roman et je me suis lancée. Je m’attendais à une lecture « gentillette » assez superficielle. Et je me suis trompée.

La lecture est fluide et agréable, les sujets abordés ne sont pas des niaiseries. Laura Trompette a beaucoup d’humour (les passages « écrits » par le chat sont un régal) et elle a une très belle plume. Paul est chef cuisinier, veuf. Il élève seule sa fille Louise et il nous raconte leur quotidien. Les chapitres où il s’exprime sont entrecoupés de ceux où Harold, le joyeux félin qui vient d’être adopté, prend la parole. Il « revisite » les situations présentées par le père de famille. Bien entendu, ils n’ont pas toujours la même interprétation et ces regards croisés sont très intéressants, bien plus qu’on l’imagine.

Si l’on peut reprocher un petit côté prévisible (et feel good mais l’optimisme ça fait du bien), ce livre est malgré tout une réussite. J’ai apprécié que l’auteur ose évoquer des thèmes graves : le désir de maternité parfois impossible, les différences à l’école, les relations au travail, le veuvage (et par expérience, je peux dire que les ressentis de Paul sont très justes) avec ce dilemme entre le besoin d’avancer et le fait de ne pas oublier l’être aimé, de ne pas savoir comment agir face aux familles, aux amis etc…. et bien d’autres sujets encore. C’est quelques fois simplement effleuré, mais tout le temps avec beaucoup de doigté, de finesse, de délicatesse et des mots bien ciblés. L’auteur a un ton très juste.

On suit le cheminement de Paul, celui de sa fille, de ses collègues, de ses amis, de la famille … Chacun évolue à son rythme, et ce n’est pas forcément le même. Alors les relations se tendent, puis s’apaisent avant de se tendre à nouveau. Il faut trouver l’équilibre, parfois fragile, pour aller vers demain ….
J’ai pris énormément de plaisir en lisant ce recueil et je serai ravie de découvrir d’autres titres de Laura Trompette.

"Mon territoire" de Tess Sharpe (Barbed Wire Heart)

Mon territoire (Barbed Wire Heart)
Auteur : Tess Sharpe
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié
Éditions : Sonatine (29 Août 2019)
ISBN : 978-2355847653
570 pages

Quatrième de couverture

À huit ans, Harley McKenna a assisté à la mort violente de sa mère. Au même âge, elle a vu son père, Duke, tuer un homme. Rien de très étonnant de la part de ce baron de la drogue, connu dans tout le nord de la Californie pour sa brutalité, qui élève sa fille pour qu'elle lui succède. Mais le jour où Harley est en passe de reprendre les rênes de l'empire familial, elle décide de faire les choses à sa manière, même si cela signifie quitter le chemin tracé par son père.

Mon avis

Une pépite de « country » noir

Bienvenue en Californie, pas celle des plages ou d’Hollywood, non celle plus sombre située dans le Nord (North County), dans un coin séparé en deux par une rivière, formant ainsi deux territoires distincts. D’un côté Duke McKenna, de l’autre Carl Springfield, chacun devant contrôler la situation de ceux qui sont sous leurs ordres pour que rien ne dérape

Duke et Carl ont aimé la même femme, elle a choisi Duke et ils ont eu une fille, Harley. Au début du récit, Harley Jean a un peu plus de vingt ans et elle a déjà une vie bien chargée derrière elle. A huit ans elle a perdu sa mère et son père s’est échiné à faire d’elle une dure à cuire, capable de se protéger, de se battre et surtout de réfléchir avant d’agir. Elle travaille pour son paternel, qui est un baron de la drogue et a également repris le Ruby, un lieu que sa mère avait mis en place pour protéger les femmes battues et leurs enfants. C’est Mo qui gère en lien avec Harley, empêchant les maris ou compagnons de s’approcher, aidant les mères à trouver du travail, à ne plus flirter avec la drogue. Mo apporte un peu de douceur à la jeune femme.
« Mon père m’a peut-être appris qui je dois être pour commander. Mais Mo est la femme qui m’apprend qui je dois être pour guider. »
« Il m’a aimée. Il m’a terrorisée. Il m’a forgée. »

Le quotidien de Harley n’est pas simple. Elle est tiraillée entre deux extrêmes : ce qu’elle veut prouver encore à son père qui est vivant en lui montrant qu’elle est digne d’être sa fille, de lui succéder, qu’elle a compris les nombreuses leçons qu’il lui a données (dont certaines très dures) et honorer la mémoire de sa mère en continuant son combat pour sauver les femmes de la violence, de l’injustice, de la rue, des mauvaises fréquentations. Cela donne une personnalité complexe mais attachante tant Harley veut tout faire à fond, ne rien laisser au hasard et rester droite toujours et encore.

Dans le roman, c’est Harley qui raconte. Elle est adulte et sa lutte pour choisir sa vie en fonction de ce que lui ont inculqué ses deux parents va être le fil conducteur. Elle veut les respecter tous les deux mais elle est « elle », une personne à part entière, et elle déteste la violence dont elle doit faire preuve parfois. Entre les chapitres du présent qui se déroulent en Juin, sont glissés d’autres chapitres sans date qui commencent toujours par « J’avais huit ans » (l’âge diffère chaque fois). Ceux là nous présentent par bribes, petit à petit, le lourd passé de ce personnage hors du commun. Ils nous permettent de comprendre comment elle a été « construite », ce qui a pu forger le caractère exceptionnel qu’elle révèle, et ses liens avec les uns et les autres. On va donc assister aux relations entre deux clans qui se détestent depuis longtemps : les McKenna et les Springfield. On verra la place que prend le shérif, la façon dont chacun, d’un côté comme de l’autre, interprète les faits, les actes. Comment maintenir l’équilibre, la paix ? Tout semble si fragile… Faut-il tuer pour trouver la liberté ?

Je ne sais pas quel âge a Tess Sharpe mais elle me paraît assez jeune. Tout ce que j’ai trouvé sur elle c’est qu’elle est la fille de deux rockeurs punks, qu’elle est née dans une cabane au fond des bois et a grandi dans une campagne reculée de Californie. Ce qui est certain, c’est que son écriture est très aboutie, puissante et que son style n’a rien à envier à personne. Son texte est bien construit, on ne se perd jamais. Les protagonistes sont nombreux à avoir une part d’ombre et on sent que parfois certains ne savent plus très bien de quel côté aller. J’ai beaucoup apprécié cette lecture et cette héroïne qui veut être en paix avec elle-même et si possible, avec les autres….




"Les Vignes de Sarah" de Kristen Harnisch (The California Wife)


Les Vignes de Sarah (The California Wife)
Auteur : Kristen Harnisch
Traduit de l’anglais par Sebastian Danchin
Éditions : L’Archipel (4 Septembre 2019)
ISBN : 9782809826920
370 pages

Quatrième de couverture

Novembre 1897. Sarah et Philippe Lemieux, tout juste mariés, sont déterminés à faire d’Eagle’s Run, leur vignoble de la Napa Valley, en Californie, une entreprise florissante. Mais plusieurs déconvenues viennent saper l’enthousiasme du jeune couple, dont une guerre des prix, qui fait chuter les cours et met leur exploitation en péril.

Mon avis

Ce roman reprend le destin de Sarah et de plusieurs personnages présents dans « La fille du maître de chai » du même auteur. Je ne l’ai pas lu mais cela ne m’a gênée en rien. Les quelques rappels, discrets et bien amenés permettent d’en savoir assez sur le passé pour comprendre la place de chacun dans ce nouveau titre.

Ce récit commence en 1897 et s’achève en 1906. Pendant ce laps de temps, nous suivons principalement un couple : Philippe et Sarah. Suite à divers événements, ils s’installent en Californie, dans le canton de Napa, où ils s’occupent de leur vignoble (ce coin est d’ailleurs très renommé pour ses vins depuis 1970) qu’ils souhaitent faire prospérer. Ils sont tous les deux issus du milieu viticole et entendent bien se faire une place au soleil, même loin de la France où sont restées leurs familles.

Le jeune couple aime le travail en plein air et s’y consacre à fond mais ce n’est pas toujours aisé. Travailler au plus près de la terre entraîne une lutte quotidienne, déjà contre les éléments naturels, mais également contre tout ce qui peut se mettre en travers et qui est imprévisible : les agissements de la ligue de tempérance, la maladie, que ce soit celles des vignes ou celle des humains, la jalousie, le mensonge, la trahison, les secrets de famille qui resurgissent etc….

Sarah est une jeune femme forte, parfois entêtée, au caractère bien trempé. Elle sait ce qu’elle veut et n’apprécie pas qu’on décide à sa place, surtout si le prétexte est le fait qu’elle soit une dame ! On va découvrir tous les combats auxquels elle va donner son énergie pour ne rien lâcher que ce soit dans son couple ou dans la société. Elle veut gérer son argent, travailler, voter … vivre tout simplement. Je trouve important de nous rappeler combien nos aînées ont dû se battre pour l’égalité des droits en ce qui concerne les personnes de sexe féminin. Sarah est une tigresse (un peu comme Scarlett O'Hara dans « Autant en emporte le vent »). Ses enfants, celui qu’elle aime, sa famille et sa terre sont tout pour elle. J’aime les femmes comme elle, qui ne s’en laissent pas conter, qui prennent le taureau par les cornes, qui ne baissent pas les yeux devant l’adversité…. Marie, Aurora, ses amies, sont aussi de belles personnes et font tout pour obtenir la place qu’elle mérite. Que de beaux portraits de battantes qui transmettent cette volonté à leur fille !

Le contexte historique est bien retranscrit et s’avère intéressant. Le passage sur l’exposition universelle à Paris en 1900 m’a captivée. Les explications sont en effet claires et précises sur l’époque, sur « l’industrie du vin », les relations entre voisins et vignerons …. Les protagonistes parlent de futurs progrès comme le téléphone, la voiture…… J’ai aimé également que l’auteur présente, même si c’est en quelques mots, ce que le Canada faisait déjà (et ça continue) pour les personnes en situation de handicap.

L’écriture est fluide (et décidément Sebastian Danchin est un excellent traducteur) et addictive. Il se passe toujours quelque chose pour maintenir l’intérêt du lecteur. Certains diront que tout reste assez superficiel et que les différents thèmes ne sont pas toujours assez approfondis. Peut-être … mais il n’en reste pas moins que, personnellement, j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture et que j’ai quitté tout ce petit monde à regret.